Classé dans : Mauvaises pensées choisies, Textes favoris | Mots-clefs: bloody mother fucking asshole, déception sentimentale, désir, Martha Wainright, sexe
Je n’ai pas de rêve à t’offrir
Je n’ai pas d’histoires à te raconter
Je ne franchirai aucune distance pour toi
Je t’oublierai à chaque fois que tu ne seras plus devant mes yeux
Je serai sans lendemains
Mais
Tu sauras quand même prendre tout ce que je n’ai pas à donner
Classé dans : Mauvaises pensées choisies, Textes favoris | Mots-clefs: air, amitié, âme, éléments, corps, eau, feu, relations amoureuses, terre
Il en va de certaines amitiés comme de l’eau. Je plonge et je trouve le chemin du cœur sans vraiment l’avoir cherché. À bout de souffle, je remonte à la surface brillante et réfléchissante des choses. Puis je replonge et je reviens encore avec une étonnante, surprenante facilité. Jusqu’au jour où je réalise que j’ai quelque part, perdu le chemin. Il n’y a pas de cartographie de l’eau.
Après l’eau, vient l’air et ceux qui comme une bouffée d’oxygène pur, étourdissent les sens. J’ai vogué un peu sur les tapis volants, légers, au gré du vent. Je jongle et infailliblement, tout finit par me glisser d’entre les doigts. Chute des corps. Dissolution de l’âme.
Avec l’air, se gonfle le feu. Chaleur qui embrase le temps d’un instant, mais qui détruit tout sur son passage. Je ne sais pas dompter le feu qui me domine et m’abandonne avec un goût de cendre amer dans la bouche.
J’apprends donc à aimer les chemins de terre franche qui se cultivent avec lenteur. Ceux qui ne cèderont pas sous les pas, ceux qui appartiennent au tangible, ceux qui alternent les saisons et se renouvellent sans cesse, malgré la pluie, le vent et la sécheresse. Ceux qui ne craindront pas le passage du temps. Ceux qui supportent et nourissent mes regards affamés, émerveillés.
Classé dans : Mauvaises pensées choisies, Textes favoris | Mots-clefs: absolu, acceptation, étoile, chute libre, dérive, euphorie, lâcher prise, liberté, Modest Mouse, panique, phares, The world at large
On a tous des dates qui nous semblent marquantes. Des grands événements significatifs, des croisées de chemins. Parfois on les aperçoit loin devant, comme des phares à atteindre. D’autre fois, on les voit uniquement dans le rétroviseur.
Et puis il y a des moments où tout est plus subtil, comme maintenant. Pas de phare devant. Pas de port derrière. Plus de route sous mes pieds. La sensation d’avoir donné le dernier coup de volant, le dernier coup de frein, en vain. La dérive. Je pense que pour la toute première fois, je viens de comprendre le vrai sens de « lâcher prise ».
Chute libre. Entre l’insoutenable sentiment de panique, à l’instant où le sol se dérobe sous nos pieds et le bruit sourd qui marque la fin, l’irréversible, il y a ce moment qui passe à la vitesse d’une étoile filante. Une euphorie grisante à travers le détachement de tout. Une liberté sans compromis. Un temps d’absolu. Et d’acceptation.
Classé dans : Mauvaises pensées choisies, Textes favoris | Mots-clefs: a stone, déceptions sentimentales, okkervil river, relations amoureuses, séduction
Ça fait plus d’un an maintenant. Dire que tu me manques, ça serait mentir. Ça faisait même longtemps que je n’avais pas pensé à toi. Tu n’es plus au centre de moi. Tu n’es plus. Mais depuis toi, il n’y a plus rien. Ou si peu. Depuis trop longtemps, je change trois fois de robes pour rencontrer des hommes que je n’ai pas vraiment envie de séduire. Depuis toi, trop de fois, j’ai fait l’amour au mépris.
Je t’ai donné mon feu, parti en fumée. J’avais gardé deux pierres que je frottais l’une contre l’autre, créant l’étincelle fragile dont je ne savais plus rien tirer. Ces pierres, trop lourdes à porter, je les ai lancées au fond de toi comme dans un lac aux eaux froides que la légende dit sans fond. Advienne que pourra.
Dire que tu me manques, ça serait mentir. Mais les papillons et les bonds du cœur me manquent. T’aimer faisait de moi une meilleure personne.
Classé dans : Histoires de ma vie, Mauvaises pensées choisies, Textes favoris | Mots-clefs: égo, culot, facebook, perception, snobisme
Il y a deux semaines, j’ai croisé un lointain cousin que je n’avais pas vu depuis l’âge de 13-14 ans. On a jasé à peu près une quinzaine de minutes. Deux jours plus tard il m’a ajouté sur facebook. Jusque là, tout va bien.
Et là, il répond à cette cochonnerie d’application-quiz qui circule. Paraît que parmi ses “amis”, c’est moi qui a le plus gros égo… Riiiight. J’assume! 15 minutes pour réussir ça, c’est quand même pas rien.
Mais moi, j’aimerais avoir juste la moitié de son culot…
*****
Et j’ai retrouvé ce texte sur le même thème, écrit il y a quelque temps, mais jamais publié.
Je suis celle qui agit parfois sans penser
Mais surtout, qui pense beaucoup sans agir
Celle qui pourrait dire oui quand on est convaincu qu’elle va dire non
Et qui pourrait dire non quand on se persuade trop vite qu’elle va dire oui
Bref, je suis celle qui est dure à suivre
Je suis celle qui refuse d’être tombée
Celle qui porte la victoire
Comme une marque au fer rouge
Je suis celle qui voudrait être amnésique
Qui aimerait, sans cesse, redessiner le passé
Je suis celle qui lutte entre l’instinct et la raison
Qui saute parfois trop vite aux conclusions
Qui ne sait pas doser
Celle qui utilise son cœur pour les problèmes de tête
Et trop la tête pour les questions de coeur
Je suis celle qui aura toujours l’air snob
Quoi que je dise, quoi que je fasse
Je suis celle pour qui on ne s’inquiète pas
Parce que je suis celle qui est saine, équilibrée, raisonnable
(Et je déteste ça)
Je suis celle qui sait reconnaître les menteurs
Sauf lorsqu’ils ont un visage d’ange
Je suis celle qui a peur de la froideur
Mais peut-être plus encore, de la tiédeur
Je suis celle qui ne sait pas faire semblant
Je suis celle qui désire à tue-tête
Mais qui aime en secret
Classé dans : Mauvaises pensées choisies, Textes favoris | Mots-clefs: désir, hommes, odeur, peau, séduction, sexe
Je me souviens de tes yeux, de ta bouche, du son de ta voix si séduisante. Je me souviens encore des détails cette nuit sans sommeil. Bientôt, sans doute, j’oublierai tout ça. Sans bonheur, sans regret, dans la plus simple indifférence des jours qui se suivent, et qui m’auront porté ailleurs. Ailleurs, j’y suis déjà.
Mais quand toutes ces images de toi auront complètement disparues et que j’aurai oublié jusqu’à ton nom, je me souviendrai encore du jour d’après la nuit. Je me souviendrai que l’eau, la mousse de lavande et la brise de Givenchy n’ont rien servi. Un simple frôlement ou un mouvement subtil suffisait à te ramener à moi, libérant de la surface de ma peau, l’odeur imprégnée et si délicieuse de la tienne. Te respirer suffisait à recréer ce sentiment d’apaisement du cœur et donnait un sourire léger aux lèvres.
Classé dans : Citations, Mauvaises pensées choisies, Textes favoris | Mots-clefs: chimie, désir, hommes, Louise Bourgeois, phéromones, physique, séduction
Je t’ai reconnu à la seconde où je t’ai vu. Ça m’a semblé étrange que mes pas croisent les tiens, comme ça, un simple soir de milieu de semaine, à l’heure où tout le monde rentre du boulot, sur une avenue presque aussi éloignée de chez moi que de chez toi. Un bond du cœur, inexplicable, que je voudrais taire. Parce que j’ai toujours su qu’entre toi et moi, la proximité des corps est inversement proportionnelle à la distance (non, j’ai pas fait ma physique 534).
Tout s’est passé très vite, mais malgré la foule qui se pressait sur le trottoir, je ne pouvais détacher mon regard de ton visage. Tu n’as jamais baissé les yeux pour rencontrer les miens, comme quoi, c’est bien beau les grands garçons de six pieds trois pouces, mais vraiment, s’il faut qu’ils regardent toujours bien droit devant, Houston we have a problem (un déficit de treize pouces).
Et je t’ai laissé filer sans réagir, toute invisible que j’étais, contenant même mon envie de me retourner sur tes pas. Peut-être, si j’osais te raconter, tu dirais que j’ai été bête, mais moi je dis (humblement!) que justement, c’est que je ne le suis pas assez. Parce que les phéromones, y’a que ça de vrai.
Plus tard cette nuit là, tu as glissé tes mots d’alchimiste par cette fenêtre que je laisse entre ouverte, faute d’avoir la force nécessaire pour la refermer. La transmutation des corps est réussie, je ne suis plus matière, mais qu’un rêve dans ton esprit un peu fumiste (tu vois, j’étais bien meilleure en chimie).
“I am suspicious of words. They do not interest me. They do not satisfy me. I suffer from the ways in which words wear themselves out. I am a very concrete woman. The forms are everything“ — Louise Bourgeois
Classé dans : Petites fictions illustrées, Textes favoris | Mots-clefs: corps, Edvard Munch, morsure, nuit, vampire
Edvard Munch, Vampire, 1893 – 1894
À la tombée de la nuit, je traque mes mâles victimes. Je leur trouve à chacun un charme unique qui m’attire irrésistiblement et me fait sortir de l’ombre, rayonnante de l’éclat de mes cheveux qui les hypnotise aussi bien que mes yeux de chat. Une force instinctive s’empare de mon corps blessé, qui sait mieux que moi obtenir ce qu’il veut. Tout juste avant l’aube, profitant de l’épuisement, mes lèvres se posent tout d’abord délicatement à leur nuque, précédant la brutale morsure d’amour. Nuit après nuit, je transforme les hommes qui succombent à mes charmes pour les retrouver, au matin, insupportablement ressemblants à celui qui m’a, le premier, vampirisé.
Classé dans : Mauvaises pensées choisies, Textes favoris | Mots-clefs: Berlin, mur, novembre, rêve, The Smiths
Cette impression qui persiste depuis un certain temps déjà. Avec des rêves plus intenses et vibrants que la vie. Mais une vie plus intangible et diffuse que le rêve. Ma tête qui toujours, se frappe contre le mur qui nous sépare. Peut-être qu’un jour, on se retrouvera dans un Berlin enfin prêt à se réinventer, malgré novembre.
Classé dans : Mauvaises pensées choisies, Textes favoris | Mots-clefs: ailleurs, Anselm Kiefer, Maine, mer, Pixies, plage, rêve, Wave of Mutilation
Dimanche dernier je suis allée voir Paris de Klapisch. Un film avec plein de qualités et de défauts qui m’a surtout donné envie de revoir la ville. Dans un meilleur état d’esprit que la dernière fois.
Mais Paris n’est pas une ville pour novembre.
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J’aurais eu envie de partir ce matin, au lever du soleil. Prendre la voiture et traverser les paysages des Cantons de l’est. Voir ces champs aux sillons gelés et ces arbres dénudés comme autant de tableaux d’Anselm Kiefer. Puis, de poursuivre ma route. De traverser le Vermont et le New Hampshire. Revoir les White Mountains perdues dans le brouillard. Puis remonter un peu vers le Maine. Arrêter dans une petite auberge qui donne sur la mer.
Le lendemain matin, sortir très tôt, pour voir le lever du soleil. Porter des vêtements chauds, braver le vent, marcher sur des kilomètres de sable, sur la plage, complètement déserte. Voir la mer, et encore et toujours, partout, les tableaux de Kiefer.
*****
Et puis tant qu’à rêver, continuons. Rentrer au gîte. Refermer doucement la porte de la chambre. Quitter mes vêtements un à un. M’engouffrer sous les draps, me coller à lui, pour mieux me réchauffer. Provoquer les rires. L’entendre dire : “Ne me touche pas, tu es trop froide”. Mais savoir, plus que tout, qu’il pense exactement le contraire de ce qu’il dit.
Classé dans : Histoires de ma vie, Textes favoris | Mots-clefs: campagne, incendie, insomnie, maison, Sophie, village
C’est arrivé il y a presque deux ans maintenant. Il était passé 23h et comme à tous les soirs, c’était l’heure où je sortais pour marcher dans les rues de mon village de campagne. Je rentrais environ une heure plus tard, je prenais une douche chaude et je pouvais ensuite espérer dormir un peu. C’était une période chaotique de ma vie et ce rituel m’a permis de mettre un frein à mes crises d’insomnies.
C’était l’automne, mais cette nuit là sentait déjà un peu l’hiver, par-dessus l’odeur des feuilles mortes. Je marchais d’un pas vif, poussée par le désir d’épuiser mes dernières forces, de me réchauffer et peut-être, aussi poussée par la frustration, puisque mon lecteur mp3 venait de rendre l’âme. Et je l’ai vue. Sur le bord du trottoir, une fillette d’environ sept ans. Le sang m’est monté à la tête. Quel genre de parent pouvait bien laisser traîner une enfant de cet âge là dans la rue, à une heure pareille?
Elle semblait un peu perdue. Elle restait là sans bouger, regardant une maison à l’autre bout de la rue. Je me suis approchée d’elle et quand elle s’est aperçue de ma présence, j’ai vu sur son visage un mélange de surprise, de malaise, comme si elle savait que je venais de la surprendre faisant une bêtise, mais surtout, une immense tristesse dans ses grands yeux presque noirs. Ça m’a saisit droit au cœur.
J’ai eu peur qu’elle se sauve. Je lui ai demandé d’un ton qui se voulait rassurant ce qu’elle faisait là, toute seule dehors, lui faisant remarquer qu’il était très tard pour une toute petite fille comme elle. Elle a répondu d’une toute petite voix : “Je sais pas”. J’ai demandé où elle habitait et elle a pointé la maison qu’elle regardait. Je lui ai dit : Viens avec moi, je vais te reconduire chez toi. Elle m’a enfin fait un sourire comme si un poids de 100 lbs se retirait de ses frêles épaules.
J’ai tendu la main et elle a glissé la sienne d’un mouvement lent et hésitant au creux de la mienne. Elle était glacée. J’ai ressenti une décharge presque électrique à son contact, l’effet d’une grande vague qui poussait vers moi le chagrin de la petite. Un chagrin sans doute trop grand pour elle. Je lui ai prêté la paire de mitaines que je gardais toujours au fond de mes poches. Je lui ai demandé son prénom. Puis, nous avons marché en silence jusque devant sa maison. Toutes les lumières étaient fermées, les parents, sans doute, étaient couchés. Je lui ai dit : “Bonne nuit Sophie“, puis je me suis assurée qu’elle était bien rentrée avant de poursuivre mon chemin. J’étais contente d’avoir oublié de réclamer mes mitaines, ça me fournissait une bonne excuse pour y retourner le lendemain après-midi, et en profiter pour parler à la mère de la fillette.
J’ai sonné à la porte. Une femme tout à fait à l’opposé de ce que je m’imaginais est venue ouvrir la porte. “Vous êtes la maman de Sophie?“ Elle m’a lancé un drôle de sourire embarrassé.
— Non, il n’y a pas de Sophie qui habite ici.
— Je ne comprend pas, hier soir j’ai raccompagné une fillette jusqu’ici, je l’ai vu rentrer dans votre maison. Elle avait froid, elle a gardé mes mitaines.
— Et moi, elle m’a encore empêché de dormir en faisant du bruit dans sa chambre.
— Mais… Je ne comprends pas.
— Entrez, je vais vous expliquer.
Elle est revenue après quelques instants et m’a tendu une petite photo de Sophie, en me demandant si c’était la fillette en question.
Et elle a raconté l’histoire de Sophie, qui habitait cette maison là, il y a 9 ans. Puis l’incendie inexpliqué qui a commencé dans la chambre. Elle et son mari avaient acheté la maison par la suite et l’avaient rénovée. Ma tête tournait, je ne pouvais pas y croire. Je ne faisais que répéter c’est impossible, c’est impossible. Elle a sorti un article du journal local de l’époque relatant les faits.
Je suis partie, complètement bouleversée. J’ai marché, encore, traversant le village sans le voir, comme attirée par un aimant. J’ai repris conscience en lisant son nom sur la petite pierre tombale blanche. Puis, en regardant à mes pieds, j’ai retrouvé une mitaine.
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HAPPY HALLOWEEN!!!
Classé dans : Histoires de ma vie, Textes favoris | Mots-clefs: artiste, cancer, eau, feu, Montréal, mort, relations amoureuses
Deux de mes anciens professeurs au cégep. Elle, coloriste, enseignait la peinture. Petite femme passionnée, extravertie, toute en courbes sensuelles, tellement vivante. Lui, structuraliste, enseignait le dessin. Grand timide tout en angles, cérébral, contemplatif, mélancolique. Ils s’étaient rencontrés à l’école des beaux-arts et ne s’étaient jamais quittés.
Longtemps après avoir été leur élève, je continuais de les croiser au hasard dans la ville. Toujours ensembles, souriants, main dans la main comme des adolescents. Au cinéma, dans les cafés sur St-Laurent, marchant sur St-Denis, au club-vidéo sur Mont-Royal. Ils avaient pris leur retraite dans la jeune cinquantaine, avaient troqués leur belle maison de campagne contre un petit condo et un atelier d’artiste sur le plateau. Ses peintures à elle étaient plus belles et plus colorées que jamais et il exposait ses dessins dans une galerie du Belgo. Elle demandait toujours de mes nouvelles et me racontait les siennes, provoquant, comme elle seule savait le faire, les sourires de son grand timide, qui nous écoutait silencieusement.
Puis je les ai vus une dernière fois, tout juste avant mon déménagement à la campagne, à l’automne 2001. Elle venait d’apprendre qu’elle avait un cancer du sein. Elle en parlait comme si ce n’était rien. Comme on parle d’une grippe. Ses yeux à elle, étaient encore pleins de feu, tellement vifs. Ses yeux à lui, étaient pleins d’eau.
Depuis que je suis revenue à Montréal, il y a un peu plus d’un an, il m’est arrivé souvent de le revoir. Au cinéma, sur St-Laurent, sur St-Denis, sur Mont-Royal. Seul. Ses yeux d’un bleu pur me semblent, à chaque fois, tournés vers l’intérieur. Je n’ai jamais osé le sortir de sa rêverie.
Ce matin, c’était différent. Il m’a vue et reconnue. Quelques secondes au vol, le temps d’un bonjour, d’échanger un sourire et un petit signe de tête. Des yeux tristes de part et d’autre, un peu perdus devant le vide qu’elle a laissé.
Classé dans : Histoires de ma vie, Textes favoris | Mots-clefs: déceptions sentimentales, incendie, insomnie, lit, mensonge, oublier, sang, souvenir, virginité
Vendredi, j’ai quitté Montréal vers 23h pour retourner dans cette ville que j’aime et je déteste à la fois. Impossible de traverser la rivière par le chemin habituel, à cause d’un incendie majeur. J’ai roulé un peu dans ces rues désertes que je connais par cœur, pour mieux les oublier.
J’avais prévu passer une nuit là bas. Finalement, j’ai dû y rester pour deux nuits. Et je n’ai pas dormi. Tout le monde dort bien chez ses parents. Moi, je n’y arrive pas. Pourtant, le lit dans mon ancienne chambre est beaucoup plus confortable que le mien. Il est plus grand aussi. Je peux pas croire que c’est ça le problème.
Ou bien peut-être que c’est parce qu’il y a toujours, là-bas, dans cette ville, chaque fois que j’y pose les pieds, quelque chose qui me ramène à lui. Même si ce n’est que des cendres. Comme cet édifice dévoré par les flammes il y a deux nuits, qui abritait la petite chambre crasseuse où j’ai perdu ma virginité. Il n’y a pas eu de sang. J’ai su, seulement des années plus tard, qu’il a toujours cru que j’avais menti, quand je lui avait dit qu’il était le premier.
Moi, je n’ai jamais cru à ses je t’aime.
Et je continue de rouler dans ces rues désertes, que je connais par cœur, pour mieux les oublier.
Classé dans : Choses vues (photos), Mauvaises pensées choisies, Textes favoris | Mots-clefs: architecture, couples, histoire, jambes, luxe, nuit, pacotille, Saint-Laurent, The Cure
J’ai une relation amour-haine avec Saint-Laurent. Tout s’y entremêle. Le luxe, la pacotille, l’horreur, le goût le plus fin chevauche l’immonde, le rat y vit en symbiose avec le morpheus bleu. L’histoire, les histoires, sont inscrites partout où les yeux se posent, et à même le trottoir. J’adore ces plaques qui portent la date de tous les édifices, où le passé touche le présent de la même manière que tous ces couples improbables qui marchent quand même, envers et contre tous, main dans la main. Rien n’y semble impossible.
Le trottoir de la Main a quelque chose de magique. La nuit, il étourdit jusqu’à la nausée, mais dans la lumière du petit matin, mes jambes s’y allongent à l’infini.

Classé dans : Mauvaises pensées choisies, Textes favoris | Mots-clefs: automne, Beth Gibbons, campagne, froid, marcher, nuit, oublier
Ce soir, j’ai eu peur qu’il fasse froid. Trop froid. Le contraste est parfois difficile, les premiers jours d’automne. Finalement, c’est n’importe quoi. La peur d’avoir froid. La peur d’avoir peur. L’inertie. L’air était étrangement doux, subtilement parfumé par les feuilles mortes que j’aurais pu entendre se briser contre mes pas, si la musique dans mes oreilles avait été moins forte (je sais, c’est mal). Je me suis rappelé ces nuits à marcher dans ma campagne. Mais le trajet urbain était beaucoup trop court. J’aurais marché pendant des heures, à faire taire la tête et le corps. Oublier qu’il n’y a rien à oublier, mais l’oublier quand même. Ou pas. Néanmoins, marcher droit devant, la nuit dans l’âme. Les étoiles finiront bien par briller.



