Les Plaisirs et les nuits


Hey! [been trying to meet you]
26 février 2009, 00:23
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Ça fait longtemps que je l’ai remarqué.  J’ai rarement vu des yeux comme ça.  Turquoises.  Grand mince, brun, toujours souriant et de bonne humeur.  Peut-être un peu lunatique, assurément timide, ce qui ne nuit en rien au facteur cuteness.  Il serait musicien que je ne serais pas surprise.  Il y a quelque chose dans sa manière de bouger, de pianoter du bout des doigts.  On ne se connait pas du tout, mais on se croise presque tous les jours.  Ça s’est fait lentement, sans qu’on y pense vraiment.  D’abord que des coups d’œil discrets, puis, un peu plus insistants.  Des sourires.  Ensuite c’est l’étape des « bonjour » et depuis peu ça s’accompagne plus chaleureusement du «ça va bien?».  Apprivoiser le renard, le petit prince ou le parfait inconnu, ça demande quand même un peu de temps.

Le contexte rapide au moment où on se croise se prête mal au développement et à la longue conversation, mais je sens que l’intérêt y est.   Grandissant.  Non seulement ça, je savais (je sentais?) qu’il avait bientôt l’intention de casser la glace.  Y’a des choses comme ça qui se devinent dans les yeux.  Par contre, pour l’étape suivante, je me serais plutôt attendue à ce qu’il demande mon nom, ou encore si je travaillais dans le coin.  Non.  C’est un original.  Hier, au moment où je m’éloignais déjà un peu, il a ajouté : «Je pensais pas que tes cheveux étaient aussi longs que ça».

D’après une copine (devinez laquelle), c’est certain qu’il s’était déjà imaginé en train de défaire le chignon que je porte d’habitude, et ce, dans 4-5 nouvelles positions.  Moi, je suis plus sage (pour l’instant).  Et quand même un peu perplexe devant ce peut-être compliment qui n’en est pas vraiment un.

Une chose sûre, c’est que mon désir de me faire couper les cheveux s’est complètement évaporé.  C’est comme ça qu’on va continuer de déboucher le bain toutes les deux semaines encore pour un petit bout de temps…



De la maladresse de ceux qui ne savaient pas être heureux

«Aussitôt ces paroles dites, tous deux sentirent que c’en était fait, que les mots qui devaient les unir ne seraient jamais prononcés.  Et l’émotion violente qui les agitait se calma peu à peu.»  — Tolstoï, Anna Karénine

*****

Je me souviens d’un jour de printemps.  D’une conversation des plus banales,  qui aurait même pu paraître ennuyeuse, s’il avait été possible de cacher l’émoi, l’anticipation qui illuminait déjà le fond des yeux.  Un instant si fragile que la plus petite microscopique incision fait voler en éclats.  Lorsque le vent, imprévisible et violent est enfin tombé, le papillon s’est posé sur le béton, oubliant la rose.  L’aile brisée, désorienté, il poursuivait furieusement ses battements sans parvenir à quitter le sol, décrivant dans la douleur et dans l’effort, une vaine trajectoire circulaire.



De la conscience du corps [question de focus]
22 février 2009, 02:30
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Jeudi soir, cours de yoga.  J’arrive un peu en avance et je m’installe avec mon tapis.  Évidemment, c’est très majoritairement féminin comme classe.  Enfin, y’a quand même un des 2-3 gars que je qualifierais de pas-exactement-mon-genre-mais-pas-mal-cute-quand-même.  Il s’installe comme toujours sur la même ligne que moi, celle du fond, à une personne d’intervalle.

La prof arrive et commence le cours avec la phrase fatidique suivante : “Pour les exercices de cette semaine, vous allez orienter votre tapis dans l’autre sens“.  Merde.  Le gars se retrouve maintenant juste derrière moi.  J’ai pas trop le temps de penser, la prof enchaîne : “Alors on s’installe en position quadrupède…“  Re-merde.

Le premier exercice m’a semblé interminable.  Toujours à quatre pattes, on a alterné les positions du chat (inspiration, dos rond, tête baissée) et du chien (expiration, dos cambré, tête levée).  Et la prof qui répète sans cesse dans la position du chien : “On cambre bien le dos, le plus possible, on regarde droit devant…“  Right.  Bon, j’étais pas super à l’aise les premières minutes, mais on finit par se relaxer et par oublier la présence des autres.  Comme si la conscience du corps se retourne vers l’intérieur, plutôt que de se projeter vers l’extérieur, vers l’autre.

Enfin, je sais pas.  Je parle pour moi.  À la fin du cours, la prof fait le tour et demande à chacun ses impressions personnelles sur la séance.  Juste pour me rassurer (j’imagine!) le gars qui se contente d’habitude (comme tout le monde) de répondre Nice! ou Super! a répondu : “Je sais pas ce que j’ai aujourd’hui, mais j’ai eu beaucoup de mal à garder mon focus…”



Le ridicule ne tue pas [mais il traumatise]
19 février 2009, 01:14
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L’autre semaine, une copine de mon ancien village de campagne m’envoie un courriel avec une photo.  Ça se résume un peu comme ça : “tsé, le gars dont je t’avais déjà parlé qui travaille pour la ville et qui est cute à mort?  C’est lui sur la photo, rince toi l’œil comme il faut.“  Oui, on a de la classe quand même.

Bon.  Y’a six personnes sur la photo.  Allons-y avec la logique.  La photo a été prise à l’aréna, c’est une mise au jeu protocolaire.  Y’a un couple dans la cinquantaine avancée, un hockeyeur de l’équipe locale, deux autres gars et Guy Lafleur (oui oui, le vrai).  Alors c’est pas le couple, c’est pas Guy et un des deux gars est franchement ordinaire.

Reste le joueur local, le genre habituel sportif, beau, brun, baraqué et un gars cute qu’on voit pas tant sur la photo, coincé qu’il est, entre le hockeyeur et le petit couple.  Il porte un chapeau haut de forme.  Alors ça doit être le sportif.  Mais moi, j’ai jamais tant tripé sur les sportifs.  Celui là a tout du genre de gars qui a l’air parfait.  Trop parfait.  Si la vie était un film américain, il serait quarterback.  Mais ici, on joue pas tellement au football.  Et ça tombe bien parce que j’ai jamais eu l’âme cheerleader.  Ça me rappelle  le secondaire, quand toutes les filles s’excitaient sur les joueurs du junior majeur du club local.  Le Laser, que ça s’appelait, c’est dire si c’était pas le cœur des années 90, ça.   Y’en a même une, une fille, qui s’est mariée avec un gardien de but…  Mais je pense qu’elle l’a regretté.

Alors sans trop y penser, je réponds à la copine que ouais, le joueur de hockey au maillot orange est pas mal, mais que finalement, le mec au chapeau qui a le look poète avec une barbe de quelques jours est pas mal plus mon genre.

Ça a pris à peine quelques minutes pour que je reçoive une réponse en arial bold 36 pts : Le gars au chapeau a à peine 20 ans, c’est beaucoup trop jeune pour toi!!! Ça, ça fait mal!  Mais pas autant que le lendemain, où elle précise qu’elle s’est informée et que finalement, l’élu de mon cœur a eu 18 ans en août dernier.  Calvaire! (s’cusez) il est né en 1990!!!  C’est tout dire.  What is wrong with me??? Je suis complètement traumatisée.  À mon humble défense, je dois dire que j’ai montré la photo à 3 autres filles qui sont elles aussi tombées dans le panneau avant que je révèle l’âge du jouvenceau pas tant imberbe.

Ce midi, pour la première fois depuis ce choc, j’ai osé tomber sous le charme d’un parfait  inconnu…  mais preuve que je ne prends désormais plus aucune chance : il avait les cheveux blancs!



Stars will explode in the sky [Stars have their moment and then they die]

kiefer_sternenfallAnselm Kiefer, Sternenfall (Pluie d’étoiles)

Je ne sais pas pourquoi je redoutais tant cet instant où, infailliblement, tu plongerais vers l’infini.  Sans avertissements, sans laisser de traces, tout comme si tu n’avais jamais existé.  As-tu vraiment existé?  Je ne sais plus.  Même en fermant les yeux, je n’arrive pas à me rappeler parfaitement ton visage, le son de ta voix, ton odeur, ni la délicieuse sensation de ce frôlement, le tout premier, de ta peau sur la mienne.  Dis, t’étais rasé ou pas? J’ai oublié.  Tout ce que je sais, c’est que la fin se métamorphose inlassablement en un éternel recommencement et que nous sommes toujours seuls devant l’immensité.  Chaque nuit se remplit d’étoiles.  Et étrangement, ça me suffit.



Petites fictions
17 février 2009, 00:43
Classé dans : Varia

Ça faisait un petit moment, alors pour les quelques fidèles qui étaient impatients, suivre le lien :)

Stars will explode in the sky [Stars have their moment and then they die]



De la perception
14 février 2009, 23:20
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Il y a deux semaines, j’ai croisé un lointain cousin que je n’avais pas vu depuis l’âge de 13-14 ans.  On a jasé à peu près une quinzaine de minutes.   Deux jours plus tard il m’a ajouté sur facebook.  Jusque là, tout va bien.

Et là, il répond à cette cochonnerie d’application-quiz qui circule.  Paraît que parmi ses “amis”, c’est moi qui a le plus gros égo…  Riiiight.  J’assume!  15 minutes pour réussir ça, c’est quand même pas rien.

Mais moi, j’aimerais avoir juste la moitié de son culot…

*****

Et j’ai retrouvé ce texte sur le même thème, écrit il y a quelque temps, mais jamais publié.

Je suis celle qui agit parfois sans penser
Mais surtout, qui pense beaucoup sans agir
Celle qui pourrait dire oui quand on est convaincu qu’elle va dire non
Et qui pourrait dire non quand on se persuade trop vite qu’elle va dire oui
Bref, je suis celle qui est dure à suivre

Je suis celle qui refuse d’être tombée
Celle qui porte la victoire
Comme une marque au fer rouge
Je suis celle qui voudrait être amnésique
Qui aimerait, sans cesse, redessiner le passé

Je suis celle qui lutte entre l’instinct et la raison
Qui saute parfois trop vite aux conclusions
Qui ne sait pas doser
Celle qui utilise son cœur pour les problèmes de tête
Et trop la tête pour les questions de coeur
Je suis celle qui aura toujours l’air snob
Quoi que je dise, quoi que je fasse
Je suis celle pour qui on ne s’inquiète pas
Parce que je suis celle qui est saine, équilibrée, raisonnable
(Et je déteste ça)

Je suis celle qui sait reconnaître les menteurs
Sauf lorsqu’ils ont un visage d’ange
Je suis celle qui a peur de la froideur
Mais peut-être plus encore, de la tiédeur
Je suis celle qui ne sait pas faire semblant

Je suis celle qui désire à tue-tête
Mais qui aime en secret



Idée de l’amour
12 février 2009, 00:28
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“Vivre dans l’intimité d’un être étranger, non pour le rendre plus proche ou le connaître, mais pour qu’il demeure étranger, lointain et même inapparent, au point que son nom le contient tout entier. Puis jour après jour, jusque dans le malaise, n’être rien d’autre que le lieu toujours ouvert, la lumière impérissable au sein de laquelle cet être unique, cette chose demeure à jamais exposée, emmurée.”

Giorgio Agamben, Idée de la prose

*****

J’ai lu ce fragment pour la première fois il y a des mois.  Je me souviens encore du premier choc.  Le livre a trainé pendant des mois sur ma table de chevet, dans mon salon, sur ma table de travail, puis un jour, je l’ai rangé dans ma bibliothèque.  Je l’ai oublié sans jamais arrêter d’y penser.  Et puis j’ai compris.



C’est à 30 ans que les femmes sont…
9 février 2009, 00:36
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Lui : Est-ce que c’est toutes les femmes de 30 ans qui sont comme ça, ou c’est juste particulier à toi?
Elle : *éclat de rire*



Je suis pas saoule, mais j’ai pas les mêmes réflexes
7 février 2009, 23:33
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Après quelques verres (jolis, sucrés, non-non y’a presque pas d’alcool là dedans je sens rien du tout, t’es sûre qu’il a mis du rhum?) et plus de deux heures intenses de conversations de sexe filles, quand, arrivées sur le quai du métro,  ma meilleure copine me dit d’un ton triste que c’est plate, parce qu’on se verra pas la semaine prochaine (elle sera out of town, pour le boulot) et que d’ici là, je vais sûrement avoir eu le temps d’apprendre 4-5 positions de plus…  Il se passe de longues secondes avant que je réalise qu’elle veut parler du cours de yoga qu’elle va manquer…

Mais bon, j’étais pas la seule, je peux jurer que le gars plutôt mignon qui attendait à côté de nous a eu un doute lui aussi.



De la faim [Regarde-moi, regarde-moi!]
5 février 2009, 23:09
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Il n’y a rien d’autre à apprendre que soi dans la vie.  Il n’y a rien d’autre à connaître.  On n’apprend pas tout seul, bien sûr.  Il faut passer par quelqu’un pour atteindre au plus secret de soi. [...] Partout l’appel, partout l’impatience de la gloire d’être aimé, reconnu, partout cette langueur de l’exil et cette faim d’une vraie demeure — les yeux d’un autre.”

Christian Bobin, Regarde-moi, regarde-moi [Une petite robe de fête]



Du Culot
3 février 2009, 23:50
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Un homme ose dire à la femme qui partage sa vie depuis 16 ans…

À la femme qui a élevé avec lui les enfants qu’il a eu avec une autre…

À la femme qui n’a pas eu d’enfants parce que son chum, de dix ans son aîné en avait déjà…

À cette femme sous le choc qui vient de découvrir que son homme a une aventure avec une nouvelle collègue de travail (évidemment, vingt ans plus jeune que lui)…

Il ose donc lui dire qu’il ne peut pas rompre tout de suite avec sa maîtresse, parce que c’est une fille dépressive et qu’il faut la ménager…

Et il ajoute à l’injure en demandant à cette même femme de l’attendre un peu, parce que finalement, il n’est pas amoureux de sa maîtresse et que c’est juste un trip qui va (éventuellement) lui passer…

Une femme vient de découvrir, en 60 secondes, le temps de deux phrases, la vraie nature de l’homme avec qui elle vit depuis seize ans.

*****

Et moi, pendant ce temps, qui multiplie les histoires qui ne mènent à rien parce que les petites déceptions sont encore le meilleur moyen pour se protéger des grands désastres amoureux.



De la fragilité
2 février 2009, 21:45
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Je suis fatiguée.

Je n’ai pas beaucoup dormi ces derniers jours.

J’avais envie d’écrire comment c’est dur de voir sa mère, le coeur brisé par la mort de sa petite sœur.  Mais il n’y a pas de mots pour ça.  Une mort inattendue, presque inexplicable.  Je ne savais pas qu’on pouvait mourir d’une bronchite mal soignée.  Enfin, oui, mais pas à 49 ans.

Oui-oui-si-ça-va-pas-mieux-lundi-je-vais-aller-attendre-12heures-à-l’urgence-mais-là-c’est-samedi-matin-je-suis-en-congé-laisse-moi-dormir-encore-un-peu-je-suis-fatiguée-et-ça-va-me-faire-du-bien… Et les poumons qui flanchent pendant le sommeil profond.

Une mort stupide qui aurait pu être évitée.  Le déni, la colère, la peine…

L’acceptation (ou la résignation)…  Mais pas maintenant.

Et la tête qui s’affole, parce qu’on réalise la fragilité.  Parce que, c’est normal, on ramène toujours tout à soi.  Trouver la juste mesure.  Savoir que ça peut arriver n’importe quand.  Faire certains choix en conséquence.  Mais aussi, savoir oublier cette fragilité.  Être capable, encore, toujours, de se projeter avec force dans le futur.  Parce qu’il n’est (humainement) pas possible de vivre autrement, même lorsqu’on ne le fait qu’une heure à la fois.