Kiss a frog and then dissect [gotta find out what's inside]

— V, viens jouer avec nous, on a capturé des grenouilles!

— Si y’a la couleuvre de l’autre jour, moi j’y va pas!

— Ben non, Yannick l’a libéré de son bocal tantôt, y t’achaleras pu avec!

On est partis à la course nus pieds dans le sable, traversant la distance qui séparait les deux chalets.  On a retrouvé les autres sur la butte où il y avait le gigantesque saule, pas loin du quai.

— Regarde, on en a pogné deux petites vertes pis un gros toute bossu dans le dos!

— ouache…  mais les petites sont pas pire cute…

Pendant un temps, la cousine de Yannick a eu l’idée de jouer au mariage: les deux petites étaient les mariés et le gros crapaud était le curé.  La cérémonie s’organisait tranquillement sur un tapis de marguerites et de pissenlits et puis tout d’un coup Yannick a trouvé ça plate.  Il a pris le crapaud et en le maintenant par les pattes de derrières, il a fait quelques mouvements d’hélice avec son bras.  Il l’a ensuite reposé par terre et tout le monde a observé la bête étourdie.  Fred a voulu essayer lui aussi.  Tout le monde riait sauf moi.  Yannick me regardait.  Le cœur battant, je savais ce qui s’en venait.

— Ok, c’est à ton tour!

— Non, je veux pas.

En regardant par dessus son épaule pour être bien sûr que les parents étaient trop loin pour entendre, il a répliqué : “Tabarnak que t’es bébé toi!”

— Je suis pas bébé, j’ai 8 ans.  Et j’ai pas envie d’y toucher.

— Ton petit frère a 5 ans et il l’a touché lui, je sais pas de quoi t’as peur, bébé lala

— Aweille, c’est juste pour le fun, ça lui fait même pas mal!

— Si tu le fait pas, on va dire à tout le monde que t’es rien qu’un bébé…

 Fred m’a expliqué comment le maintenir entre le pouce et la paume intérieure de la main et Yannick, fier, m’a tendu le crapaud.  Je l’ai pris et j’ai commencé à faire le mouvement d’hélice avec le bras.  Au troisième tour, je l’ai senti tressaillir dans ma main.  J’ai sursauté et lâché prise, ce qui a eu pour effet de propulser la bête d’abord solidement contre le tronc de l’arbre, puis au sol.  Yannick m’a dit avec le sourire en coin : “Viens donc voir ce que t’as faite, la peureuse!”  Quand je me suis approchée pour voir, le crapaud était sur le dos et son ventre était complètement fendu à la verticale.  Pendant quelques secondes encore, j’ai vu son cœur battre.  Et Yannick qui riait.

— C’est plate vos jeux, moi je m’en va!

Je suis repartie en marchant tranquillement vers le chalet, avec le petit frère sur mes talons.  Je me suis cachée derrière la cabane du jardin et j’ai pleuré en silence toutes les larmes de mon corps, sur le sort d’un crapaud.

1 Commentaire

Classé dans Histoires de ma vie

Une réponse à Kiss a frog and then dissect [gotta find out what's inside]

  1. YOU’RE BACK :)

    Je te comprends… (pour avoir pleuré!)

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