Le ciel était beau mais en moins d’une demi-heure il s’éleva un orage de l’espèce de ceux qui s’élèvent en Italie qui durent une demi-heure, qui ont l’air de vouloir bouleverser la terre, et les éléments, et qui finissent en rien ; le ciel retournant serein, et l’air restant rafraîchi, de sorte qu’ordinairement ils font plus de bien que de mal.
[…] voilà les éclairs qui se succèdent, le tonnerre qui gronde, et la pauvre femme qui tremble. La pluie commence. J’ôte mon manteau pour l’employer à nous couvrir par devant tous les deux ; et après qu’un grand éclair a annoncé la foudre, nous la voyons éclater à cent pas devant nous. Les chevaux se cambrent, et ma pauvre dame est prise par des convulsions spasmodiques. Elle se jette sur moi, me serrant étroitement entre ses bras. Je m’incline pour ramasser le manteau qui était tombé à nos pieds, et le ramassant je prend ses jupes avec. Dans le moment qu’elle veut les rabaisser, une nouvelle foudre éclate, et la frayeur l’empêche de se mouvoir. Voulant remettre le manteau sur elle, je me l’approche, et elle tombe positivement sur moi qui rapidement la place à califourchon. Sa position ne pouvant pas être plus heureuse, je ne perds pas de temps, je m’y adapte dans un instant faisant semblant d’arranger dans la ceinture de mes culottes ma montre. […] je la serre au croupion, et je remporte la plus complète victoire que jamais habile gladiateur ait remportée.
La pluie à verse, et le vent contre étant très fort, elle se voit réduite à me dire que je la perdais d’honneur puisque le postillon devait la voir.
— Je le vois, lui dis-je, et il ne pense pas à se retourner ; et quand même, le manteau nous couvre entièrement tous les deux. […]
Elle se persuade, me demandant comment je pouvais défier la foudre avec une pareille scélératesse ; je lui réponds que la foudre était d’accord avec moi, elle est tentée de croire que c’est vrai, elle n’a presque plus de peur, et ayant vu, et senti mon extase, elle me demande si j’avais fini. Je ris lui disant que non, puisque je voulais son consentement jusqu’à la fin de l’orage. Consentez ou je laisse tomber le manteau.
— Vous êtes un homme affreux qui m’aura rendue malheureuse pour tout le reste de mes jours. Êtes-vous content à présent ?
— Non.
— Que voulez-vous?
— Un déluge de baisers.
— Que je suis malheureuse ! Eh bien. Tenez.
— Dites que vous me pardonnez. Convenez que je vous fais plaisir.
— Oui. Vous le voyez. Je vous pardonne.
Je l’ai alors essuyée ; et l’ayant priée d’avoir la même honnêteté avec moi, je lui ai vu la bouche riante.
— Dites-moi que vous m’aimez, lui dis-je.
— Non, car vous êtes un athée, et l’enfer vous attend.
[…] En badinant sur l’aventure et en lui tenant les mains, je lui ai dit que j’étais sûr de l’avoir guérie de la peur du tonnerre, mais qu’elle ne révélerait jamais à personne le secret qui avait opéré la guérison. Elle me dit qu’elle était pour le moins très sûre que jamais femme n’avait été guérie par un pareil remède.
— Cela, lui dis-je, doit être arrivé dans mille ans un million de fois. Je vous dirais même que montant dans la calèche j’y ai compté dessus, car je ne connaissais autre moyen que celui-ci pour parvenir à vous posséder. Consolez-vous. Sachez qu’il n’y a pas au monde de femme peureuse qui dans votre cas eût osé résister.
— Je le crois, mais pour l’avenir je ne voyagerai qu’avec mon mari.
— Vous ferez mal car votre mari n’aura jamais l’esprit de vous consoler comme je l’ai fait.
— C’est encore vrai. On gagne avec vous des singulières connaissances ; mais soyez sûr que je ne voyagerai plus avec vous. [...]
[…] je cherchais un écu pour le donner au postillon. Il riait.
— De quoi ris-tu?
— Vous le savez bien.
— Tiens. Voilà un ducat, mais sois discret.
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Ça faisait tellement longtemps que ça ne s’était pas produit. Rencontrer quelqu’un qui semble rien de moins que parfait, et avec qui tout semble facile, d’instinct. La conversation, les sourires, ses yeux légèrement vairons qui plongent allègrement dans les miens, la proximité presque magnétique des corps.
Je l’ai revu deux jours plus tard. Cette fois ci, j’étais radieuse et c’est dans son visage que j’ai vu l’illumination. Hélas. Il n’avait pas oublié de porter son alliance cette journée là.
Classé dans : Histoires de ma vie, Textes favoris | Mots-clefs: exhibitionisme, Montréal, parc Lafontaine, vie urbaine
Un cycliste rasta un peu bizarre est passé près de moi en marmonnant. Des fêtards vêtus de bleu et de blanc pris au dépourvu par l’averse étaient rassemblés sous les arbres. Trois filles et deux garçons, visiblement imbibés par l’alcool chantaient des hymnes patriotiques douteux d’une manière peu convaincante, on n’a pu s’empêcher de sourire. Un de leurs comparses était en train de vomir son trop-plein derrière un arbre.
Près du Théâtre de Verdure, des familles ont vu leur pique-nique gâché par la pluie, de plus en plus forte. Les amoureux, eux, se contentaient de l’eau fraîche. Il y avait les pousseurs de carrosses qui surveillaient attentivement le fruit de leurs entrailles, les joueurs de frisbee qui voulaient se faire voir et le promeneur de chiens qui a sourit timidement à la promeneuse solitaire. N’oublions pas, pour compléter le tableau, l’écureuil qui quémandait les cacahuètes au vieillard assis tout seul sur son banc.
Alors que j’étais sur le point de regagner la rue Rachel, j’ai recroisé à nouveau le cycliste. À peine caché derrière l’abreuvoir, tenant son vélo d’une main, il se masturbait de l’autre en prenant bien soin que je puisse voir son long sexe un peu flasque, du sentier où je me trouvais. Il était 17h, le soleil réapparaissait doucement d’entre les nuages.
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J’ai choisi un banc près de l’étang aux canards. Un emplacement idéal qui me permettait de profiter à la fois des rayons du soleil de cette fin d’après-midi ainsi que des effluves de ces milliers de pivoines, mêlées à celles des derniers lilas du japon. Magique.
Puis, une femme portant un enfant dans ses bras, suivie par ce qui devait être la grand-mère s’est approchée de moi.
“Sorry, can I share your place, I need to feed him, he’s hungry“
Bon, il y a beau y avoir un autre banc libre à quelques pas derrière, qu’est-ce qu’on peut bien répondre à cela sans avoir l’air d’une mégère. J’ai donc souri de manière amicale avant de replonger la tête dans mon livre.
La femme s’est donc installée à l’extrémité du banc, puis, la grand-mère a pris place entre moi et la femme, tendant un immense drap entre moi et la sainte madone à l’enfant. Non mais quoi? Est-ce qu’elles s’imaginaient que j’allais regarder???
J’ai repris, donc, mon livre, mais le charme était rompu, par les bruits de tétée du petit roi affamé.
Classé dans : Histoires de ma vie, Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: âge, miroir, perception
Puis, autour de 28 ans, on dirait que soudainement, sans préavis, j’ai eu l’air de mon âge. On arrêtait de m’appeler Mademoiselle pour me donner du Madame. Et il y a eu toute cette période de ma vie où je ne me ressemblais plus, à plusieurs niveaux. Étrange impression alors que notre propre perception de nous même met toujours un temps à s’ajuster. Je voyais encore la fille d’avant dans le miroir, alors qu’elle n’y était plus. Par contre, j’ai aussi vu plus longtemps cette image de la fille malheureuse qu’elle n’y a vraiment été. C’est une curieuse expérience de revoir ceux que j’ai connus il y a 10 ans et de les entendre me dire que je n’ai pas changé, alors que ceux que j’ai connus il y a 4 ans ne me reconnaissent plus.
Depuis un an et demi, le Madame se fait plus rare, le Mademoiselle est revenu. Aujourd’hui, la fille au comptoir du gym pensait sérieusement que j’avais 25 ans. OK, C’est peut-être du temps emprunté, mais à 33 ans, ça donne quand même un petit boost.
Sitôt arrivée, donc, je me change, je l’installe dans la cage vraiment sans peine (il se laisserait ficeler et mettre au fourneau sans rechigner ce chat). Une fois dehors, il commence toutefois à comprendre qu’il se passe quelque chose de pas ordinaire. Il a peur, ce qui est plutôt normal. Il miaule un peu. J’ai eu droit à une sérénade complète ainsi qu’à des halètements dans la voiture, mais ma voix douce et rassurante finit par le calmer. La seule clinique que je connaissais ouverte tard et sans rendez-vous est sur le plateau, j’ai du me taper le dédale de sens uniques, de virages à gauche interdits ainsi que la joie de trouver un espace de stationnement. Au moment où je sors de la voiture avec la précieuse cage, un abruti en VUS klaxonne un con de cycliste et ça y est, la catastrophe, le pipi nerveux tant redouté inonde la cage, coule un peu sur ma main et mon jeans. GÉNIAL!
Bon, je me suis dis que le vet, il en a sûrement vu d’autres. Je sens probablement le pipi de chat malgré Givenchy. Mon chat sent définitivement le pipi de chat, ce qui n’empêche pas le vet de tomber sous le charme, voyez-vous, c’est qu’il est tellement docile, il ronronne même pendant qu’on lui prend sa température vous savez où. Bon, mais là, vous devinez, le problème c’est que sa vessie est vide et qu’il faut un test d’urine. Voilà donc un pipi nerveux qui vient de me coûter 50$ additionel puisque le seul moyen d’en récupérer au plus tôt c’est de “l’hospitaliser” jusqu’à demain. Cela dit, ne vous en faites pas, ça ne devrait pas être trop grave, j’aurai probablement que des antibiotiques à lui donner… Encore heureux qu’il soit docile.
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Je me réveille. Il fait encore nuit. La chambre est fraîche, climatisée. J’ai tendu la main, pour vérifier la place maintenant vide, juste à côté, et je me suis rendormie sans trop bouger, pour ne pas réveiller le chat jaune couché contre mes pieds.
J’ai découvert ce site il y a quelques mois et je suis complètement accro. Quelle idée géniale!
J’ai une âme soeur quelque part qui a fait une contribution cette semaine. Je pense que je suis due pour une visite au Redpath Museum…
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D’après une source (discutable), 0% de possibilité de précipitations aujourd’hui à Montréal.
Orage soudain.
Et moi qui était sur le point de sortir avec ma robe blanche.
Sauvée de peu!
Abby : If I was a guy, I think women would like, line up to go out with me. I’m smart. I have a good sense of humor. I make a great living.
Noelle: I’d fuck you.
Abby : Thank you, honey. I know you would.
D’abord, je ne l’ai pas remarquée. Ni jolie ni laide, brune, teint laiteux, peut-être l’œil un peu mort. Puis, j’ai constaté que la légère robe d’été blanche et bleue est un peu grise par endroit. Quelques taches violacées sur la peau. Soudainement, le corps est devenu fébrile. En l’espace d’à peine quelques secondes, je l’ai vu s’offrir à cinq hommes différents, qu’elle prend tout de même le temps de choisir, tantôt vieux, tantôt laids. Elle a vingt ans et elle vend ce qu’elle ne parviendrait pas à donner.
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Je sirotais mon verre sur le balcon, appréciant le soleil de cette fin d’après-midi alors qu’ils sont arrivés. Elle qui parle toujours trop fort de cette voix qui m’hérisse un peu l’oreille, et lui qui cette fois, essayait de s’exprimer. Sa voix est plutôt basse, les mots ne parviennent pas tous jusqu’à moi, sauf cette phrase : “Tu m’écoutes jamais quand je te parle“. Il essaie de poursuivre alors qu’elle se braque : “Mais voyons, j’fais juste ça t’écouter, blablablah“. Il essaie de poursuivre, de lui faire comprendre, mais dès qu’il dit : “Marie, non, tu m’écoutes pas là…“, elle s’empresse de lui couper la parole pour réaffirmer qu’il a tort, et qu’elle l’écoute “absolument tout le temps”.
Ok. Elle veut le convaincre qu’elle l’écoute en ne l’écoutant pas et lui coupant la parole alors qu’il essaie de lui dire que si elle se la fermait de temps en temps, il pourrait peut-être parler. Elle a tenu bon jusqu’à ce qu’il laisse tomber, ce qui n’a pas été très long. Et dans ma tête, l’image d’un mollusque qui consent à se laisser dévorer.
J’ai toujours eu dédain de cette nourriture là.
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