Les Plaisirs et les nuits


De la volonté
26 octobre 2009, 23:44
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“Volonté” est un mauvais mot, parce qu’en fin de compte vous pourriez appeler cela “désespoir”.  Car en vérité, cela vient du sentiment absolu qu’il est impossible de faire de pareilles choses, de sorte que je pourrais tout aussi bien faire n’importe quoi.  Et de ce n’importe quoi on verrait ce qui sort.

— Francis Bacon, L’art de l’impossible



De la honte [et des choses insignifiantes]

“Ils étaient l’un près de l’autre, debout, dans l’embrasure de la croisée.  La nuit, devant eux, s’étendait comme un immense voile sombre, piqué d’argent.  C’était la première fois qu’ils ne parlaient pas de choses insignifiantes.  Il vint même à savoir ses antipathies et ses goûts : certains parfums lui faisaient mal, les livres d’histoire l’intéressaient, elle croyait aux songes. […]  Elle souriait quelquefois, arrêtant sur lui ses yeux, une minute.  Alors, il sentait ses regards pénétrer son âme, comme ces grands rayons de soleil qui descendent jusqu’au fond de l’eau.”

“Il étendit la main gauche de son côté et la laissa toute grande ouverte, — s’imaginant qu’elle allait faire comme lui, peut-être, et qu’il rencontrerait la sienne.  Puis il eut honte, et la retira.”         

—  Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale

*****

Ils marchaient ensemble dans la ville.  La nuit était sans étoiles et le vent s’infiltrait sous la peau.  Ils parlaient de choses insignifiantes, s’échangeaient des questions comme autant de vaines tentatives pour apprendre à se connaître.  De temps à autre, lorsque leurs regards se croisaient, un éclat particulier jaillissait avant de s’éclipser, discrètement détourné, à l’ombre des sourires naissants.

Il a frotté ses mains l’une contre l’autre, pour les réchauffer.  Elle l’a imité.  Elle eut cette impulsion de poser ses mains transies contre les siennes et de les serrer, si fort.  Mais ne sachant si ce contact allait le glacer davantage (ou peut-être le brûler?), elle n’a pas osé.  Elle eut honte, et  détourna son regard.   Comme à regret, ils ont tous deux lentement remis leurs mains dans leurs poches, puis, doucement (inévitablement) repris la marche, sans but. 



De la passion des mots

“Les mots sont des planches jetées sur des abîmes avec lesquelles nous traversons l’espace d’une pensée…”

— Paul Valéry

Une performance inoubliable.  Fabrice Luchini est la définition même de l’intelligence.  De la vraie passion des mots qui se cultive en dehors de soi, (dans l’oubli de soi?) de celle qui se tourne d’abord vers l’autre, qui se transmet, se communique dans le bonheur et la générosité absolue.

Et pour le prix du billet, y’a master card.



De la possession
3 septembre 2009, 00:30
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L’agitation d’un amour plein de désirs contenus s’harmonise à celle de l’eau, les fleurs que la main de l’homme n’a point perverties expriment ses rêves les plus secrets, le voluptueux balancement d’une barque imite vaguement les pensées qui flottent dans l’âme. [...]  L’amant qui n’est pas tout n’est rien. [...] je me reprochais de n’avoir rien osé, de n’avoir pas resserré les liens d’une tendresse qui me semblait alors plus subtile que vraie par les chaînes du droit positif que crée la possession.

— Balzac, Le Lys dans la vallée



Just because you feel it doesn’t mean it’s there
16 août 2009, 01:31
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L’invite sexuelle directe […] l’obscénité trop brutale pour être vraie, trop impolie pour être malhonnête, — l’obscénité comme défi, et donc de nouveau comme séduction.  C’est qu’au fond la pure demande sexuelle, l’énoncé pur du sexe sont impossibles.  On ne se libère pas de la séduction. […] Leurre de croire en la réalité du sexe et en la possibilité de le dire sans autre forme de procès, leurre de tout discours qui croit à la transparence.

“I’ll be your mirror”.  “Je serai votre miroir” ne signifie pas “Je serai votre reflet” mais “Je serai votre leurre”.  Séduire, c’est mourir comme réalité et se produire comme leurre.

Est-ce de séduire, ou d’être séduit, qui est séduisant?  Mais être séduit est bien encore la meilleure façon de séduire.

Le secret de la séduction est dans cette évocation et révocation de l’autre, par des gestes dont la lenteur, dont le suspense est poétique comme l’est le film d’une chute ou d’une explosion au ralenti, parce que quelque chose alors, avant de s’accomplir, a le temps de vous manquer, ce qui constitue, s’il en est une, la perfection du “désir”.

Jean Baudrillard, De la séduction. Extraits.



De la baignade [et de l'humour en 1870]
15 août 2009, 15:35
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Comment les bains de mer peuvent servir à guérir l’hypocondrie en produisant des accès de bonne humeur : En nageant entre deux eaux, saisir les jambes d’un monsieur qui vous est désagréable, lui faire faire une petite promenade sous-marine jusqu’au fond des Bêches, et le déposer sans connaissance sur l’escalier, en admirant la finesse et l’éclat des tons violets que la nature prodigue aux noyés.  Quand on voit un monsieur d’un tempérament sanguin s’essouffler à remonter le courant, lui tendre précipitamment la perche d’une manière assez heureuse pour le faire couler à fond.

Telles sont les bonnes plaisanteries que nous recommandons aux hypocondriaques et qui sont bien faites pour éclairer d’un pâle sourire leurs visages méli-mélo mélancoliques.  Joignons-y ce principe dont il ne faut pas s’écarter sous peine de… morgue certaine :  Il est imprudent aux baigneurs qui ignorent les premiers éléments de la natation, de se précipiter dans un endroit ayant plus de quarante pieds d’eau, et surtout de s’attacher des poids de vingt livres aux pieds sous prétexte puéril qu’à se baigner sans péril, on nage sans gloire.

Texte signé A. De Lavalette, dans L’Opinion publique (journal publié le 18 août 1870)



Des maux d’amour [et d'esprit]
27 juillet 2009, 03:01
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L’amant, par définition, est réduit au silence.  On lui répond, on l’agace, on l’égare, on le défie, on ne croit jamais ce qu’il dit sauf pour lui demander d’en dire plus, sa parole est de toute façon en défaut, l’esprit est délégué aux femmes pour donner des leçons aux hommes, quoi qu’il arrive.

— Philippe Sollers, Le Style et l’amour (tiré de Liberté du XVIIIe siècle)



I can see you [see me]
23 juillet 2009, 13:02
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Je suis retombée sur cet extrait d’une superbe chronique de Foglia qui m’avait tellement fait rire parce qu’il est vraiment right on.  Enfin, peut-être sauf pour Albert, mon chat jaune dépendant affectif qui veut être caressé de tous, même (surtout) par ceux qui le méprisent.   Comme s’il se donnait un défi.  Aucune fierté ce chat (mais de qui est-ce qu’il peut bien tenir ça???).  Alors, voici l’extrait :

Tant qu’à dire des folies, savez-vous pourquoi le chien est le meilleur ami de l’homme? C’est Tonton, un de mes sept chats, qui m’a demandé ça l’autre jour. Il n’est pas censé parler, je sais bien, mais bon, ça lui est arrivé juste cette fois-là; depuis la mort de Picotte, Tonton est mon chat préféré, j’aime bien le prendre dans mes bras, le papouiller, le coller sur ma joue. C’est dans cette position que l’autre jour il m’a dit à l’oreille: sais-tu pourquoi le chien est le meilleur ami de l’homme?

Non, Tonton, je sais pas.

Parce que les chats ne voulaient pas, calvaire! Lâche-moi!



De l’attrait du danger
3 juillet 2009, 01:29
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Dans le taxi qui la menait vers lui, elle se plaisait à rêvasser qu’elle était le Chaperon Rouge qui allait voir le loup, en faisant bien attention de ne pas rencontrer sa mère-grand.”

— Albert Cohen,  Belle du Seigneur



De la déclaration amoureuse [libidineuse?]

“Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre.  C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots.  Mon langage tremble de désir.  L’émoi vient d’un double contact : d’une part, toute une activité de discours vient relever discrètement, indirectement, un signifié unique, qui est “je te désire”, et le libère, l’alimente, le ramifie, le fait exploser (le langage jouit de se toucher lui-même); d’autre part, j’enroule l’autre dans mes mots, je le caresse, je le frôle, j’entretiens ce frôlage, je me dépense à faire durer le commentaire auquel je soumets la relation.”

— Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux

*****

Les actions (et/ou l’alcool ;) ) invalident le propos.  La curiosité est parfois dévorante.  Mais qu’est-ce qu’il y a sous la peau?  (sous le masque des mots?)  Protect me from what I want*.  Le désir alimenté à petit feu.  Petite flamme qui vacille, à qui on refuse la mise à mort.  Le signifié, tour à tour dévoilé et refoulé, exposé et renié.  Supplice raffiné.  Peaux sensibles s’abstenir (tu me fais rire,  tu me chatouilles).  Monsieur le loup, vous avez oublié de mettre vos dents.



I just met a wonderful new man [He’s fictional but you can’t have everything]

L’être que j’attends n’est pas réel.  Je le crée et je le recrée sans cesse à partir de ma capacité d’aimer, à partir du besoin que j’ai de lui : l’autre vient là où je l’attends, là où je l’ai déjà créé.  Et s’il ne vient pas, je l’hallucine : l’attente est un délire.

Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux



I will always remember [to forget about you]

Goujat n. Homme dont les qualités, joliment disposées comme les fraises dans une boîte au marché — les plus belles par le dessus — ont subi l’ouverture par le mauvais côté.  L’inverse d’un gentleman.

Ambrose Bierce, Le Dictionnaire du diable.



Du dépassement de soi
8 mai 2009, 01:18
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L’intelligence est la force, solitaire, d’extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi — vers l’autre là-bas, comme nous égaré dans le noir.

— Christian Bobin



Du synchronisme

J’étais chez elle dimanche dernier.  On parlait du bonheur (éphémère), des fleurs (fortes et fragiles), de la vie (surtout), de la mort (le moins possible), de l’amour (pourquoi pas), de l’amour du sexe (ça va de soi) et de la fois où en prenant un taxi, en quittant son tout nouvel amant (qui est encore son amoureux aujourd’hui) par un beau dimanche matin de printemps ensoleillé, le chauffeur lui avait dit, sourire moqueur, en l’observant par le rétroviseur : «Aujourd’hui, c’est une belle journée pour montrer aux filles l’envers des feuilles».  Il ne se trompait pas.

Alors qu’elle est rentrée quelques instants pour remplir les verres, mon œil a été attiré par un livre déposé sur la petite table, près de sa chaise.  C’était les correspondances de Karen Blixen.

—  C’est toi qui est en train de lire ça?

—  Oui j’ai trouvé ça totalement par hasard, faut que je t’explique.

Et elle me raconte que la semaine d’avant, en faisant le tour des chaînes à la télé par un soir d’ennui, elle est tombé sur le magnifique Out of Africa, un film qu’elle adore.  Deux jours plus tard, elle décide d’aller se chercher des livres à la bibliothèque du quartier, pour meubler ses journées de repos forcé.  Elle cherche des livres sur le Danemark.  Elle a toujours rêvé d’aller là bas.  Elle ne sait pas trop pourquoi.  C’est un de ces désirs inexplicables qui vit en elle depuis toujours.  Moi, je dis que les grands danois (non, pas ceux là), ont peut-être quelque chose à voir là dedans.  M’enfin.  Elle regarde les quelques livres disponibles de la section consacrée au Danemark et elle est attirée par la couverture de celui là.  En lisant à l’endos elle découvre que Blixen, une écrivaine d’origine danoise est l’auteur de La Ferme africaine, roman autobiographique dont le film Out of Africa est tiré.  Hasard de ce qu’on trouve sans même le chercher.

*****

Un soir très tard de cette semaine, j’ai terminé le livre que j’étais en train de lire.  Le lendemain matin, au moment de partir pour aller travailler, j’ai pris le premier livre au sommet d’une pile qui traîne sur mon bureau pour le mettre dans mon sac (c’est comme le tube de rouge à lèvres, il m’en faut toujours au moins un dans mon sac).  Ce n’était pas celui avec lequel j’avais l’intention d’enchaîner, mais c’est celui qu’une main étrangère, parcourant mes richesses, avait redéposé le dernier, reconfigurant inconsciemment l’ordre de mes lectures.  L’attrape-cœurs (The Catcher in the Rye), de J.D. Salinger.

Hier midi, en prenant le soleil sur une place publique, je me suis plongée dedans…  Et à la page 27, j’ai lu :

«Le livre que je lisais, c’était un bouquin que j’avais eu par erreur à la bibliothèque.  Ils avaient fait une erreur et je m’en étais aperçu qu’une fois de retour dans ma chambre.  Ils m’avaient donné La Ferme africaine par Karen Blixen.  Je pensais que ça allait être dégueulasse mais pas du tout, c’était un bon livre.»



Player [yes, we unfortunately fall for that crazy cheesy little thing called love]
23 avril 2009, 20:12
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«Avec vous, j’ai joué le jeune et brillant avocat, et l’amoureux transi, et l’enfant gâté, et Dieu sait quoi.  Mais depuis que je vous connais, tous mes rôles sont pour vous.  Vous ne pensez pas que c’est de l’amour?

C’en est une assez bonne définition», dit-elle en souriant.

Ils se turent quelques instants, gênés.

«J’aimerais bien jouer les amants passionnés», dit-il.»

— Aimez-vous Brahms… (Françoise Sagan)

*****

Finalement, pour une des rares fois dans ma vie, je crois avoir préféré le film au livre…  Ou bien ma mémoire glorifie le passé…  Ça serait pas nouveau.  Je crois que ça tenait à la présence incroyable de Anthony Perkins, follement séduisant.  Ça devait être avant qu’on le voit dans Psycho!   Ishh, je viens de vérifier et c’était après…  Oh well, you know I have a thing for bad boys…

 



De l’art de confier l’émoi amoureux
15 avril 2009, 18:58
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Il y a deux ans, j’avais publié ceci.

Hier, j’ai dû fouiller à nouveau ces précieuses lettres.  J’ai trouvé un autre passage (qui précède celui déjà cité de quelques années), fort joli, où le peintre en exil, s’adressant à son ami poète, cède au désir de partager son émoi amoureux d’une manière à la fois pudique et tout à fait charmante :

En votre ville il y a une jolie femme qui hante mes rares moments d’espoir.  Au hasard de vos rencontres vous la verrez, sans doute, mais comme vous ne savez qui, dites à chacune un bonjour pour moi.”



De la domesticité
25 mars 2009, 17:46
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“Il fut le premier homme que Fermina Daza entendit uriner.  Elle l’entendit la nuit de leurs noces dans la cabine du bateau qui les emmenait en France alors qu’elle était épuisée par le mal de mer, et le bruit de ce torrent chevalin lui sembla si puissant et investi de tant d’autorité que la crainte d’un anéantissement accrut sa terreur.  Ce souvenir lui revenait souvent en mémoire à mesure que les années affaiblissaient le jet, car jamais elle n’avait pu se résigner à ce qu’il laissât le bord de la cuvette mouillé toutes les fois qu’il l’utilisait.  Le docteur Urbino tentait de la convaincre, avec des arguments facile à comprendre pour qui voulait les entendre, que cet incident quotidien se reproduisait non par manque de soin de sa part mais pour des raisons organiques : son jet de jeune homme était à ce point net et direct qu’au collège il avait gagné des concours de remplissage de bouteille à distance, mais avec l’usure de l’âge il avait décru, était devenu oblique, s’était ramifié et avait fini par n’être plus qu’une source de fantaisie, impossible à diriger en dépit de ses nombreux efforts pour le redresser.  Il disait : « Les cabinets ont dû être inventés par quelqu’un qui ne connaissait rien aux hommes.»  Il contribuait à la paix du ménage par un acte quotidien qui tenait plus de l’humiliation que de l’humilité : il essuyait avec du papier hygiénique les bords de la cuvette chaque fois qu’il s’en servait.  Elle le savait mais ne disait jamais rien tant que les vapeurs ammoniacales n’étaient pas trop évidentes, ou le proclamait comme qui eut découvert un crime.  « Ça pue la cage à lapin.»  Au seuil de la vieillesse, ce même embarras du corps inspira au docteur Urbino la solution finale : il urinait assis, comme elle, ce qui laissait la cuvette propre et le laissait lui en état de grâce.”

Gabriel Garcia Marquez, L’Amour aux temps du choléra



De la maladresse de ceux qui ne savaient pas être heureux

«Aussitôt ces paroles dites, tous deux sentirent que c’en était fait, que les mots qui devaient les unir ne seraient jamais prononcés.  Et l’émotion violente qui les agitait se calma peu à peu.»  — Tolstoï, Anna Karénine

*****

Je me souviens d’un jour de printemps.  D’une conversation des plus banales,  qui aurait même pu paraître ennuyeuse, s’il avait été possible de cacher l’émoi, l’anticipation qui illuminait déjà le fond des yeux.  Un instant si fragile que la plus petite microscopique incision fait voler en éclats.  Lorsque le vent, imprévisible et violent est enfin tombé, le papillon s’est posé sur le béton, oubliant la rose.  L’aile brisée, désorienté, il poursuivait furieusement ses battements sans parvenir à quitter le sol, décrivant dans la douleur et dans l’effort, une vaine trajectoire circulaire.



Idée de l’amour
12 février 2009, 00:28
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“Vivre dans l’intimité d’un être étranger, non pour le rendre plus proche ou le connaître, mais pour qu’il demeure étranger, lointain et même inapparent, au point que son nom le contient tout entier. Puis jour après jour, jusque dans le malaise, n’être rien d’autre que le lieu toujours ouvert, la lumière impérissable au sein de laquelle cet être unique, cette chose demeure à jamais exposée, emmurée.”

Giorgio Agamben, Idée de la prose

*****

J’ai lu ce fragment pour la première fois il y a des mois.  Je me souviens encore du premier choc.  Le livre a trainé pendant des mois sur ma table de chevet, dans mon salon, sur ma table de travail, puis un jour, je l’ai rangé dans ma bibliothèque.  Je l’ai oublié sans jamais arrêter d’y penser.  Et puis j’ai compris.



De la faim [Regarde-moi, regarde-moi!]
5 février 2009, 23:09
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Il n’y a rien d’autre à apprendre que soi dans la vie.  Il n’y a rien d’autre à connaître.  On n’apprend pas tout seul, bien sûr.  Il faut passer par quelqu’un pour atteindre au plus secret de soi. [...] Partout l’appel, partout l’impatience de la gloire d’être aimé, reconnu, partout cette langueur de l’exil et cette faim d’une vraie demeure — les yeux d’un autre.”

Christian Bobin, Regarde-moi, regarde-moi [Une petite robe de fête]