Les Plaisirs et les nuits


De l’adolescence perpétuelle [et de Facebook]
4 décembre 2009, 14:32
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Depuis plusieurs mois j’entends à gauche et à droite un paquet d’histoires de gens qui retrouvent leurs amours d’adolescence via facebook et qui reprennent ça plus ou moins où ils s’étaient laissés, comme si la vie ne les avait pas changés en cours de route.  Comme si le premier était toujours le plus vrai, le plus beau, l’éternel, le modèle pour tous les autres. 

Oui, y’a une partie de moi qui trouve ça beau et romantique (ok, on ne parle pas du moyen, mais de la fin).  C’est comme engager quelqu’un qui a des références.  C’est rassurant.  Mais le problème, c’est que ça fait souvent oublier qu’il y a peut-être quelqu’un de plus compétant pour la job, avec un CV à jour…  

Et ça n’a rien, mais rien à voir avec le fait que je viens de découvrir que mon first love de cour d’école montre ses fesses dans un profil ouvert à tous sur facebook.  (Vive les photos de party!)



Sliding Doors

Je suis allée à l’OSM hier soir.  Oui, y’avait encore du Brahms au programme.  Je pourrais vous raconter comment le violoniste avait une technique absolument impressionnante, comment la foule a réagit avec tellement d’intensité (du jamais vu pour ma part et c’était totalement mérité) à la fin du concert ou encore, comment Claude Gingras est le critique le plus détestable à lire.  Mais ce n’est pas de ça que j’ai envie de vous parler. 

Juste avant le concert, on m’avait fait remarquer que la mode faisait définitivement un retour aux années 80.  Prions pour que le retour des épaulettes et de la moustache soit évité.  Il faisait beau malgré le vent un peu frais et les gens défilaient sur l’esplanade, en attendant l’heure du concert.  Curieusement, il y avait beaucoup d’adolescents (probablement en sortie scolaire) qui s’étaient mis spécialement chic pour l’occasion.  Voir des garçons qui se sentent enfin un peu hommes pour la première fois en tenant par la main des filles qui étrennent des jolies robes qui les vieillissent un peu trop, ça me donne systématiquement un sourire un peu ému.  Je trouve ça beau, ce désir maladroit d’être adulte, alors que l’inverse, le désir adulte d’être adolescent est toujours un peu triste…  

Quand j’ai gagné mon siège, je n’ai pas pu faire autrement que de remarquer la jeune fille de moins de vingt ans qui avait sa place à côté de la mienne.  Elle avait le look typiquement Madonna, époque Like a virgin.  Une brunette teint en blond vénitien, bouclée, une fausse fleur dans les cheveux, portant une jupe turquoise à volants, des dentelles noires et un peu trop de rouge à lèvres.  Rouge.  On sentait l’effort de la recherche.  La volonté de paraître femme.  La tentative d’élégance.  Elle ne faisait pas partie d’un de ces groupes.  Sa nervosité était palpable.  C’était sans doute sa première grande sortie en solo.  À la fin du concert, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer qu’elle avait pleuré.  J’aurais sans doute fait pareil si j’avais été seule.  On a toujours moins de retenue, lorsqu’on est seule dans la foule.  Avant de quitter la salle, elle est revenue un peu sur ses pas, ses pas mal assurés en talons hauts qu’elle n’est pas habituée de porter, et elle a jeté un dernier regard vers la scène qui se vidait de ses musiciens, comme pour immortaliser le moment.  Et elle est disparue.

*****Entracte*****

À la sortie, y’avait des piles de Elle Québec distribués gratuitement.  J’aime pas spécialement les revues féminines, je l’ai déjà dit.  Mais ce que j’aime bien dans celle là, c’est la section où un homme (connu) passe aux aveux en confiant 10 choses que les hommes ne disent (généralement) pas.  Je suis gâtée, dans mon exemplaire gratis, c’est Stéphane Dompierre qui confie non pas 10, mais 33 choses (…).  J’en ai une 34e pour lui.  Un homme ne prend habituellement pas un exemplaire du Elle Québec, même si c’est gratis, sous prétexte que c’est Kate Winslet sur le cover.

*****

J’ai voulu éviter la cohue qui se dirigeait vers le métro Place-des-arts.  Il était un peu tard et frisquet pour marcher jusque chez moi.  J’ai quand même décidé de marcher jusqu’au métro Sherbrooke, puisque de toute façon, ça revient à peu près au même que d’attendre à Berri pour le transfert de ligne.  J’en ai eu la preuve.  En poussant la porte pour entrer dans la station, au même moment, une jeune fille sortait.  De part et d’autre de la vitre, on a échangé un regard surpris et un sourire d’amusement.  C’était la jeune fille à la jupe turquoise.  



Un défi
15 octobre 2008, 00:20
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Volé ici

Règle du jeu :
Vous devez mettre sur votre blog une toune «marquante» de votre adolescence qui est maintenant presque oubliée. Cette toune doit être, de préférence, quétaine à souhait.

Bon, j’ai pas tout à fait réussi le défi.  Rien à faire, je trouve pas de toune qui m’aurait marqué qui est à la fois quétaine et oubliée.  Mais bon, j’ai trouvé ça, une toune que j’ai adoré, je devais avoir 15 ans.  Je crois que c’est le seul hit du groupe et j’ai l’impression que je dois être la seule qui s’en souviens. Quelqu’un d’autre?  Je trouve pas la toune quétaine (pffff moi quétaine? jamais voyons donc!), en fait je trouve que ça s’écoute encore bien…  Par contre, le vidéo-clip, lui est vraiment d’un quétaine absolu, mention spéciale aux cheveux gaufrés, ex-aequo avec le vieil alcoolo à l’âme en peine…

Joey, Concrete Blonde



Vol de nuit [pour un baiser]
29 juillet 2008, 21:36
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***Désolée, c’est plutôt long comme billet. J’avais pensé l’écrire en deux épisodes et puis finalement, je me suis dit que si ça vous embête, vous n’avez qu’à prendre 2 jours pour le lire :P

C’était l’été de mes 15 ans. Par une très chaude journée de la fin juillet, on a déserté la petite ville de banlieue sans histoires en prenant le bus pour notre annuelle journée (une tradition incontournable entre 13 et 17 ans) à La Ronde. On était un quatuor plutôt intéressant en contraste. Il y avait C la blonde aux yeux bleus qui ressemblait à une poupée, G la grande brune sportive, M la rousse extravertie et moi, V la noire au tempérament d’artiste. Différentes, complémentaires, inséparables.

Puis, on les a remarqués. Ça devait faire un bon moment qu’ils nous suivaient, de manège en manèges, sans trop de subtilité. Le soir tombait déjà, ne restait plus que deux heures avant la fermeture du site. C’est dans la file du Disco Ronde qu’ils sont enfin passés à l’attaque. Celui qui semblait le leader du groupe, plutôt blond, du genre grande gueule charismatique légèrement bad ass et derrière lequel les autres s’effaçaient, a commencé à nous parler, avec deux trois phrases pour nous faire rire. Il a vite proposé que chacune d’entre nous monte à bord avec l’un d’eux, jetant lui-même son dévolu sur C, la jolie blonde, évidement.

Je n’ai pas eu vraiment le temps de montrer ma déception qu’une voix me glissait timidement à l’oreille : “Je peux monter avec toi?” C’est là que je l’ai vu. Je ne vous dirai pas s’il s’agissait d’un beau grand brun aux yeux verts, puisque j’aurais décidément l’air d’en faire une obsession (ce qui est loin d’être le cas!). Je me souviens d’avoir entendu un autre protester : “Criss t’as donc ben faite ça vite, t’avais peur que je lui demande avant, salaud?” Il avait souri en me disant : “Ne l’écoute pas, c’est un con.” Il avait 16 ans, il habitait Pointe-aux-Trembles, il trippait autant que moi sur l’album Violator de Depeche Mode qui venait de sortir, fallait voir ça comme un signe du destin.

Pendant le reste de l’été, à toutes les semaines, il faisait le long trajet pour venir me voir et régulièrement, je faisais aussi le trajet inverse. Il fumait des Export A (le paquet bleu) et il disait qu’il avait décidé de ne pas retourner à l’école en septembre. Malgré ses charmantes manières de garçon bien élevé, ma mère l’a tout de suite détesté. Je crois qu’il n’en fallait pas plus pour me faire succomber…

Je vous dis pas les factures d’interurbain que mes parents ont reçu (et m’ont gentiment refilé) cet été là. Ouais, je suis vieille, c’était avant internet et msn. Un soir donc, vers la fin de l’été, à quelques jours de la rentrée des classes, il m’a appelé pour me dire qu’il avait envie de me voir et qu’avec son copain (le blond bad ass qui voulait en profiter pour revoir G, parce que oui, il s’était déjà lassé de la blonde), il prendrait la route pour venir me voir, là, maintenant. Il était déjà très tard lorsqu’il est arrivé, et j’ai toujours trouvé qu’avoir ma chambre au sous-sol était infiniment pratique pour contourner le couvre-feu en sortant par la fenêtre.

Il semblait plutôt nerveux et il disait qu’il ne pouvait pas rester longtemps. Dans le petit parc, on s’est embrassé pendant une bonne demi-heure puis, il m’a raccompagné chez moi. Au moment de repartir, ça a été la catastrophe. La voiture est tombée en panne. La police municipale s’est pointée, et comble de malheur, le chat est sorti du sac : l’automobile, qui appartenait au beau-père du blond, avait en fait été “empruntée” en douce pendant son quart de travail de nuit. Elle venait tout juste d’être déclarée volée…

La romance s’est terminée à peine une semaine plus tard (au grand soulagement de ma mère), alors que le père de mon grand brun avait posé un ultimatum à son fils, qui décidément ne faisait plus que des bêtises (comme voler une voiture pour aller embrasser une fille) depuis qu’il était revenu de La Ronde très tard un soir, fébrile, ne pouvant s’empêcher de réveiller sa mère pour lui confier qu’il venait de tomber en amour.


Lanaudière
23 juillet 2008, 11:04
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Lundi dernier, j’ai franchi une frontière psychologique. J’ai pris le chemin de la rive-nord. En digne fille de quelque part pas trop loin sur la rive-sud, je pense que je n’avais même jamais conduit la voiture au nord de Jean-Talon. Je me suis retrouvée dans une petite maison bleue, tout en haut, là où les oreilles se bouchent, au sommet d’une montagne qui surplombe un lac, dans la forêt, en compagnie d’une amie, d’alcool et de vin, d’une multitude d’oiseaux chanteurs, des cigales, des maringouins et des mouches à chevreuils qui à mon grand désespoir, m’aiment bien. Cette idée aussi, d’hydrater ma peau avec une crème qui sent un peu la vanille… On a failli aller se baigner dans le lac, de l’autre bord du quai “parce que de ce côté là y’a presque jamais de sangsues“, mais j’avais comme “oublié” mon maillot, mais pas encore assez bu pour oublier les convenances (ou les sangsues).

Une journée comme un baume, dans un ciel chargé d’orage qui s’est éclairci après à peine quelques gouttes malgré le tonnerre qui gronde. Une journée où on m’a dit les mots que j’avais besoin d’entendre. Une journée pleine de poésie, jusque sur les pancartes vertes de la 25 nord annonçant le rang du ruisseau des anges, ou encore, dans la visite nostalgique d’une plage, en face de l’ancien couvent, avec à côté, la vieille baraque où l’adolescente avait fumé son premier joint en compagnie d’un gars surnommé Ti-beu.



Seventeen seconds
14 mai 2008, 06:53
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Un geste non calculé, une occasion saisie au vol, une invitation impossible à refuser. Je vais le voir ce soir. Il a fait partie des années les plus intenses de ma vie. Puis est arrivé ce qui arrive toujours, on a pris nos distances. Je l’avais vraiment perdu de vue ces derniers temps, mais le son de sa voix est toujours présent, ses mots, enfouis en moi, qui savent me surprendre alors que je croyais que le temps les avaient effacés. On a vieilli tous les deux, mais l’émotion, que j’espère présente au rendez-vous, nous fera oublier les années passées trop vite. Mon cœur, mon âme, aura 17 ans à nouveau pendant quelques heures. Plaisir intense non-renouvelable. Se laisser bercer et atteindre les étoiles, ça fera du bien.


La Lettre
7 avril 2008, 01:21
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Comme ça, pour rien, parce qu’on est de grands nostalgiques et aussi, avouons-le, parce qu’on a tous un peu bu, on est là, à se raconter nos premières expériences amoureuses adolescentes. Pas les premières expériences sexuelles, ni mêmes les premiers vrais baisers, non. Juste l’éveil des sentiments, des attirances. Les premières approches maladroites, les premiers désirs avoués.

Il a raconté cette lettre qu’il avait reçu. Une longue lettre, assez bien écrite, avec un dessin, son portrait. Elle avait signé sa lettre et avait même ajouté son numéro de téléphone, précaution probablement inutile, car dans une si petite ville, un numéro de téléphone n’est jamais un secret d’état, et ce, bien avant l’invention du net. La fille lui plaisait. Mais il n’a jamais répondu. Il n’a jamais appelé non plus. Pourquoi? Il ne sait pas. Probablement parce que c’est l’âge où on est niaiseux. Elle a sûrement pensé qu’il avait froissée la lettre aussitôt lue, et qu’il s’était sans doute moqué du dessin, avant de le déchirer. Au bout de deux mois, elle s’est vengée de son indifférence en l’oubliant.

Mais cette lettre, il l’a gardé pendant plus de 10 ans.

 



La Discrète
16 décembre 2007, 14:37
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On préfère toujours être celle qui déclenche le feu dès le premier regard. Malheureusement, moi, ça m’arrive souvent d’être la discrète. C’est jamais un rôle très enviable… Vous savez, celle qu’on ne remarque pas pendant des mois et des mois, celle qui est complètement invisible jusqu’au jour où… Ça me fait penser à une anecdote qui m’est arrivé à l’école secondaire.

Classe d’économie. La prof, une débutante qui n’a pas beaucoup d’expérience et qui a bien du mal à établir son autorité, nous a assigné des places par ordre alphabétique. Je me suis retrouvée avec le premier bureau en avant, dans la rangée du centre, oui, celui juste en face du bureau du professeur. J’étais horriblement déçue, d’autant plus que la matière ne me passionnait pas du tout… Et puis, je me suis rapidement consolée quand j’ai vu qu’à ma droite, il y avait le beau (et drôle) Mathieu et à ma gauche, le beau (et sérieux) Martin. Après quelques mois de cours, la prof a eu l’air de me remarquer pour la première fois.

Elle (d’un ton furieux) : C’est pas ta place ça, reprend la place que je t’ai donné au début de l’année!
Moi (rouge de honte, n’ayant pas l’habitude de me faire parler sur ce ton, non mais j’suis une première de classe moi!) : Mais, c’est la place que j’occupe depuis le début…

Les autres élèves ont le fou rire, ce qui n’aide pas la situation. La prof regarde son plan de classe avec les noms qu’elle a elle-même inscrit à la mine de plomb. Elle doute même de son écriture, cherche la trace de noms qui auraient pu être effacés, inversés, inspectant attentivement l’ordre logique des noms, imaginant un complot diabolique pour que je puisse m’approprier ce bureau si convoité… (Malgré le sourire avec la petite fossette craquante de Mathieu et les yeux bleus magnétiques de Martin, y’a quand même des limites à ce que je suis prête à faire pour me rapprocher des garçons!!!) Et plus elle cherche une preuve qui n’existe pas, plus les rires résonnent franchement dans la classe. Elle a fini par s’excuser, mais j’ai toujours eu l’impression qu’elle était restée avec un doute…

C’est comme cet homme que je connais depuis quelques années et qui m’ignorait totalement. Jusqu’à ce que je le croise dans un événement spécial, pour amateurs initiés, il y a deux semaines. Avant, il me regardait et me saluait à peine et depuis, c’est le grand sourire béat et il amorce la conversation à chaque fois qu’il me voit (ce qui peut arriver souvent dans la même journée). Et là, c’est moi qui doute. J’arrive pas à me décider si c’est par une forme d’élitisme social (ma présence à l’événement fait de moi un être maintenant digne de lui) ou bien s’il aurait pas plus simplement (boys will be boys) gardé un chaud souvenir du chandail rouge sexy et des talons aiguilles que je portais ce soir là…



Max
13 juin 2007, 23:44
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J’ai écrit un billet sur lui déjà il y a quelques temps, mais c’est un de ces billets que je n’ai jamais osé publier. Brouillon perpétuel, comme quelques autres que j’ai écrit et que je lis de temps en temps, que je ne me décide pas à effacer mais que je ne publierai pas, soit parce que le moment est passé, parce que ça me révèle trop, parce que c’est pas encore clair dans ma tête, parce que le texte n’est pas au point ou encore parce que sans le savoir, j’attend un meilleur timing pour en parler. Pour Max, le meilleur timing, c’est aujourd’hui.

Dans ce billet, j’écrivais que je connaissais Max depuis l’école secondaire. Je disais comment on se retrouvait plus souvent qu’autrement assis ensemble dans nos cours. Comment on s’entendait bien, comment il était sympa et intéressant. Comment il me plaisait beaucoup plus que j’aurais alors osé l’avouer. Je l’avais perdu de vue pendant les années de cégep, mais on s’était ensuite retrouvés à l’Université. Les départements de cinéma et d’histoire de l’art étant regroupés, on se croisait régulièrement. On faisait même souvent un bout de chemin ensemble, sur le circuit 51. Parfois, presque timidement, il s’informait aussi de celui qui est devenu l’ex. Oui, ces années là, j’étais ailleurs. Je ne voyais rien.

Pourtant, avec le recul, c’est tellement facile d’y voir clair maintenant, de se dire qu’il y avait là un garçon parfait pour moi, et que je suis passée à côté. Lorsqu’on vit un point tournant, un changement de cap, on dirait que toutes ces vieilles histoires refont surfaces. C’est toujours la valse du questionnement stérile. Le : Qu’est-ce qui serait arrivé si… J’en ai discuté il y a quelques temps avec une copine qui l’a connu elle aussi. Pragmatique comme toujours (c’est pas pour rien qu’elle est comptable), elle m’a dit : ben voyons, s’il était si parfait que ça pour toi, ça serait arrivé, no matter what. Je me disais qu’elle avait peut-être raison. Mais quelque part, il restait toujours un petit doute… et ce texte, que j’avais écrit.

Je ne l’avais pas revu depuis la fin de mes études. Presque six ans maintenant. Ce soir, je suis allée prendre un verre avec un ami dans un petit bar sympa de l’avenue Mont-Royal. Soudainement je l’ai vu avec trois copains, assis à quelques tables de moi. Il a toujours ce petit air de Mark Ruffalo (avec la barbe). Je l’ai observé un bon moment, surprise et hésitante. Il était en grande conversation avec ses amis et il ne portait pas tellement attention autour de lui. Je me suis dit si le contact visuel se fait naturellement, j’irai lui parler. Ce n’est pas arrivé. Et je ne pense pas que je peux blâmer la robe.
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Alors ma copine a raison. Ce soir, j’ai donc supprimé le texte, et le dernier fantôme du passé.


Prédictions du jour
28 avril 2007, 01:03
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Horoscope du 28-04-2007
Capricorne
Les choses se passeront plutôt bien. Vous aimez et serez aimé en retour. Sinon, vous ferez une rencontre sentimentale troublante qui vous laissera sans voix.

Bon. C’est pas tellement à l’ordre du jour. Je vais passer une partie de la journée dans un petit village perdu de la montérégie, où auront lieu les funérailles de mon grand-père. Ça m’étonnerait beaucoup que j’y rencontre qui que ce soit d’intéressant…

De 15 à 17 ans, j’ai passé tous mes étés, et presque toutes mes fins de semaines pendant l’année scolaire dans ce village. J’ai une tante qui avait un dépanneur/club vidéo/bar laitier et travailler là c’était plus agréable et (surtout) plus payant que de garder des enfants.

Pour les gars de la place, j’étais la curiosité, “la fille de la ville” (gardons ici une certaine perspective, “la ville” c’était pas Montréal, mais plutôt la petite ville de banlieue snob, enfin pas si snob, mais aux yeux des campagnards, le monde “de la ville” a toujours l’air snob). Y‘avait une couple de gars toujours rendus au dépanneur, à essayer de faire les intéressants. Ils étaient tous nuls.

Moi, évidemment, j’ai flashé sur le seul gars de la place qui voulait rien savoir de moi. Il s’appellait Jean-Sébastien. Il était tellement beau, à chaque fois qu’il entrait au dépanneur pour s’acheter des JPS (John Player Special, oui, je me souviens encore de sa sorte de cigarettes, ça formait ses initiales dans le désordre), mon coeur faisait trois tours et mes genoux tremblaient. Moi qui était si habile à revirer les autres comme des crêpes, j’avais l’air d’une vraie tarte devant lui. Et il avait l’air tellement bête avec moi, vraiment hautain… un autre Narcisse. La fille snob de la ville en prenait pour son rhume.

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Tiens donc, tomber sur lui, aujourd’hui, ça, ça me laisserait vraiment sans voix. Je serais curieuse de voir s’il a changé. Bon, comme il n’habite certainement plus dans le coin, c’est hautement improbable, mais puisqu’on sait jamais où, quand et sur qui on va tomber, on va quand même mettre la jolie robe noire hein?… des fois…


Flashback, printemps 1987
23 mars 2007, 00:47
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On s’est regroupé toute une gang dans le sous-sol chez Eve, ma meilleure amie. Sa mère est cool, elle nous a apporté des chips pis d’la liqueur, elle a tamisé les lumières et puis elle est remontée et a fermé la porte. On se connaît tous depuis la maternelle, mais là, y’a comme quelque chose qui n’est plus pareil comme avant. Nos corps changent et c’est comme s’il fallait qu’on s’apprivoise à nouveau. Les gars sont dans un coin les filles dans l’autre, on se regarde à la dérobée, on chuchote, on complote. Déjà, c’est pas si simple que ça : je suis amoureuse de David, qui est amoureux de Geneviève, qui est amoureuse de Jean-François, qui est amoureux d’Eve, qui est amoureuse de Grégory qui lui n’aime personne. Et puis y’a Annie qui aurait bien aimé que Steve soit là, et puis y’a Patrick qui lui est amoureux d’Alexandre, mais ça, on l’a su que bien des années plus tard…

Je ne me souviens plus qui a proposé de jouer à la bouteille, mais ça a eu l’air de faire l’affaire des gars (ok, des filles aussi…). Comble de malchance, malgré toutes nos tentatives pas très adroites pour tricher, il me semble bien que personne n’a réussi à embrasser qui il voulait. Plus tard, on a mis de la musique et puis soudainement, il y a eu ce slow, gros hit de l’heure. Le cœur battant, j’ai demandé à David pour danser. Nos mouvements, tout d’abord figés, ont fini par s’harmoniser au rythme. Nos corps, qui, distancés au début se sont retrouvés soudés, et ma joue contre la sienne. Je me souviens avoir déposé un baiser aussi léger qu’un frisson dans son cou, alors que les dernières notes de la chanson résonnaient. Quelques semaines plus tard, il m’a demandé pour sortir avec lui. Ça a duré un gros deux semaines et quelques baisers.



Puisque le feu loge secrètement dans la neige (Hommage à Marot)
2 mars 2007, 23:41
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C’était une belle journée de mars, comme il y en a souvent vers la fin de l’hiver. Je venais tout juste d’avoir 14 ans. J’étais dehors avec mon amie Geneviève, on revenait de la patinoire extérieure. Elle et moi sommes voisines depuis la naissance, et à cette époque là, nous étions pratiquement comme des sœurs. Des gros flocons commençaient à tomber, et il faisait presque nuit. Geneviève est rentrée chez elle, et alors que j’allais aussi rentrer à mon tour, j’aperçois Nicolas, le grand frère de Gen, 17 ans, qui revenait aussi de la patinoire.

Du plus loin que je me rappelle, Nicolas a toujours eu le don de me tomber sur les nerfs, avec son petit côté baveux et condescendant d’aîné. Mais depuis quelques temps, il y a quelque chose de changé dans son attitude. Moi aussi, quand Geneviève a le dos tourné, je dois admettre que je ne regarde pas Nicolas avec les mêmes yeux qu’avant.

Alors qu’on se croise, il y a une étincelle malicieuse dans ses yeux. Comme je ne m’y attendais pas du tout, il me lance une balle de neige. Aussitôt le moment de surprise passé, je réplique, et je me sauve en courrant. Il me rattrape par le bras et il m’écrase une poignée de neige sur la joue. Je riposte en lui glissant de la neige dans le collet, directement sur la nuque. On crie, on rit, on répète le même manège, et avant même que j’aie le temps de réaliser ce qui arrive, ses mains se sont glissées dans mon manteau, et il m’attire contre lui. Lorsque ses lèvres entrouvertes se sont posées doucement sur les miennes, il y a eu ce frisson dans mon ventre, mon premier vrai désir de femme.



Le baiser
1 mars 2007, 12:05
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Parce que ces jours-ci, dans la blogosphère, on dirait que tout le monde ne pense qu’à ça. Ça doit être l’effet du printemps qu’on sent déjà dans l’air même s’il n’est pas encore là.
Ça discute de l’importance du premier baiser, qui, quand on est un peu attentif, dévoile tant de chose, ça parle des baisers du grand écran, ça parle de ces petits moments là, si précieux, ou bien ça fait même des grandes déclarations

Hier soir, sur mon lecteur mp3, je suis tombée sur ce souvenir .
Ça m’a rappellé mon adolescence et un certain baiser échangé par une journée de fin d’hiver, un peu comme aujourd’hui, tiens…



J’avais 17 ans
16 janvier 2007, 13:32
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Tous les matins je prenais l’autobus scolaire, le walk-man jaune sony (yes, I’m THAT old) vissé aux oreilles, j’écoutais Staring at the Sea (The Cure) en boucle, volume au maximum, jusqu’à ce que le ruban usé de la cassette se brise sur A Few Hours after this.

Lui, il devait avoir 15 ans. Chaque matin, il montait à l’arrêt suivant le mien. J’ai vite remarqué son regard, souvent posé sur moi. Lorsque je m’en rendais compte, il détournait les yeux, en rougissant un peu. Je trouvais ça cute.

Il était mignon, ses cheveux presque noirs contrastaient avec ses yeux bleus et sa peau claire, un peu rosée. Mais à l’époque je ne pensais qu’au beau Stéphane. Toutes les filles de l’école rêvaient du beau Stéphane, un grand brun aux yeux noirs, un drop-out de 18 ans qui grattait de la guitare sans savoir que j’existais. Et puis de toute façon, s’intéresser à un gars plus jeune, ça ne se faisait pas sous peine d’être bannie de la caste supérieure à la polyvalente…

L’année scolaire avançait et mon regard surprenait de plus en plus souvent le sien. Vers la fin de l’année, après plusieurs matins d’hésitations, il a enfin osé s’asseoir à côté de moi. Je lui ai souri, mais il semblait tellement troublé que j’ai détourné les yeux de peur de le faire rougir davantage. Vers les dernières semaines de cours, en juin, il en avait maintenant pris l’habitude. Chaque matin, lorsque la place était libre, il s’assoyait près de moi. On se regardait à peine mais je devinais son désir au rose de ses joues, à la nervosité de ses mains et à la petite veine qui tressaillait dans son cou. Un jour, son genou s’est appuyé accidentellement contre ma cuisse pendant quelques secondes.

Le lendemain matin, il s’est assis plus près de moi. Après quelques minutes de trajet, sa cuisse a tout d’abord frôlé la mienne, puis, délicatement, il l’a laissé retomber contre moi. Ma jupe était légèrement remontée et j’ai senti que toutes les émotions de son corps étaient concentrées sur les quelques centimètres où sa peau, à la limite de son bermuda, était en contact direct avec ma peau. Émue, je n’ai pas bougé du reste du trajet. Lui non plus. Dans mes oreilles, Robert Smith chantait:
A few hours after this and we’re apart again
like two white checks
like opposite poles
in a secret game
(like nothing like these i suppose… )

On ne s’est jamais parlé. Après la fin de l’année scolaire, je ne l’ai plus jamais revu. Je me demande parfois s’il se rappelle de ce moment, s’il se souvient de moi.

Quant au beau Stéphane, je me demande si en le croisant par hasard sur la rue, j’arriverais à le reconnaître. J’en doute.