Classé dans : Histoires de ma vie | Mots-clefs: écrivain, Bright eyes, hommes, lover I don't have to love, vie
J’ai une copine qui me dit souvent que la vie nous apporte toujours ce qu’on a besoin, au moment où on en a besoin, qu’il suffit tout simplement d’être attentif. D’habitude, je lui réponds bullshit.
Mais…
Cette semaine, j’en ai eu ma claque des “écrivains”. Et c’est le moment qu’une ancienne fréquentation a choisi pour réapparaître. On s’est vus quelques fois, jamais sur une base régulière, jamais de façon vraiment planifiée et ça nous convenait comme ça. Quelque chose de simple, d’honnête dans le procédé. Quelqu’un de fondamentalement différent des autres hommes que j’ai connu. Pas un intellectuel, malgré ce qu’il en pense. Et c’était peut-être là sa plus belle qualité. Un sensuel, instinctif (et pas seulement au sens qu’on imagine). Bon, reste qu’on se tapait un peu mutuellement sur les nerfs aux lendemains matins, mais en même temps c’est ce qui nous gardait les pieds sur terre, j’imagine.
La conversation a pris le tour habituel et assez rapidement après le qu’est-ce que tu fais, qu’est-ce que tu deviens, est venu le t’as envie d’aller prendre un verre ce soir? J’ai commencé par dire non, en me rappelant les raisons pour lesquelles j’avais cessé de le voir. Puis, la discussion est repartie de plus belle. Passé un certain point, j’ai eu envie de changer d’idée. Revoir un gars comme lui, si différent des autres, me ferait peut-être du bien. Pas de stress, pas d’attentes, pas de déception. Au fond, je n’ai pas grand-chose à perdre. Je l’ai questionné sur son nouveau travail et il m’a appris son retour aux études. Je lui ai demandé quel domaine. Études littéraires… Profitant du fait que j’étais devenue muette, il m’a demandé si j’écrivais encore… Puis il m’a annoncé qu’il écrivait un roman qu’il aimerait bien me faire lire.
Des fois la vie… bullshit.
Classé dans : Histoires de ma vie | Mots-clefs: gynécologue, honte, mensonge, retard, tango till they're sore, Tom Waits, urgence
Il y a mille et une façons de bien commencer une journée. Avoir un rendez-vous loin sur la rive-sud pour un PAP test à 8h40 du matin, les pieds dans les étriers, quand on s’est couché passé 1 heure du matin, c’est pas sur la liste. Mais ça, c’était trop banal pour une fille comme moi.
Moi, j’ai programmé mon réveil à 6h30 du matin, en me disant que j’aurais le temps pour 1 snooze… Et évidemment, impossible de savoir ce qui s’est vraiment passé… quand j’ai ouvert l’œil et regardé le réveil, il était 8h40 tapant. Le cœur m’a fait 3 tours complets. Ça prend 15 mois pour avoir un rendez-vous annuel avec mon gynéco. Je ne PEUX PAS manquer mon rendez-vous… Mais malgré moi, c’est comme plutôt déjà fait!!! Alors qu’est-ce que je pouvais faire d’autre, à part sortir l’arme terrible des faibles : le mensonge… Pas le choix, c’est un cas d’urgence, un dernier recours.
J’appelle tout de suite la secrétaire du médecin, qui me fait poireauter sur le hold pendant presque 10 minutes. Ça me donne le temps de réfléchir à un truc plausible… Un accrochage de voiture. C’est ça! “Madame, je suis désolée, je viens tout juste d’avoir un petit accrochage de voiture, le temps de remplir le constat amiable et tout, je vais être vraiment en retard…“ La secrétaire est vraiment gentille, elle s’informe, s’assure que je n’ai rien… “Non non, que quelques égratignures sur la voiture, plus de peur que de mal…” “Ne vous en faites pas mademoiselle, si vous arrivez avant 11h cet avant-midi on vous passera sans problèmes, ne vous inquiétez pas avec ça…” Yess!!!! ok, ça a marché, mais j’ai quand même un peu honte…
Je m’habille en vitesse et je pars. Arrivée sur place, une surprise de taille m’attendait, la clinique a été convertie en cabinet de dentiste… Aucunes indications… Je m’informe à la réceptionniste qui me donne la nouvelle adresse de la clinique, déménagée il y a deux ans… Est-ce que j’ai dit que ça prenait plus de 15 mois pour avoir un rendez-vous??? Je repars donc, toujours à la course. Je suis finalement arrivée, heureusement avant 11 heures. L’infirmière qui me reçoit a été brieffée par la secrétaire, elle est tellement gentille (et j’ai trop honte!). “Vous allez bien mademoiselle? Est-ce que je prends votre pression quand même? Vous devez être stressée…” “Heu oui, mais j’ai quand même eu le temps de me calmer un peu… ” “Ah oui, je vois ça, votre pression est quand même belle, juste un tout petit peu élevée…“
Comme pour le polygraphe, sans aucun doute…
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Est-ce qu’il y a quelque chose de plus insultant que de se faire couper par la droite par quelqu’un qui roule à une vitesse excessive? Surtout quand la voie de gauche est complètement dégagée…
D’accord, on pourrait penser que je ne sais pas bien conduire… Mais le hic c’est que moi, j’étais à pied. Pas l’autre. Son moteur était tellement silencieux, je ne l’ai pas entendu arriver. Elle m’a donc coupé par la droite (alors qu’elle avait tout l’espace rêvé à gauche), à une vitesse complètement hallucinante, dans un espace beaucoup trop restreint pour elle, m’écrasant bien comme il faut, au passage, le pied.
Une autre femme témoin de la scène a rattrapé la conductrice fautive. En me pointant du doigt elle a dit : “Je pense que tu viens de lui passer sur le pied!“ Elles m’ont regardé (souffrir) un bref instant, puis, elles ont éclaté de rire et sont parties ensemble!
Qu’est-ce qu’on peut faire dans ce temps là? Engueuler une femme obèse et handicapée qui se déplace en chaise roulante électrique c’est comme pas super gratifiant, même quand on sait qu’on a les meilleures raisons du monde. On va juste se dire qu’elle a payé son karma d’avance.
En attendant… J’ai mal au pied…
Classé dans : Histoires de ma vie, Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: bêtise humaine, célibat, déceptions sentimentales, Feist, hommes, my moon my man, relations amoureuses
On ne devrait jamais planifier une première date, un soir de pleine lune, avec un gars qui a le même prénom que l’ex.
On ne devrait jamais se fier aux apparences. Même quand on juge qu’on n’a pas d’lair d’être ce genre de fille là pantoute, ça se pourrait qu’un gars décide, tout à fait out of the blue, de nous surnommer affectueusement “tweety” et cela, après seulement 5 minutes de conversation.
On ne devrait jamais devenir trop rapidement la maîtresse d’un gars qui revient d’un voyage en Asie, la tête encore pleine de fantasmes sur les jolies petites taiwanaises.
On ne devrait jamais faire une blague à un gars qui a choisi RogerGingras comme user name sur un site de rencontre. Même s’il est beau comme un cœur et s’il a moins de 30 ans, des fois, ça se pourrait que ça soit son vrai nom.
On devrait toujours montrer un flash mob à un gars avant de le dater, s’il est pas ému le moindrement, ça vaut pas la peine, son cœur est déjà mort.
On ne devrait jamais avoir à expliquer à un gars pourquoi il ne peut pas espérer nous ramener chez lui s’il refuse de nous dire son nom de famille.
On devrait toujours se méfier d’un gars qui a plus de 300 amis facebook, surtout s’il est maintenant ami avec 15 nouvelles filles dans les événements récents dont trois juste après nous, même s’il nous a ajouté il y a moins de deux minutes et qu’il continue à nous jaser msn intensivement pendant tout ce temps là. Great at multi-tasking isn’t always convenient.
On ne devrait jamais se gêner pour faire du ménage dans nos amis facebook.
On ne devrait jamais lâcher un soupir de soulagement quand RogerGingras finit par dire que ce n’est pas vrai nom. Ça se pourrait qu’il ajoute dans la phrase suivante qu’il vient tout juste de reprendre avec sa copine, qu’il ne croit pas aux rencontres sur le net, mais qu’il aimerait bien continuer à jaser avec nous…
On devrait toujours vérifier si c’est pas écrit fucking back-up plan, click here for great savings! quelque part sur notre photo. Avec une loupe.
On ne devrait jamais répondre à la porte un dimanche matin en tenue indécente. Ça pourrait être un voisin qui veut emprunter du sucre. Ça pourrait aussi être un témoin de Jéhovah. Mais ça pourrait surtout être un amant qui a quitté un peu tôt (ou un peu tard, c’est selon) la veille et qui vient avouer candidement sa confusion d’apprendre que la jolie taiwanaise qu’il a rencontré deux jours avant la fin de son périple (et avec qui il ne s’est rien passé là-bas, mais qu’il gardait dans son msn même s’il pensait très honnêtement ne jamais la revoir de sa vie) a acheté un billet d’avion et débarque dans son minuscule 3 ½ avec juste un lit la semaine prochaine.
On ne devrait jamais s’étonner du fait que je ne suis pas une morning kind of gal…
On ne devrait jamais considérer le online dating comme autre chose qu’un crash course sur la bêtise nature humaine.
Classé dans : Histoires de ma vie | Mots-clefs: Bright eyes, célibat, hommes, Landlocked blues, rencontres, séduction
Je m’en vais à la Grande Bibliothèque, je te ramène quel livre?
Ma réponse lui a plu. Il a proposé un premier rendez-vous devant la porte principale, coin Maisonneuve et Berri, 22h30.
Je suis arrivée presque à l’heure. Je dois bien être la dernière fille qui sait faire ça, arriver presque à l’heure à ses rendez-vous. Remarquez, ce n’est pas un talent qui sert à grand chose. Je m’avance donc vers le banc en jetant un coup d’œil aux deux occupants. Il y en a un qui pourrait fitter la description, mais j’ai un doute. Il avait dit une chemise, mais le gars porte une veste. Il fait quand même un peu froid, il a peut-être changé d’idée. Les couleurs concordent. Je passe près de lui, nos regards se croisent, il me sourit, mais ne retire pas ses écouteurs. C’est pas lui, je passe mon chemin. Je m’assois à quelques places de distance. 22h38 On échange un regard, un sourire, de temps en temps. 22h40 Il est vraiment mignon, mais je sais que c’est pas ma date. Oups, un autre sourire. Il a retiré ses écouteurs. 22h42 Prochain sourire, je fonce. C’est tellement pas mon genre de faire ça, qu’est-ce qui me prend?
22h42 et ⅞ sec. C’est à croire qu’il m’a entendu, j’ai eu droit au sourire qui tue. Ok, je prends mon courage à deux mains et je décide de faire l’innocente (ça me va plutôt bien). Je lui ai demandé de ma petite voix timide, si c’était avec lui que j’avais rendez-vous. Alors comme ça t’as un rendez-vous ce soir? J’en suis vraiment malheureux, mais c’est pas avec moi… Puis, sans même que je puisse avoir le temps de me défiler ou de penser à mes joues probablement trop rouges, il a enchaîné les questions une après l’autre et on a discuté quelques minutes, jusqu’à ce qu’une fille se pointe. Petit moment de malaise alors que la fille, visiblement peu fière que je sois là, me regarde de travers pendant qu’il insiste pour avoir ma réponse à sa dernière question. C’est moi ou il aurait aimé qu’elle soit plus en retard que ça?
*****
22h54 Ok, encore une minute et je me tire. Y’a toujours bien des limites. J’allais me lever quand j’entends une voix qui m’interpelle :
— Excuse-moi! Est-ce que tu es espagnole?
— Non, pas du tout.
— Ah! Tu me rappelles les belles femmes de mon pays
— [Sourire poli, mauvais feeling]
— Mais t’es pas québécoise hein?
— Oui, absolument
— Non, j’aurais jamais cru ça. Mais qu’est-ce que tu fais toute seule, tu attends quelqu’un?
— Oui, c’est ça…
— Moi, je ferais jamais attendre une femme comme toi…
— [yeah, right!] …
— J’ai un grand condo sur Sherbrooke, y’a un party en ce moment, tout ce qui faut pour faire la fête pendant des jours et des nuits, des filles à poil qui m’attendent et moi, plutôt que d’aller là bas les rejoindre, quand je t’ai vu j’étais de l’autre côté de la rue et je me suis dit, faut absolument que j’aille parler à cette femme là, moi tu vois, je te ferais jamais attendre comme ça, avec moi, tu serais une princesse, une reine. Je laisse tout tomber pour toi, la fête, les filles à poil, tout! Tu viens je t’offres un verre? Je t’offres tout ce que tu veux, des rubis, des diamants… Tu viens?
— [OMFG!!!!, je dois vraiment avoir l’air d’une innocente et je suis plus aussi sûre que ça me va si bien que ça…] euh… non merci.
— Non???
— Non.
Il s’est mis à marcher de long en large devant moi en gesticulant… freaky.
— Tu vois, moi je suis comme ça, je sens les choses, alors je les dis, ton refus, ton dédain, il me touche pas, j’ai mon égo tu sais, ça me fait rien, j’ai dit ce que j’avais à te dire, ce que j’ai ressenti quand je t’ai vu…
— [Alors si ça te fait rien, j’aimerais vraiment que t’enlèves les kalachnikov de tes yeux, je serais beaucoup plus à l’aise pour respirer] …
*****
Et c’est là que j’ai vu l’homme de mon rendez-vous. Je n’ai jamais eu autant envie de me jeter au cou d’un homme de 6’2″ qui venait de me faire attendre plus de 30 minutes (retenez l’astuce, ça peut toujours servir).
Le bonheur a été de courte durée. Imaginez la prétention faite homme, donnez lui une bonne dose de condescendance et coiffez le tout de la citoyenneté française. En désespoir de cause, j’ai repris mon air vaguement innocent, question de ne pas trop le déranger pendant qu’il s’écoutait parler. J’ai bu mon vin tranquillement, alors qu’il monologuait sur sa vie de français au Québec. Puis, on a parlé un peu de musique. Parce qu’il était musicien. N’y tenant plus, je lui ai quand même demandé s’il jouait du jazz. Il m’a demandé comment j’avais fait pour deviner.
Quand je me suis installée dans mon appartement actuel, je ne voulais rien qui puisse me rappeler la vie, les lieux d’avant. Un peu comme lorsqu’on choisit un nouvel amant antithèse de celui qui précède, avec le désir (inavoué) de mieux pouvoir anéantir son souvenir.
Depuis des mois je regarde cet appartement qui devrait être mon reflet et je ne m’y retrouve pas. J’avais tellement envie d’un lieu différent de ceux qui ont précédés que j’en ai fait un lieu qui n’est plus moi, qui ne me ressemble pas… ou si peu. Les couleurs vives que j’avais l’habitude d’étaler partout sont devenues sobres. Je peux encore vivre avec le jaune un peu éteint de la cuisine, pour le peu de temps que je passe là. J’ai réveillé le vert un peu terne du salon lorsque j’ai changé les housses de divan crème pour un rouge éclatant, là, ça va. Mais quand je regarde la grande pièce double qui me sert de chambre et de bureau (donc là où je passe le plus clair de mon temps), la seule chose que je peux me dire c’est qu’elle me fait penser à certains réveils, lorsqu’on tourne la tête vers l’autre oreiller. Merde, veux-tu bien me dire à quoi j’ai pensé?
Des murs neutres. Désert de je-ne-sais-plus-quoi. Oui, désert. Fallait quand même avoir de la suite dans les idées. J’ai mis une couverture fleurie par-dessus le malaise. Et trop de coussins pour meubler le vide. Et une fois que le mal est fait? Les compromis. Repeindre les meubles plutôt que les murs. Utiliser la fonction réversible de la couverture. Ranger les coussins dans l’armoire. Voir si tout ça peut fonctionner pour un temps. J’ai trop la flemme pour repeindre ma chambre… à la place, je suis allée repeindre celle de ma filleule.
— Aparté —
Investir les efforts ailleurs. Là où il n’est pas trop tard. Là où ça vaut vraiment la peine. S’étourdir, sortir de soi ou encore reprendre ses sens, revenir à soi? Je ne sais plus. Peut-être, seulement, ne plus y penser. Chercher, mais ne pas savoir comment faire pour revenir au temps où le miroir rendait une image fidèle de soi. Échouer. C’est toujours l’infime partie que l’on refuse de montrer (de reconnaître?) qui est vue en premier. Le reste, on aura beau le crier, il n’y a que des murs pour entendre. Si tout pouvait être aussi simple que des murs à repeindre. Il n’y a pas de soustraction possible. La vie, ça tache. Une fois qu’on a échappé du rouge dans le bleu, ça donne du mauve. Ecchymoses. Deal with it.
Classé dans : Histoires de ma vie, Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: célibat
Ou les joies du online.
strike 1
Il est amateur de sport extrême.
Je confie que le seul sport extrême que je pratique, c’est la marche.
Il hésite, il affirme qu’il n’est pas si sportif que ça.
Je regarde ses 10 photos de profil facebook : 1 en alpiniste, 3 en marathonien, 2 en ski, 2 en plongée, 1 en parachute et 1 au volley-ball de plage.
Son idée d’une first date (ou le naturel qui revient au galop) : m’emmener faire du vélo sur le mont Royal.
Ah, j’ai pas de vélo? Pas grave on peut toujours aller faire du roller?
Non???
a) Il sait pas lire
b) Il s’est trompé de fille
c) Il s’est jamais fait dire non
d) Toutes ces réponses
strike 2
Il est plutôt intello.
Il parle beaucoup.
Ça facilite la conversation.
À moins que… ça ressemble pas plutôt à un monologue?
Il adooooore le jazz.
J’avoue candidement que c’est bien le seul type de musique que je ne supporte absolument pas.
Son idée d’une first date : m’emmener prendre un verre… dans une boîte de jazz!!!
Ok, est-ce qu’il écoute quand je parle?
a) Si lui aime ça, tout le monde intelligent doit aimer ça
b) Il sait ce qui est bon pour moi
c) Il n’écoute pas, il attend pour parler
d) Quand il jouit, il crie son propre nom
strike 3 *fausse balle?*
On a trop de points en commun.
On dirait vraiment du sur mesure (jackpot!)
***Il me répète souvent qu’il est un homme très galant et que c’est une qualité importante à ses yeux***
Un soir, sans que je l’aie demandé (pffff, j’oserais jamais!), il me donne son numéro de cell.
Fair trade, je lui donne le mien.
Il offre de m’appeler dès le lendemain pour qu’on aille prendre un verre.
Je suis d’accord.
Quelques heures plus tard, il me recontacte pour répéter qu’il a très hâte de me rencontrer et qu’il va appeler le lendemain. (ok he’s drunk now!)
Et le lendemain…
… (tadam!) il n’appelle pas!
a) Il est hang over sur la corde à linge
b) Son ex l’a rappelé
c) Sa mère est morte
d) Il pense que si je suis intéressée, je vais appeler. (Parce que c’est sûr qu’appeler un gars en lui disant “heille, tu devais pas m’appeler???“, ça part tellement bien…)
Sabotage? Niaisage?
Ou manières complètement machiavélique de tester mon intérêt?
I’m clueless (and offline!)
M : Tsé là, le gars que tu trouves cute…
V : Ben, lequel?
M : Le jeune…
V : Ça, ça m’aide pas ben ben, lequel???
V : Aaaaah!
M : Ben finalement, t’avais raison, c’est vrai qu’il est pas mal cute!
V : Je sais!!!!!!
M : Je l’ai croisé une couple de fois dernièrement, j’ai jasé avec, il faut que je te dise qu’il m’a vraiment impressionnée!
V : Je le savais!!!
M : Non mais d’habitude, moi, je les trouve niaiseux à cet âge là! Lui il est vraiment pas comme les autres.
V : Avoue que j’ai l’œil pour les repérer…
M : Oui oui, d’accord, mais sans farces, il est vraiment bien. Il est pas juste beau, il a de la conversation, il est cultivé, intelligent, intéressant…
V : Ok, maintenant est-ce que c’est mon tour de te rappeler qu’il va avoir 19 ans à la fin du mois???
M : Pffffff, ben non!!!
V : M’semble oui!
M : Non, en fait, je voulais juste te dire qu’il vient de déménager tout près de chez toi…
Classé dans : Choses vues (photos), Histoires de ma vie, Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: magie, moulin à image, Québec, rêve, Robert Lepage, terrasse

Depuis quelques années, Québec était devenu pour moi un mauvais souvenir sensible. C’était plutôt dommage, parce que j’ai toujours trouvé que c’était une ville magnifique. Hier c’était donc le moment de retisser des nouveaux liens avec les lieux visités tant de fois, dans d’autres contextes. J’ai enfin pu tout revoir, avec des yeux nouveaux, sans l’ombre d’un nuage qui plane. Et on dira ce qu’on voudra, mais l’air est tellement meilleur là-bas. Le vent de la mer, peut-être.
J’ai enfin vu, un an après tout le monde, le grandiose Moulin à images de Robert Lepage. 45 minutes de magie visuelle et sonore. Des milliers de gens envoûtés qui contemplent l’œuvre dans un silence quasi religieux. 45 minutes qui sont passées à la vitesse de l’éclair. 45 minutes qui justifiaient à elles seules les 500 kilomètres parcourus.
Pourtant, en quittant la ville, je me suis soudainement souvenue pourquoi je n’y habiterai jamais. Y a-t-il un couvre-feu dans cette ville de fonctionnaires? Pas moyen de trouver une terrasse encore ouverte passé 22h30, par une nuit magique comme seules peuvent l’être celles du mois d’août. Des milliers de gens, la tête encore engourdie du rêve, quittent le vieux port tel des somnambules qui regagnent doucement leurs lits, pendant que la ville dort déjà d’un sommeil juste et profond.
Ajout : Et j’ai perdu la trace de la fameuse librairie Argus livre anciens, le local de la rue St-Paul abrite maintenant un bureau…
Il te reste encore assez d’orgueil pour décider que tu peux pas sortir dehors sans prendre une douche et te laver les cheveux même s’il est 16H06 et que la SAQ ferme à 17h et que tu risques donc ainsi de passer ton samedi soir sans vin à boire.
Cela dit, quand tu pars de chez toi à 16h51 et que le point de vente le plus près est à 6 minutes de marche mais que tu es retardée par toutes les lumières rouges, que ton rythme cardiaque et ta pression s’accélèrent pour finalement se calmer avec un sentiment de béatitude infini au moment où on te laisse franchir la porte… Tu commences à avoir un (très) léger doute.
Classé dans : Histoires de ma vie | Mots-clefs: désastre culinaire, La Sauvagine, restaurant
Je sais pas pourquoi, vraiment pas, mais on a eu le goût de jouer aux touristes aujourd’hui. Peut-être pour faire différent. Changer de la routine habituelle du Plan B, du Continental de l’Express ou de chez Roger. C’était la journée idéale pour flâner dans le Vieux Port comme des touristes. Pas vraiment de soleil, mais pas une chaleur écrasante non plus. Après un moment sur une terrasse de la Place Jacques Cartier, on s’est offert le gros luxe, le Verses Sky. Sérieusement l’une des plus belles terrasse du Vieux-Montréal. Un happy hour fort agréable. En prime, se faire cruiser par deux quadragénaires de BC aux portefeuilles garnis. Merci, mais non merci (je suis pas une fille comme ça), thanks for asking.
On avait l’idée d’un autre resto pour le souper, mais une fois arrivées sur place, l’attente était trop longue pour la jolie cour intérieure. On a pensé aller chez Queux ou au Keg, mais ça nous disait pas vraiment de se retrouver à l’intérieur en tête-à-tête avec une petite chandelle au centre de la table et puis c’était un peu dommage de pas en profiter pour manger dehors. C’est là qu’on a vu la terrasse possiblement la mieux située. La Sauvagine. Un resto ouvert depuis presque 30 ans on peut pas se tromper right? (Bon, avoir vu leur site internet avant, je me serais méfiée!)
C’était absolument dégueulasse. Première bouchée ça surprend un peu, mais t’es comme pas sûre. Deuxième bouchée, voyons, je rêve pas. Troisième toute petite bouchée juste pour re-re-confirmer, la viande a comme un goût de vieux poisson. C’était pas du poisson. Fin du repas. Début du malaise et des nausées qui durent encore à l’heure qu’il est. J’ai, le plus sérieusement du monde, envisagé de quitter le restaurant au pas de course sans payer. J’en fantasme encore, entre deux haut-le-cœur.
Classé dans : Histoires de ma vie
J’étais au centre-ville et j’avais une heure à tuer avant un rendez-vous. C’était pluvieux et un peu frais alors je suis entrée dans un café et je me suis commandé le réconfort extrême, un chocolat chaud. Non, quand même, je n’ai pas trop exagéré, pas de crème fouettée, mais oui, encore un peu de mousse de lait chaud sur le dessus.
L’endroit était un peu désert dans ce temps flou entre la fin des heures de bureau et l’arrivée de la nuit aux mille et une paillettes clinquantes. J’ai pris une table près de la fenêtre et j’ai sorti mon petit carnet noir, celui qui contient les histoires bien réelles ou fantasmatiques que vous ne lirez pas ici. Elles ne supporteraient pas le passage de la sensualité à la fois hésitante et affirmée de l’écriture griffonnée (griffée?) à ce clavier impersonnel. Je refuse de les voir passer du papier finement texturé à la froideur des écrans. Ces histoires doivent être lues à même ce cahier. Elles nécessitent le contact de l’œil avec celui du geste d’écrire à la main, ou mieux, elles doivent être lues, puis récitées avec douceur de la bouche à l’oreille, de la langue au reste, dans une chaleur moite au contact des draps froissés et des parfums imprégnés.
Je laissais couler les phrases dans mon cahier depuis un certain temps déjà lorsqu’un homme est venu s’asseoir à la table d’en face. J’ai tenté de rester concentrée, toute pénétrée par ma tâche, mais je me sentais observée. Il a, lui aussi, sorti un carnet noir de son sac. À chaque fois que je relevais les yeux, dans un effort pour trouver le mot, la sensation parfaite, je rencontrais les siens. Il ne s’en excusait pas. Il ne détournait jamais son regard plus de quelques secondes, le temps de noter quelques mots que j’imaginais liés à la teinte particulière du tissus de ma robe, à l’éclat de mes yeux, au mouvement de mes cheveux légèrement ondulés par l’humidité ambiante, à la brillance de mes lèvres pleines ou au positionnement particulier d’un grain de beauté. Je lui ai souri. Il a répondu. Je me suis repenché sur mon texte, me redressant de temps à autre pour reprendre la pose. Il est entré peu à peu dans mon histoire, au rythme de ses lents regards indiscrets, pendant qu’il faisait mon portrait, d’un trait sûr, dessinant aussi parfaitement et réalistement ce qu’il ne pouvait, en fait, qu’imaginer.
Classé dans : Histoires de ma vie, Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: épiderme, galanterie, Hole, imiter, langage corporel, livre, maladresse, malaise, mensonge, Montréal, regard, sabotage, silence, soupir, talons hauts, Violet
En partant du café, je marchais d’un bon pas pour regagner mon bureau. Puis je l’ai vu, à quelques pas devant moi. Ce n’était que de dos, mais déjà, je savais qu’il me plaisait. Son pas n’était pas particulièrement pressé, mais ses longues enjambées ne me permettaient pas de le rejoindre. Il balançait un peu la tête, comme pour suivre le rythme musical d’un air qu’il était le seul à entendre. Je fixais ses fesses sa nuque, dans l’espoir qu’il se retourne, mais c’était peine perdue. Je ne suis pas certaine s’il a ralenti son pas en entendant mes talons hauts claquer sur le terrazzo. Mais sur le coup, j’étais trop convaincue qu’il ne m’avait simplement pas remarqué.
Au moment de passer d’un édifice à un autre (vive le Montréal souterrain), je me dirige naturellement vers la porte de droite alors qu’il garde sa trajectoire vers celle du centre. Je passe par ces portes de 4 à 6 fois par jour. Je ne prends JAMAIS celles du centre. On pourrait croire que c’est de la superstition, mais en fait, c’est seulement qu’elles sont presque toujours brisées, elles s’ouvrent mal et sont beaucoup plus lourdes que celles de gauche ou de droite. Tant qu’à me faire claquer la porte au nez, parce qu’en ces lieux achalandés, la galanterie est chose plutôt rare sinon inexistante, autant choisir la plus légère. J’avais donc déjà bifurqué vers la droite, lorsqu’à ma surprise, il a ouvert la porte dans un geste très cérémonial, la maintenant grande ouverte et se plaçant de côté afin que je passe devant lui. Tournant (enfin!) la tête pour mesurer son effet, le regard fier et le sourire en coin, il s’est aperçu que j’avais (hélas!) changé de trajectoire. Quel malaise… J’ai figé d’étonnement devant le geste, il s’est un peu vexé, j’ai voulu me rattraper, j’ai bredouillé quelque chose d’incompréhensible et puis rouges de honte, nos chemins se sont séparés.
Environ un an plus tard, hasard ou destin, nous avons fait connaissance.
La maladresse semble toujours inscrite dans nos gènes. Les blessures antérieures portées en effigie. Ne jamais se compromettre. Confirmer les autorisations. Attendre que mon regard se pose avec insistance sur sa bouche pour oser m’embrasser. Les mêmes recettes apprises par cœur pour un succès bref, mais facile. Les mises en gardes, les sabotages multiples. Surtout, toujours rester en surface. Se concentrer sur l’épiderme. Il y avait pourtant quelque chose de touchant dans sa manière d’être. Sa fausse assurance. Mes silences, toujours aussi mal interprétés. Nos soupirs. Synchronicité ratée. À mon tour, j’ai tenu la porte ouverte. Il est resté sur le seuil. Il a appliqué la formule (sésame, ouvre tes jambes), ignorant que je savais déjà la réponse, que je reconnaissais le manège. Mais au fond, pourquoi faire simple (et vrai) quand le mensonge fonctionne? Go on, take everything, I want (I dare) you to.
*****
Dans tous les livres sur le langage corporel, il est dit que pour plaire instantanément, il suffit de se faire miroir. Imiter la gestuelle et les expressions de l’autre. C’est un passage qui me plait particulièrement, surtout lorsque les auteurs insistent (et ils le font tous) en disant de ne pas craindre le ridicule de la chose, puisque l’autre ne s’en apercevra pas. L’autre, que vous croyez définitivement plus simplet que vous si vous recourrez à ce genre de truc, croira plutôt à une forme de symbiose (!). Désolée, c’est complètement faux.
Classé dans : Histoires de ma vie, Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: artifice, clap your hands say yeah, distorsion, fantasme, gimme some salt, hommes, loup, perception, tatouage
Un loup est un loup, qu’est-ce qu’il y a d’autres à espérer? À part peut-être en apprendre plus sur soi. Parce qu’on ne fait jamais que ça, du premier souffle jusqu’au dernier. Le reste n’est qu’artifice, poudre aux yeux.
Alors j’apprends la distorsion. La distance entre ce que je pense et ce que je dis et qui n’a peut-être même rien à voir avec la différence entre moi et l’image qui flotte dans ses yeux lorsque qu’il me regarde. Lui ou un autre, mille traductions, interprétations, tout fantasmes confondus (oui, souvent les mêmes).
J’ai auditionné, j’ai appris mon rôle, mes partitions par cœur. J’improvise parfois un peu. Je brode sur le même thème. Mais depuis un certain temps j’ai perdu tous mes repères. On ne me propose plus que des rôles que je n’aurais jamais cru écrits pour moi. Je ne sais pas vraiment les jouer, mais on insiste. Et je ne sais pas à quel point je suis responsable de ça. Peut-être qu’on me voit d’une façon dont je ne me suis jamais vue… Enfin, il faut que j’avoue que je ne couvre pas tous les angles. Je suis la seule qui n’aura jamais une aussi belle vue sur mon tatouage. Je ne sais plus qui a raison, je n’ai plus d’instinct.
J’aurais pu être l’entrée, le plat principal ou le dessert. Mais aujourd’hui, dans leurs yeux, je suis le sel. Sel qui rehausse le goût du reste. Sel qui rend addict et qui fait cruellement sentir son absence. Mais aussi, celle qui ne suffit jamais par elle-même.
Il y a quelques années j’ai passé un long week-end dans la ville de Québec. Plus particulièrement dans le vieux Québec (Hôtel Dominion, mémorable). Au hasard de mes promenades, j’avais découvert une bouquinerie dont j’ai malheureusement oublié le nom Argus Livres Anciens (rue St-Paul) remplie de trésors. J’ai acheté deux estampes provenant de journaux datant des années 1870 (un fait divers meurtrier et une vue du carré Viger) ainsi qu’une série de cartes postales, surtout des portraits de femmes et/ou de travestis (oui oui!) datées de 1908 à 1923.
L’une d’entre elles, différente, montre un portrait de famille aisée. Une mère, dans la jeune trentaine, en jolie robe blanche style belle époque est assise dans un grand fauteuil en osier. Son visage n’a que très peu d’expression. Lassitude peut-être. Elle est entourée de deux fils, environ 3 et 6 ans qui posent chacun une main sur le bras du fauteuil d’une façon très peu naturelle. L’air impatients de retirer les habits du dimanche pour aller jouer. À ses pieds une fillette de peut-être 8-10 ans est couchée dans l’herbe. Moue superbe. Ses mains caressent la fourrure d’une peau de loup gris dont la gueule repose tout près de ses jambes, juste au bas de la jupe. Ce détail qui me fascine se retrouve donc pour un temps dans l’en-tête du site.
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Depuis quelques mois, la mort rôde autour de moi. Il n’y a pas si longtemps, je n’avais encore perdu personne de mes proches. Sauf les grands-parents. Mais rien qui ne va à l’encontre de la logique condition humaine. Rien sans que je n’y soit longuement préparée. Et puis l’imprévisible, qui frappe. Mais jamais, jamais à l’endroit où on l’attend.
Qu’est-ce qu’on dit à quelqu’un qui va mourir? C’est la chose la plus difficile. Être là, présente, aimante mais aussi complètement impuissante. Dans l’impossibilité d’être rassurante. Accepter l’absence de pouvoir des mots, parce que c’est comme ça. Ça n’existe que dans les livres, le pouvoir magique des mots. Écouter la détresse sans rien trouver d’intelligent à dire. Parce que c’est aujourd’hui sa fête et qu’on aurait dû être à l’une des meilleures tables de la ville, entre amies, pour la célébrer. Mais elle est seule dans son refuge au sommet de la montagne, parce qu’on vient plutôt de lui apprendre que les cellules cancéreuses sont toujours là, indélogeables, inépuisables. Et tant qu’elles y seront, elles vont proliférer, parce que c’est la seule chose qu’elles savent faire. Elles sont programmées pour ça. Savoir les jours maintenant comptés. Oublier ma propre peine pour écouter la sienne. Entendre, au bout du fil, sa voix, ses pleurs, la rage de vivre, la rage de l’injustice qui fait écho à l’orage violent qui tombe dehors. L’entendre dire toutes ces choses qu’elle ne pense pas vraiment. Ou pas si fort. Son envie de s’isoler du monde. De s’enfermer pour le temps qui reste. Ou bien d’en finir tout de suite. L’entendre proclamer l’accident de voiture comme mort idéale. L’entendre vouloir, de toutes ses forces, reprendre le contrôle de sa destinée. Peu importe les moyens, mais ce désir du dernier mot. Jouer au plus fort. Vaincre. Profaner. Ravaler. Rester. Écouter la tempête qui passe, jusqu’à l’apaisement.
Et apprendre quelques dizaines d’heures plus tard, qu’à l’instant même où j’écoutais sa rage et ses pleurs en étouffant les miens, au plus fort de l’orage qui tombait dehors, une autre femme, pleine de vie et de nouveaux projets, à l’aube encore d’une nouvelle vie qui s’ouvrait devant elle, une autre amie, une de celles qui aurait dû fêter avec nous, à cette meilleure table, buvant le meilleur vin, est morte à la vitesse d’un éclair. Accident de la route.
Et la peur idiote, mais viscérale maintenant, du pouvoir des mots.
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Le facteur poursuivant sa tâche maléfique (entreprise ici et ici) à un rythme régulier, j’ai encore reçu du courrier destiné à un voisin. 3 rues à l’ouest. Un Simon cette fois-ci. J’ai toujours aimé ce prénom là.
Mais je pense que découragé devant mon inaction, il a appelé du renfort. Le gars de Fedex s’est mis lui aussi de la partie. J’ai eu un peu peur, j’avoue, parce qu’on s’entend qu’on ne reçoit quand même pas de déclaration d’amour anonyme via Fedex. J’avais pas commandé de trucs par la poste alors restait la probabilité d’un avis d’expulsion du proprio voulant récupérer son mon merveilleux appartement. Une injustice sans fin si on considère que son logement est merveilleux seulement depuis que je l’ai arrangé (ok, avec l’aide et les talents manuels de papa, mais quand même, il faut parfois donner autant de crédit sinon plus au concepteur qu’à l’exécutant… Oui, je suis calée question art conceptuel). Finalement, après vérification téléphonique, le colis Fedex était plutôt destiné à un Carter, deux cent adresses plus au sud. Carter. Ça peut être cool aussi, un anglo. Surtout quand ça french kiss et quand ça veut bien fêter la St-Jean.
Mais sans doute, tout ça, ce n’était pas suffisant. Ma boîte courriel s’est aussi enflammée. Ça disait :
Madame, Nos échanges actuels ne sauraient perdurer dans la qualité qui les caractérisent sans une extension du domaine de la lutte. Il me revient les échanges de Musset et Sand, voire plus récemment de Françoise Rey et un inconnu dont je me suis empressé d’oublier le nom. Vous sachant joueuse et romantique, je vous propose une rencontre pour fixer les règles ce de tournoi courtois qui me tente, littéraire, musical ou festif, à voir.
Oui, ça me vouvoie. Je ne sais pas pourquoi, mais je provoque souvent cet effet là. Finalement, la suite de la missive gâchait vraiment la sauce. L’intérêt n’y est pas. Ni là, ni ailleurs. Je sais bien que l’été, c’est fait pour jouer, mais pow-pow, mon cœur est mort. Je ne joue plus.
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Qu’est-ce qui serait arrivé si… C’est exactement le genre de phrase qui m’obsède. C’est futile. Mais qu’est-ce qui ne l’est pas. Alors je me complais parfois dans ce genre de réflexion. Rêvasserie, plutôt. Toutes histoires confondues, qu’est-ce qui serait arrivé si…
S’il n’y avait pas eu de malentendu sur l’endroit du rendez-vous. Si j’avais été droit vers lui, plutôt que de le laisser lentement venir à moi. Si j’avais été moins intimidée. S’il avait été timide pour vrai. Si j’avais osé dire ce que j’avais vraiment en tête plutôt que ces lieux communs. S’il avait su comprendre qui j’étais. Si je n’avais pas cru qu’il était tout ce que je voulais. Si je n’avais pas menti. S’il avait été franc. Si je l’avais fait rire. S’il avait eu envie d’être sérieux. S’il avait été moins nerveux. Si j’avais osé prendre sa main. S’il avait pas attendu huit mois. Si j’avais été moins intense. Si j’avais fermé les yeux. S’il avait été moins inconséquent. Si j’avais été plus à l’aise. Si j’avais pas eu mes putains de règles. Si j’avais accepté d’aller chez lui. Si je l’avais pris au sérieux. Si j’avais eu moins d’orgueil. S’il avait eu plus d’humour. Si j’avais joué hard to get. Si j’avais été facile. Si j’avais oublié son âge (ou le mien). Si j’avais été plus jolie. Si je ne l’avais pas trouvé si beau. Si j’avais été plus sûre de moi. S’il avait été moins sûr de lui. Si je n’avais pas eu si peur. S’il n’avait pas eu le cœur brisé. Si j’avais cru que ça pouvait être possible. S’il avait été patient. Si on avait pris le temps. Si j’avais pas été mariée. S’il avait pas eu de blonde. S’il avait osé m’embrasser. S’il en avait eu envie. Si j’avais dit oui. Si j’avais dit non. Si j’avais appelé. S’il avait appelé. Si j’avais bu. S’il avait pas bu. Si j’avais pu dormir. S’il avait pu bander…
Et si j’arrêtais de vouloir comprendre? Parce que tout ça, ce n’est que de la foutaise. Parce que je sais bien que malgré tout, tout serait exactement pareil. Oui, rien ne serait changé. Même si… oui, même si je l’avais sucé sous la douche.
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Mon facteur qui recommence son petit manège. Il m’a d’abord apporté le courrier d’un certain Ronald qui habite 2 rues à l’est, puis d’un Olivier à nom de famille composé, du triplex d’à côté. Là, hier, c’était le passage à l’ouest (3 rues) avec un Jonathan. Je commence à me demander où s’en va mon courrier.
La poisse aussi est de retour. Oui, j’avoue, j’ai tenté de prendre le métro hier soir. Ça m’arrive de rentrer sous la pluie, le soir, mais hier j’étais chargée de sacs. Je me suis dit que c’était une belle journée pour profiter de l’efficacité du transport en commun… Finalement, j’ai dû marcher du centre-ville à chez-moi, sous la pluie et le vent, encombrée de mes sacs, après avoir (encore) payé un titre de transport pour rien.
En chemin, je suis entrée dans une bouquinerie. C’était certain. Suffit d’entrer avec l’idée de juste regarder (le temps de me reposer du vent et de la pluie), pour être certaine de tomber sur 3 livres que je veux depuis longtemps sans réussir à les trouver. Alors j’en ai acheté quatre. Tant qu’à devoir marcher chargée comme un mulet, autant que ce soit pour quelque chose qui en vaut la peine.
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Des événements anodins (ou pas) qui se produisent à intervalle réguliers. Un loup qui rôde à distance, pour tester le mécanisme. Les barrières levées, la vitre de protection qui résiste à la pression, les roues à engrenages qui semblent d’une précision sans faille. Inutile. Effort risible. Il sait trouver la brèche, le fermoir à ressort, la serrure moulée sur sa griffe. Le système qui déraille. La voix qui chante, I’ll be your whatever-you-want. Le plus sûr moyen de le voir disparaître à nouveau pour un temps. Échappée belle.