Classé dans : Histoires de ma vie, Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: épiderme, galanterie, Hole, imiter, langage corporel, livre, maladresse, malaise, mensonge, Montréal, regard, sabotage, silence, soupir, talons hauts, Violet
En partant du café, je marchais d’un bon pas pour regagner mon bureau. Puis je l’ai vu, à quelques pas devant moi. Ce n’était que de dos, mais déjà, je savais qu’il me plaisait. Son pas n’était pas particulièrement pressé, mais ses longues enjambées ne me permettaient pas de le rejoindre. Il balançait un peu la tête, comme pour suivre le rythme musical d’un air qu’il avait en tête. Je fixais ses fesses sa nuque, dans l’espoir qu’il se retourne, mais c’était peine perdue. Je ne suis pas certaine s’il a ralenti son pas en entendant mes talons hauts claquer sur le terrazzo. Mais sur le coup, j’étais trop convaincue qu’il ne m’avait simplement pas remarqué.
Au moment de passer d’un édifice à un autre (vive le Montréal souterrain), je me dirige naturellement vers la porte de droite alors qu’il garde sa trajectoire vers celle du centre. Je passe par ces portes de 4 à 6 fois par jour. Je ne prends JAMAIS celles du centre. On pourrait croire que c’est de la superstition, mais en fait, c’est seulement qu’elles sont presque toujours brisées, elles s’ouvrent mal et sont beaucoup plus lourdes que celles de gauche ou de droite. Tant qu’à me faire claquer la porte au nez, parce qu’en ces lieux achalandés, la galanterie est chose plutôt rare sinon inexistante, autant choisir la plus légère. J’avais donc déjà bifurqué vers la droite, lorsqu’à ma surprise, il a ouvert la porte dans un geste très cérémonial, la maintenant grande ouverte et se plaçant de côté afin que je passe devant lui. Tournant (enfin!) la tête pour mesurer son effet, le regard fier et le sourire en coin, il s’est aperçu que j’avais (hélas!) changé de trajectoire. Quel malaise… J’ai figé d’étonnement devant le geste, il s’est un peu vexé, j’ai voulu me rattraper, j’ai bredouillé quelque chose d’incompréhensible et puis rouges de honte, nos chemins se sont séparés.
Environ un an plus tard, hasard ou destin, nous avons fait connaissance.
La maladresse semble toujours inscrite dans nos gènes. Les blessures antérieures portées en effigie. Ne jamais se compromettre. Confirmer les autorisations. Attendre que mon regard se pose avec insistance sur sa bouche pour oser m’embrasser. Les mêmes recettes apprises par cœur pour un succès bref, mais facile. Les mises en gardes, les sabotages multiples. Surtout, toujours rester en surface. Se concentrer sur l’épiderme. Il y avait pourtant quelque chose de touchant dans sa manière d’être. Sa fausse assurance. Mes silences, toujours aussi mal interprétés. Nos soupirs. Synchronicité ratée. À mon tour, j’ai tenu la porte ouverte. Il est resté sur le seuil. Il a appliqué la formule (sésame, ouvre tes jambes), ignorant que je savais déjà la réponse, que je reconnaissais le manège. Mais au fond, pourquoi faire simple (et vrai) quand le mensonge fonctionne? Go on, take everything, I want (I dare) you to.
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Dans tous les livres sur le langage corporel, il est dit que pour plaire instantanément, il suffit de se faire miroir. Imiter la gestuelle et les expressions de l’autre. C’est un passage qui me plait particulièrement, surtout lorsque les auteurs insistent (et ils le font tous) en disant de ne pas craindre le ridicule de la chose, puisque l’autre ne s’en apercevra pas. L’autre, que vous croyez définitivement plus simplet que vous si vous recourrez à ce genre de truc, croira plutôt à une forme de symbiose (!). Désolée, c’est complètement faux.
Classé dans : Histoires de ma vie, Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: artifice, clap your hands say yeah, distorsion, fantasme, gimme some salt, hommes, loup, perception, tatouage
Un loup est un loup, qu’est-ce qu’il y a d’autres à espérer? À part peut-être en apprendre plus sur soi. Parce qu’on ne fait jamais que ça, du premier souffle jusqu’au dernier. Le reste n’est qu’artifice, poudre aux yeux.
Alors j’apprends la distorsion. La distance entre ce que je pense et ce que je dis et qui n’a peut-être même rien à voir avec la différence entre moi et l’image qui flotte dans ses yeux lorsque qu’il me regarde. Lui ou un autre, mille traductions, interprétations, tout fantasmes confondus (oui, souvent les mêmes).
J’ai auditionné, j’ai appris mon rôle, mes partitions par cœur. J’improvise parfois un peu. Je brode sur le même thème. Mais depuis un certain temps j’ai perdu tous mes repères. On ne me propose plus que des rôles que je n’aurais jamais cru écrits pour moi. Je ne sais pas vraiment les jouer, mais on insiste. Et je ne sais pas à quel point je suis responsable de ça. Peut-être qu’on me voit d’une façon dont je ne me suis jamais vue… Enfin, il faut que j’avoue que je ne couvre pas tous les angles. Je suis la seule qui n’aura jamais une aussi belle vue sur mon tatouage. Je ne sais plus qui a raison, je n’ai plus d’instinct.
J’aurais pu être l’entrée, le plat principal ou le dessert. Mais aujourd’hui, dans leurs yeux, je suis le sel. Celle qui rehausse le goût du reste. Celle qui rend addict et qui fait cruellement sentir son absence. Mais aussi, celle qui ne suffit jamais par elle-même.
Il y a quelques années j’ai passé un long week-end dans la ville de Québec. Plus particulièrement dans le vieux Québec (Hôtel Dominion, mémorable). Au hasard de mes promenades, j’avais découvert une bouquinerie dont j’ai malheureusement oublié le nom Argus Livres Anciens (rue St-Paul) remplie de trésors. J’ai acheté deux estampes provenant de journaux datant des années 1870 (un fait divers meurtrier et une vue du carré Viger) ainsi qu’une série de cartes postales, surtout des portraits de femmes et/ou de travestis (oui oui!) datées de 1908 à 1923.
L’une d’entre elles, différente, montre un portrait de famille aisée. Une mère, dans la jeune trentaine, en jolie robe blanche style belle époque est assise dans un grand fauteuil en osier. Son visage n’a que très peu d’expression. Lassitude peut-être. Elle est entourée de deux fils, environ 3 et 6 ans qui posent chacun une main sur le bras du fauteuil d’une façon très peu naturelle. L’air impatients de retirer les habits du dimanche pour aller jouer. À ses pieds une fillette de peut-être 8-10 ans est couchée dans l’herbe. Moue superbe. Ses mains caressent la fourrure d’une peau de loup gris dont la gueule repose tout près de ses jambes, juste au bas de la jupe. Ce détail qui me fascine se retrouve donc pour un temps dans l’en-tête du site.
Classé dans : Citations | Mots-clefs: Albert Cohen, Belle du Seigneur, chaperon rouge, conte, loup
“Dans le taxi qui la menait vers lui, elle se plaisait à rêvasser qu’elle était le Chaperon Rouge qui allait voir le loup, en faisant bien attention de ne pas rencontrer sa mère-grand.”
— Albert Cohen, Belle du Seigneur
Classé dans : Mauvaises pensées choisies
Hier, j’avais dans les bras une jolie fille toute rose de 10 jours, le bébé d’une amie. Ceux qui nous quittent sont irremplaçables. Mais chaque jour amène aussi du nouveau à aimer.
Classé dans : Histoires de ma vie, Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: accident, amitié, cancer, mort, mots, orage, peine, violence
Depuis quelques mois, la mort rôde autour de moi. Il n’y a pas si longtemps, je n’avais encore perdu personne de mes proches. Sauf les grands-parents. Mais rien qui ne va à l’encontre de la logique condition humaine. Rien sans que je n’y soit longuement préparée. Et puis l’imprévisible, qui frappe. Mais jamais, jamais à l’endroit où on l’attend.
Qu’est-ce qu’on dit à quelqu’un qui va mourir? C’est la chose la plus difficile. Être là, présente, aimante mais aussi complètement impuissante. Dans l’impossibilité d’être rassurante. Accepter l’absence de pouvoir des mots, parce que c’est comme ça. Ça n’existe que dans les livres, le pouvoir magique des mots. Écouter la détresse sans rien trouver d’intelligent à dire. Parce que c’est aujourd’hui sa fête et qu’on aurait dû être à l’une des meilleures tables de la ville, entre amies, pour la célébrer. Mais elle est seule dans son refuge au sommet de la montagne, parce qu’on vient plutôt de lui apprendre que les cellules cancéreuses sont toujours là, indélogeables, inépuisables. Et tant qu’elles y seront, elles vont proliférer, parce que c’est la seule chose qu’elles savent faire. Elles sont programmées pour ça. Savoir les jours maintenant comptés. Oublier ma propre peine pour écouter la sienne. Entendre, au bout du fil, sa voix, ses pleurs, la rage de vivre, la rage de l’injustice qui fait écho à l’orage violent qui tombe dehors. L’entendre dire toutes ces choses qu’elle ne pense pas vraiment. Ou pas si fort. Son envie de s’isoler du monde. De s’enfermer pour le temps qui reste. Ou bien d’en finir tout de suite. L’entendre proclamer l’accident de voiture comme mort idéale. L’entendre vouloir, de toutes ses forces, reprendre le contrôle de sa destinée. Peu importe les moyens, mais ce désir du dernier mot. Jouer au plus fort. Vaincre. Profaner. Ravaler. Rester. Écouter la tempête qui passe, jusqu’à l’apaisement.
Et apprendre quelques dizaines d’heures plus tard, qu’à l’instant même où j’écoutais sa rage et ses pleurs en étouffant les miens, au plus fort de l’orage qui tombait dehors, une autre femme, pleine de vie et de nouveaux projets, à l’aube encore d’une nouvelle vie qui s’ouvrait devant elle, une autre amie, une de celles qui aurait dû fêter avec nous, à cette meilleure table, buvant le meilleur vin, est morte à la vitesse d’un éclair. Accident de la route.
Et la peur idiote, mais viscérale maintenant, du pouvoir des mots.
Classé dans : Histoires de ma vie, Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: appartement, été, courriel, facteur, french kiss, hommes, jouer, lettres, papa, player, proprio, vouvoyer
Le facteur poursuivant sa tâche maléfique (entreprise ici et ici) à un rythme régulier, j’ai encore reçu du courrier destiné à un voisin. 3 rues à l’ouest. Un Simon cette fois-ci. J’ai toujours aimé ce prénom là.
Mais je pense que découragé devant mon inaction, il a appelé du renfort. Le gars de Fedex s’est mis lui aussi de la partie. J’ai eu un peu peur, j’avoue, parce qu’on s’entend qu’on ne reçoit quand même pas de déclaration d’amour anonyme via Fedex. J’avais pas commandé de trucs par la poste alors restait la probabilité d’un avis d’expulsion du proprio voulant récupérer son mon merveilleux appartement. Une injustice sans fin si on considère que son logement est merveilleux seulement depuis que je l’ai arrangé (ok, avec l’aide et les talents manuels de papa, mais quand même, il faut parfois donner autant de crédit sinon plus au concepteur qu’à l’exécutant… Oui, je suis calée question art conceptuel). Finalement, après vérification téléphonique, le colis Fedex était plutôt destiné à un Carter, deux cent adresses plus au sud. Carter. Ça peut être cool aussi, un anglo. Surtout quand ça french kiss et quand ça veut bien fêter la St-Jean.
Mais sans doute, tout ça, ce n’était pas suffisant. Ma boîte courriel s’est aussi enflammée. Ça disait :
Madame, Nos échanges actuels ne sauraient perdurer dans la qualité qui les caractérisent sans une extension du domaine de la lutte. Il me revient les échanges de Musset et Sand, voire plus récemment de Françoise Rey et un inconnu dont je me suis empressé d’oublier le nom. Vous sachant joueuse et romantique, je vous propose une rencontre pour fixer les règles ce de tournoi courtois qui me tente, littéraire, musical ou festif, à voir.
Oui, ça me vouvoie. Je ne sais pas pourquoi, mais je provoque souvent cet effet là. Finalement, la suite de la missive gâchait vraiment la sauce. L’intérêt n’y est pas. Ni là, ni ailleurs. Je sais bien que l’été, c’est fait pour jouer, mais pow-pow, mon cœur est mort. Je ne joue plus.
Classé dans : Histoires de ma vie, Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: conditionnel, déceptions sentimentales, désir, insécurité, relations amoureuses, séduction, sexe
Qu’est-ce qui serait arrivé si… C’est exactement le genre de phrase qui m’obsède. C’est futile. Mais qu’est-ce qui ne l’est pas. Alors je me complais parfois dans ce genre de réflexion. Rêvasserie, plutôt. Toutes histoires confondues, qu’est-ce qui serait arrivé si…
S’il n’y avait pas eu de malentendu sur l’endroit du rendez-vous. Si j’avais été droit vers lui, plutôt que de le laisser lentement venir à moi. Si j’avais été moins intimidée. S’il avait été timide pour vrai. Si j’avais osé dire ce que j’avais vraiment en tête plutôt que ces lieux communs. S’il avait su comprendre qui j’étais. Si je n’avais pas cru qu’il était tout ce que je voulais. Si je n’avais pas menti. S’il avait été franc. Si je l’avais fait rire. S’il avait eu envie d’être sérieux. S’il avait été moins nerveux. Si j’avais osé prendre sa main. S’il avait pas attendu huit mois. Si j’avais été moins intense. Si j’avais fermé les yeux. S’il avait été moins inconséquent. Si j’avais été plus à l’aise. Si j’avais pas eu mes putains de règles. Si j’avais accepté d’aller chez lui. Si je l’avais pris au sérieux. Si j’avais eu moins d’orgueil. S’il avait eu plus d’humour. Si j’avais joué hard to get. Si j’avais été facile. Si j’avais oublié son âge (ou le mien). Si j’avais été plus jolie. Si je ne l’avais pas trouvé si beau. Si j’avais été plus sûre de moi. S’il avait été moins sûr de lui. Si je n’avais pas eu si peur. S’il n’avait pas eu le cœur brisé. Si j’avais cru que ça pouvait être possible. S’il avait été patient. Si on avait pris le temps. Si j’avais pas été mariée. S’il avait pas eu de blonde. S’il avait osé m’embrasser. S’il en avait eu envie. Si j’avais dit oui. Si j’avais dit non. Si j’avais appelé. S’il avait appelé. Si j’avais bu. S’il avait pas bu. Si j’avais pu dormir. S’il avait pu bander…
Et si j’arrêtais de vouloir comprendre? Parce que tout ça, ce n’est que de la foutaise. Parce que je sais bien que malgré tout, tout serait exactement pareil. Oui, rien ne serait changé. Même si… oui, même si je l’avais sucé sous la douche.
Classé dans : Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: baiser, ciel, coeur, conscience, David Bowie, inéluctable, Modern Love, odeur, peau, pluie, sourire, vent
Le ciel coupé en deux, bleu clair à l’ouest et gris ultramarine, à l’est. Au dessus de ma tête, la frontière entre ces deux états. Le vent qui se lève, chargé d’électricité et l’odeur de la pluie, perceptible déjà bien avant qu’elle ne tombe. C’est le moment que je préfère. Juste avant. La conscience de l’inéluctable.
Pourquoi lutter? Juste à fermer les yeux. Enfin, pas complètement, seulement pour me rappeler, un peu, le goût de ses baisers. Laisser l’eau plutôt froide coller les vêtements à ma peau et les cheveux à mon cou. Ne pas courir parce que de toute façon, on ne peut y échapper. Laisser tomber le parapluie pour mieux sentir l’eau sur mon visage. Ne pas s’en faire pour le mascara qui coule. Sourire, de toutes mes forces, à ces gens gris et maussades. Sourire d’avoir le cœur lourd d’être si léger.
Classé dans : Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: acceptation, angoisse, étoiles, connaissance, contemplation, conviction, désorientation, Exit Music (for a film), fragile, gratitude, loup, nuit, peur, Pripiat, Radiohead, solitude, temps, vie
Il y a des chemins, comme des grandes autoroutes bétonnées, où la vue est dégagée, libre de tout ce qui pourrait provoquer un instant de contemplation, de retour sur soi. Juste une propulsion régulière vers l’avant, aux yeux du commun (l’idée reçue du sens de la vie). Avancer à vitesse réglementée, cruise control, habitacle de sécurité, lunettes fumées et musique d’ambiance. Assez confortable pour ne pas se soucier de la panne du système GPS. Parcours de longue distance où il est possible de gagner le fil d’arrivée sans se connaître plus qu’au point de départ.
En dehors de la grande voie, c’est comme si tout avait été laissé à soi-même. La nature qui reprend ses droits. Pripiat. Je découvre le sentier que l’on se fraye, herse à la main et sueur au front. Une alternance de l’effort et de moments de pause. La perte de cette (fausse?) impression de progression, continue, rassurante. Une désorientation complète. Ne plus voir ni devant ni derrière. Mais enfin, seulement, se voir. Sans détour. Dompter les peurs. Ne plus penser les destinations destinées. Ne plus craindre l’absence de routes tracées d’avance. Oublier l’urgence d’arriver avant la tombée de la nuit. Apprivoiser le temps. Dormir avec les loups, mais sans se laisser griffer. Ou alors juste un peu, sans raisons particulières. Pour le plaisir. Voir les étoiles. Dériver. Réapprendre, tout, depuis le début. Explorer le même brin d’herbe, sans parvenir à épuiser toutes les possibilités.
Mais parfois, aussi, accepter ce sentiment d’un vent qui souffle si fort que je peine à respirer. L’angoisse devant le son régulier de l’autoroute qui passe tout près sans jamais s’arrêter, qui m’empêche de dormir pour quelques heures (ou quelques jours). Puis cette peur* qui s’efface (un peu) dans un mouvement de danse fragile devant la grande certitude qui monte et redescend, aussi forte et fiable que les marées. Conviction intime qui survit à toutes les tentatives d’étranglement. Qui fini toujours par retrouver son air, rattraper son souffle (et son âme?)…
La gratitude, malgré tout, devant l’expérience, encore plus riche que cruelle, de la solitude.
*image trouvée sur post secret
Classé dans : Histoires de ma vie, Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: échappée, Breeders, Cannonball, facteur, faille, loup, malchance, mécanisme, métro, Montréal, pluie, voix
Mon facteur qui recommence son petit manège. Il m’a d’abord apporté le courrier d’un certain Ronald qui habite 2 rues à l’est, puis d’un Olivier à nom de famille composé, du triplex d’à côté. Là, hier, c’était le passage à l’ouest (3 rues) avec un Jonathan. Je commence à me demander où s’en va mon courrier.
La poisse aussi est de retour. Oui, j’avoue, j’ai tenté de prendre le métro hier soir. Ça m’arrive de rentrer sous la pluie, le soir, mais hier j’étais chargée de sacs. Je me suis dit que c’était une belle journée pour profiter de l’efficacité du transport en commun… Finalement, j’ai dû marcher du centre-ville à chez-moi, sous la pluie et le vent, encombrée de mes sacs, après avoir (encore) payé un titre de transport pour rien.
En chemin, je suis entrée dans une bouquinerie. C’était certain. Suffit d’entrer avec l’idée de juste regarder (le temps de me reposer du vent et de la pluie), pour être certaine de tomber sur 3 livres que je veux depuis longtemps sans réussir à les trouver. Alors j’en ai acheté quatre. Tant qu’à devoir marcher chargée comme un mulet, autant que ce soit pour quelque chose qui en vaut la peine.
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Des événements anodins (ou pas) qui se produisent à intervalle réguliers. Un loup qui rôde à distance, pour tester le mécanisme. Les barrières levées, la vitre de protection qui résiste à la pression, les roues à engrenages qui semblent d’une précision sans faille. Inutile. Effort risible. Il sait trouver la brèche, le fermoir à ressort, la serrure moulée sur sa griffe. Le système qui déraille. La voix qui chante, I’ll be your whatever-you-want. Le plus sûr moyen de le voir disparaître à nouveau pour un temps. Échappée belle.
Classé dans : Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: cri, indécence, lecture, les quatre saisons, lilas, loup, marginalia, parfum, The Cure, the lovecats, vaudou, violon, Vivaldi
La sensation du temps qui se défile trop vite. Mai qui déjà se termine et j’ai l’impression de ne pas avoir assez profité du parfum des lilas. Pourtant je les vois bien partout, en fleurs, mais l’odeur que j’aime tant n’arrive plus jusqu’à moi.
Il ne faut pas laisser traîner de bouquin avec un crayon à mine coincé entre les pages quand on reçoit un ami. C’est possible qu’il interprète cela comme une invitation à laisser une marginalia complètement indécente que l’on retrouve après son départ. Je suis même tentée de croire que les mots inscrits sont souvent aussi efficaces que le vaudou. Comme quand on parle du loup.
Nous sommes encore en mai, mais j’ai la tête en septembre. Un septembre avec des lilas en fleurs. J’ai la neige en été, l’orage au corps, la pluie sur la langue et le redoux dans sa main. Mes quatre saisons qui s’emmêlent, Vivaldi en sourdine. Je ne vois qu’une solution… Mettre le feu au violon et crier, comme un chant, à l’oreille du loup.
We bite and scratch and scream all night… Let’s go and throw all the songs we know…



