Les Plaisirs et les nuits


Poetry is no place for a heart that’s a whore

Je n’ai pas de rêve à t’offrir
Je n’ai pas d’histoires à te raconter
Je ne franchirai aucune distance pour toi
Je t’oublierai à chaque fois que tu ne seras plus devant mes yeux
Je serai sans lendemains

Mais

Tu sauras quand même prendre tout ce que je n’ai pas à donner



De la possession
3 septembre 2009, 00:30
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L’agitation d’un amour plein de désirs contenus s’harmonise à celle de l’eau, les fleurs que la main de l’homme n’a point perverties expriment ses rêves les plus secrets, le voluptueux balancement d’une barque imite vaguement les pensées qui flottent dans l’âme. [...]  L’amant qui n’est pas tout n’est rien. [...] je me reprochais de n’avoir rien osé, de n’avoir pas resserré les liens d’une tendresse qui me semblait alors plus subtile que vraie par les chaînes du droit positif que crée la possession.

— Balzac, Le Lys dans la vallée



Just because you feel it doesn’t mean it’s there
16 août 2009, 01:31
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L’invite sexuelle directe […] l’obscénité trop brutale pour être vraie, trop impolie pour être malhonnête, — l’obscénité comme défi, et donc de nouveau comme séduction.  C’est qu’au fond la pure demande sexuelle, l’énoncé pur du sexe sont impossibles.  On ne se libère pas de la séduction. […] Leurre de croire en la réalité du sexe et en la possibilité de le dire sans autre forme de procès, leurre de tout discours qui croit à la transparence.

“I’ll be your mirror”.  “Je serai votre miroir” ne signifie pas “Je serai votre reflet” mais “Je serai votre leurre”.  Séduire, c’est mourir comme réalité et se produire comme leurre.

Est-ce de séduire, ou d’être séduit, qui est séduisant?  Mais être séduit est bien encore la meilleure façon de séduire.

Le secret de la séduction est dans cette évocation et révocation de l’autre, par des gestes dont la lenteur, dont le suspense est poétique comme l’est le film d’une chute ou d’une explosion au ralenti, parce que quelque chose alors, avant de s’accomplir, a le temps de vous manquer, ce qui constitue, s’il en est une, la perfection du “désir”.

Jean Baudrillard, De la séduction. Extraits.



It’s not safe out there [Conversation de filles]
10 août 2009, 00:59
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M : Tsé là, le gars que tu trouves cute…

V : Ben, lequel?

M : Le jeune…

V : Ça, ça m’aide pas ben ben, lequel???

M : Celui de la photo là!

V : Aaaaah!

M : Ben finalement, t’avais raison, c’est vrai qu’il est pas mal cute!

V : Je sais!!!!!!

M : Je l’ai croisé une couple de fois dernièrement, j’ai jasé avec, il faut que je te dise qu’il m’a vraiment impressionnée!

V : Je le savais!!!

M : Non mais d’habitude, moi, je les trouve niaiseux à cet âge là!  Lui il est vraiment pas comme les autres.

V : Avoue que j’ai l’œil pour les repérer…

M : Oui oui, d’accord, mais sans farces, il est vraiment bien.  Il est pas juste beau, il a de la conversation, il est cultivé, intelligent, intéressant…

V : Ok, maintenant est-ce que c’est mon tour de te rappeler qu’il va avoir 19 ans à la fin du mois???

M : Pffffff, ben non!!!

V : M’semble oui!

M : Non, en fait, je voulais juste te dire qu’il vient de déménager tout près de chez toi…



Du conditionnel

Qu’est-ce qui serait arrivé si… C’est exactement le genre de phrase qui m’obsède.  C’est futile.  Mais qu’est-ce qui ne l’est pas.  Alors je me complais parfois dans ce genre de réflexion.  Rêvasserie, plutôt.  Toutes histoires confondues, qu’est-ce qui serait arrivé si…

S’il n’y avait pas eu de malentendu sur l’endroit du rendez-vous.  Si j’avais été droit vers lui, plutôt que de le laisser lentement venir à moi.  Si j’avais été moins intimidée.  S’il avait été timide pour vrai.  Si j’avais osé dire ce que j’avais vraiment en tête plutôt que ces lieux communs.  S’il avait su comprendre qui j’étais.   Si je n’avais pas cru qu’il était tout ce que je voulais.  Si je n’avais pas menti.  S’il avait été franc.  Si je l’avais fait rire.  S’il avait eu envie d’être sérieux.  S’il avait été moins nerveux.  Si j’avais osé prendre sa main.  S’il avait pas attendu huit mois.  Si j’avais été moins intense.  Si j’avais fermé les yeux.  S’il avait été moins inconséquent.  Si j’avais été plus à l’aise.  Si j’avais pas eu mes putains de règles.  Si j’avais accepté d’aller chez lui.  Si je l’avais pris au sérieux.  Si j’avais eu moins d’orgueil.  S’il avait eu plus d’humour.  Si j’avais joué hard to get.  Si j’avais été facile.  Si j’avais oublié son âge (ou le mien).  Si j’avais été plus jolie.  Si je ne l’avais pas trouvé si beau.  Si j’avais été plus sûre de moi.  S’il avait été moins sûr de lui.  Si je n’avais pas eu si peur.  S’il n’avait pas eu le cœur brisé.  Si j’avais cru que ça pouvait être possible.  S’il avait été patient.  Si on avait pris le temps.  Si j’avais pas été mariée.  S’il avait pas eu de blonde.  S’il avait osé m’embrasser.  S’il en avait eu envie.  Si j’avais dit oui.  Si j’avais dit non.  Si j’avais appelé.  S’il avait appelé.  Si j’avais bu.  S’il avait pas bu.  Si j’avais pu dormir.  S’il avait pu bander…

Et si j’arrêtais de vouloir comprendre?  Parce que tout ça, ce n’est que de la foutaise.  Parce que je sais bien que malgré tout, tout serait exactement pareil.  Oui, rien ne serait changé.  Même si…  oui, même si je l’avais sucé sous la douche.



Playground love
12 juin 2009, 14:23
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Ça faisait presque un an que j’avais pas mis les pieds dans ce bar sympa de mon quartier.  On est arrivées au bon moment, il n’y avait qu’une table de libre.  À l’instant où je m’assoyais, le serveur (arrivé de nulle part) se penchait pour débarrasser la table.  On s’est retrouvés face à face à seulement quelques pouces.  Gros plan sur ses yeux (dans les miens), le coin de sa bouche et sa fossette. 

Lui : Bonsoir
Moi : [Wooouuuuaaaaawwwww] gulp, merci [bravo!]

Ok, les barmen sont toujours incroyables, mais là, celui là, c’est comme presque trop.  Tellement que je suis sûre que tous les autres gars le détestent jusqu’au moment où il se rendent compte à quel point il est chill…  [Je viens-tu vraiment d'écrire chill?  Ouais, bon, je ne recommencerai pas].  J’ai à peine le temps de me remettre de mon trouble, qu’il revient pour prendre la commande.  Puis, la surprise…

Lui : Dis, on n’allait pas à l’école ensemble?
Moi : heu…. Non, je pense pas…
Lui : Tu viens pas de St-X?
Moi : [après quelques secondes de surprise et Oh! Illumination!!!] Martin?

Non, il s’appelle pas Martin pour vrai.  Mais je viens tellement de revoir mon plus gros kick de secondaire 5.  Encore plus beau qu’à l’époque.  Après toutes ces années, il m’a tout de suite reconnue (lui!).  Il se souvenait de moi alors qu’on ne s’est jamais vraiment fréquenté.  Ça fait un velours quand même… 



De la déclaration amoureuse [libidineuse?]

“Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre.  C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots.  Mon langage tremble de désir.  L’émoi vient d’un double contact : d’une part, toute une activité de discours vient relever discrètement, indirectement, un signifié unique, qui est “je te désire”, et le libère, l’alimente, le ramifie, le fait exploser (le langage jouit de se toucher lui-même); d’autre part, j’enroule l’autre dans mes mots, je le caresse, je le frôle, j’entretiens ce frôlage, je me dépense à faire durer le commentaire auquel je soumets la relation.”

— Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux

*****

Les actions (et/ou l’alcool ;) ) invalident le propos.  La curiosité est parfois dévorante.  Mais qu’est-ce qu’il y a sous la peau?  (sous le masque des mots?)  Protect me from what I want*.  Le désir alimenté à petit feu.  Petite flamme qui vacille, à qui on refuse la mise à mort.  Le signifié, tour à tour dévoilé et refoulé, exposé et renié.  Supplice raffiné.  Peaux sensibles s’abstenir (tu me fais rire,  tu me chatouilles).  Monsieur le loup, vous avez oublié de mettre vos dents.



De la virilité [défaillante]
6 mai 2009, 00:28
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Très chers et très charmants jeunes hommes tout pleins de testostérone mais néanmoins séduits par les apparats de la mode estivale, laissez-moi vous donner un tout petit conseil.  Si vous envisagez, au cour de votre promenade à pieds, de devoir faire quelques pas de course pour quelque raisons que ce soit…   Si, pour votre plus grand malheur, vous avez préalablement chaussés vos virils pieds de ceci, je vous implore bien humblement de vous abstenir.  La drôle de danse qui en résulte me fourni présentement assez d’images pour détruire le plus efficace de tous les fantasmes.  Merci.



Du vertige [I get nervous when I fly]

nuitblanche2009

J’ai tourné, tourné, tourné, jusqu’au moment où j’ai compris qu’il n’y avait plus de hauteurs accessibles.  Ne restait que la nausée et les grands courants d’air glacés.  J’ai quitté le manège avec bonheur, fuyant les lumières aveuglantes et les cris assourdissants.  C’était plus qu’un désir.  La nécessité de renouer avec le contact du sol sous mes pieds.  Réapprendre à marcher.  Trouver l’équilibre.  Sans toi ni personne. Avancer sans tourner en rond.

Mais on finit toujours par se retourner sur nos pas.  Comme pour admirer malgré soi, la grande roue, celle qui fait tourner le monde.  C’est ce qui m’est arrivé cette nuit là.  L’espace de quelques secondes à peine, sentir à nouveau l’appel du vertige, comme un vent de printemps, comme un soleil qui se laisse deviner à -20ºC et jusque dans la plus profonde obscurité.



Hey! [been trying to meet you]
26 février 2009, 00:23
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Ça fait longtemps que je l’ai remarqué.  J’ai rarement vu des yeux comme ça.  Turquoises.  Grand mince, brun, toujours souriant et de bonne humeur.  Peut-être un peu lunatique, assurément timide, ce qui ne nuit en rien au facteur cuteness.  Il serait musicien que je ne serais pas surprise.  Il y a quelque chose dans sa manière de bouger, de pianoter du bout des doigts.  On ne se connait pas du tout, mais on se croise presque tous les jours.  Ça s’est fait lentement, sans qu’on y pense vraiment.  D’abord que des coups d’œil discrets, puis, un peu plus insistants.  Des sourires.  Ensuite c’est l’étape des « bonjour » et depuis peu ça s’accompagne plus chaleureusement du «ça va bien?».  Apprivoiser le renard, le petit prince ou le parfait inconnu, ça demande quand même un peu de temps.

Le contexte rapide au moment où on se croise se prête mal au développement et à la longue conversation, mais je sens que l’intérêt y est.   Grandissant.  Non seulement ça, je savais (je sentais?) qu’il avait bientôt l’intention de casser la glace.  Y’a des choses comme ça qui se devinent dans les yeux.  Par contre, pour l’étape suivante, je me serais plutôt attendue à ce qu’il demande mon nom, ou encore si je travaillais dans le coin.  Non.  C’est un original.  Hier, au moment où je m’éloignais déjà un peu, il a ajouté : «Je pensais pas que tes cheveux étaient aussi longs que ça».

D’après une copine (devinez laquelle), c’est certain qu’il s’était déjà imaginé en train de défaire le chignon que je porte d’habitude, et ce, dans 4-5 nouvelles positions.  Moi, je suis plus sage (pour l’instant).  Et quand même un peu perplexe devant ce peut-être compliment qui n’en est pas vraiment un.

Une chose sûre, c’est que mon désir de me faire couper les cheveux s’est complètement évaporé.  C’est comme ça qu’on va continuer de déboucher le bain toutes les deux semaines encore pour un petit bout de temps…



Le ridicule ne tue pas [mais il traumatise]
19 février 2009, 01:14
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L’autre semaine, une copine de mon ancien village de campagne m’envoie un courriel avec une photo.  Ça se résume un peu comme ça : “tsé, le gars dont je t’avais déjà parlé qui travaille pour la ville et qui est cute à mort?  C’est lui sur la photo, rince toi l’œil comme il faut.“  Oui, on a de la classe quand même.

Bon.  Y’a six personnes sur la photo.  Allons-y avec la logique.  La photo a été prise à l’aréna, c’est une mise au jeu protocolaire.  Y’a un couple dans la cinquantaine avancée, un hockeyeur de l’équipe locale, deux autres gars et Guy Lafleur (oui oui, le vrai).  Alors c’est pas le couple, c’est pas Guy et un des deux gars est franchement ordinaire.

Reste le joueur local, le genre habituel sportif, beau, brun, baraqué et un gars cute qu’on voit pas tant sur la photo, coincé qu’il est, entre le hockeyeur et le petit couple.  Il porte un chapeau haut de forme.  Alors ça doit être le sportif.  Mais moi, j’ai jamais tant tripé sur les sportifs.  Celui là a tout du genre de gars qui a l’air parfait.  Trop parfait.  Si la vie était un film américain, il serait quarterback.  Mais ici, on joue pas tellement au football.  Et ça tombe bien parce que j’ai jamais eu l’âme cheerleader.  Ça me rappelle  le secondaire, quand toutes les filles s’excitaient sur les joueurs du junior majeur du club local.  Le Laser, que ça s’appelait, c’est dire si c’était pas le cœur des années 90, ça.   Y’en a même une, une fille, qui s’est mariée avec un gardien de but…  Mais je pense qu’elle l’a regretté.

Alors sans trop y penser, je réponds à la copine que ouais, le joueur de hockey au maillot orange est pas mal, mais que finalement, le mec au chapeau qui a le look poète avec une barbe de quelques jours est pas mal plus mon genre.

Ça a pris à peine quelques minutes pour que je reçoive une réponse en arial bold 36 pts : Le gars au chapeau a à peine 20 ans, c’est beaucoup trop jeune pour toi!!! Ça, ça fait mal!  Mais pas autant que le lendemain, où elle précise qu’elle s’est informée et que finalement, l’élu de mon cœur a eu 18 ans en août dernier.  Calvaire! (s’cusez) il est né en 1990!!!  C’est tout dire.  What is wrong with me??? Je suis complètement traumatisée.  À mon humble défense, je dois dire que j’ai montré la photo à 3 autres filles qui sont elles aussi tombées dans le panneau avant que je révèle l’âge du jouvenceau pas tant imberbe.

Ce midi, pour la première fois depuis ce choc, j’ai osé tomber sous le charme d’un parfait  inconnu…  mais preuve que je ne prends désormais plus aucune chance : il avait les cheveux blancs!



De la générosité
28 janvier 2009, 22:55
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Ce matin, je t’ai vu dans le métro.  Ok, je triche, c’était pas vraiment toi.  C’était un toi, avec quinze ans de plus.  Même silhouette, même regard de mer houleuse, même style vestimentaire (ce qui devenait un peu triste, j’avoue).

Cette même façon là de me regarder un peu par en dessous, en faisant semblant de ne pas me voir, à chaque fois que je levais les yeux.   Suffisait que je replonge dans mon roman pour sentir à nouveau ce regard sur moi, glissant le long de ma joue, sur ma nuque dégagée par mes cheveux relevés, puis,  s’infiltrant un peu plus audacieusement, furtivement, dans l’ouverture de mon manteau.

Sans te regarder, tenant mon livre d’une main, j’ai défait de l’autre quelques boutons de plus au manteau, facilitant ainsi la trajectoire sur autant de peau que les matins d’hiver peuvent le permettre.  J’ai relevé la tête, j’ai planté mes yeux sans hésiter dans les tiens, les siens (je ne sais plus) et j’ai souri.

Je savais que c’était le meilleur moyen pour que ton regard, son regard (je suis mêlée) se détourne à jamais.  Il y a des hommes comme ça (comme toi), qui  ne trouvent la satisfaction que dans le pillage et le vol (si délicat soit-il) et qui se refusent à prendre ce qu’on leur offre de bon coeur.

 



Un parfum de légèreté
9 janvier 2009, 12:56
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Je me souviens de tes yeux, de ta bouche, du son de ta voix si séduisante.  Je me souviens encore des détails cette nuit sans sommeil.  Bientôt, sans doute, j’oublierai tout ça.  Sans bonheur, sans regret, dans la plus simple indifférence des jours qui se suivent, et qui m’auront porté ailleurs.  Ailleurs, j’y suis déjà.

Mais quand toutes ces images de toi auront complètement disparues et que j’aurai oublié jusqu’à ton nom, je me souviendrai encore du jour d’après la nuit.  Je me souviendrai que l’eau, la mousse de lavande et la brise de Givenchy n’ont rien servi.  Un simple frôlement ou un mouvement subtil suffisait à te ramener à moi, libérant de la surface de ma peau, l’odeur imprégnée et si délicieuse de la tienne.  Te respirer suffisait à recréer ce sentiment d’apaisement du cœur et donnait un sourire léger aux lèvres.



Physique 534 [I am a concrete woman]*

Je t’ai reconnu à la seconde où je t’ai vu.  Ça m’a semblé étrange que mes pas croisent les tiens, comme ça, un simple soir de milieu de semaine, à l’heure où tout le monde rentre du boulot, sur une avenue presque aussi éloignée de chez moi que de chez toi.  Un bond du cœur, inexplicable, que je voudrais taire.  Parce que j’ai toujours su qu’entre toi et moi, la proximité des corps est inversement proportionnelle à la distance (non, j’ai pas fait ma physique 534).

Tout s’est passé très vite, mais malgré la foule qui se pressait sur le trottoir, je ne pouvais détacher mon regard de ton visage.  Tu n’as jamais baissé les yeux pour rencontrer les miens, comme quoi, c’est bien beau les grands garçons de six pieds trois pouces, mais vraiment, s’il faut qu’ils regardent toujours bien droit devant, Houston we have a problem (un déficit de treize pouces).

Et je t’ai laissé filer sans réagir, toute invisible que j’étais, contenant même mon envie de me retourner sur tes pas.  Peut-être, si j’osais te raconter, tu dirais que j’ai été bête, mais moi je dis (humblement!) que justement, c’est que je ne le suis pas assez.  Parce que les phéromones, y’a que ça de vrai.

Plus tard cette nuit là, tu as glissé tes mots d’alchimiste par cette fenêtre que je laisse entre ouverte, faute d’avoir la force nécessaire pour la refermer.  La transmutation des corps est réussie, je ne suis plus matière, mais qu’un rêve dans ton esprit un peu fumiste (tu vois, j’étais bien meilleure en chimie).

I am suspicious of words.  They do not interest me.  They do not satisfy me.  I suffer from the ways in which words wear themselves out.  I am a very concrete woman.  The forms are everything“  — Louise Bourgeois



Little white lies
4 décembre 2008, 00:12
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Quand t’as beau expliquer qu’il ne peut pas venir te voir ce soir parce que t’es malade et que ta conjonctivite te fait une tête à faire peur… et qu’il trouve le moyen d’insinuer qu’il est sûr qu’il te trouverait très désirable quand même… t’as beau savoir que c’est pas nécessairement vrai (est-ce qu’il sait vraiment de quoi ça a l’air une conjonctivite?!?)… tu peux pas t’empêcher de trouver ça cute…



Can’t you see my walls are crumbling?

Pendant plusieurs mois, un lundi sur deux (ou sur trois), mon regard a croisé le sien.  À chaque fois, le désir criant, conscient et avoué de part et d’autre, accompagné de banalités muettes, un sourire, un signe de tête, un bonne journée lu sur ses lèvres.  Il était emmuré dans une cage de verre et moi, bien protégée dans mon carrosse métallique.  La conviction qu’il existe, de l’autre côté de la vitre (ou ailleurs), un monde de possibles, semblait en elle-même suffisante.  Puis, je ne l’ai plus revu pendant un an.

Je l’ai croisé hier, dans l’air frais et à la lumière douce, un peu vaporeuse, du matin.  Tous deux maintenant désarmés, à nu.  J’ai vu son regard transformé, privé du sentiment d’invincibilité, devenir timide et fuyant, se poser sur moi à la dérobée.  Je ne sais pas, même, s’il m’a reconnu ou s’il m’a regardé, à nouveau, comme si c’était la première fois.  Un éternel recommencement.  Lui et tous les autres hommes, confondus, comme autant de répétitions générales avant le grand soir, d’une performance sans cesse reportée.

Est-ce parce que je ne t’ai pas encore rencontré, ou parce que nous sommes restés invisibles l’un à l’autre, dans nos abris, dans nos asiles trop confortables.

Les frontières imperceptibles à l’œil sont plus infranchissables que lorsqu’elles sont réelles et tangibles.  Elles qui paradoxalement, encouragent toute transgression en les invalidant.  Des frontières-armures faites de métal étincelant, de pierres ciselées, de verre dépoli, de miroir sans tain, des boucliers-écrans d’ordinateurs qui, certains soirs embués ou enfumés, s’imaginent dévoiler les secrets les mieux gardés, mais se contentent plutôt de rejouer les grandes scènes théâtrales, faute de savoir faire mieux, de savoir faire vrai.  Comme autant de t’es belle, tu me plais, j’ai envie de toi, qui s’évaporent à la minute où la possibilité de le dire à l’oreille plutôt qu’au clavier prend forme.  On n’est jamais si audacieux que lorsque l’on se sait insaisissable.

Ma cage, mes murs, même craquelés de toutes part sont impossibles à pulvériser.  Tout ne tient qu’à un fil, ou qu’à la peau des fesses, mais tout reste quand même inébranlable, avec le cœur, machinal, qui bat au rythme régulier de l’horloge, dans cette mince fuite en avant, à tout petit pas, de l’éternel funambule.



Le Charme est rompu
24 octobre 2008, 14:36
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Finalement, c’est vraiment simple de se débarrasser d’une attirance inconvenable.  Quand l’âge ne suffit manifestement pas à me raisonner, suffit de demander s’il couche à droite.

Et c’est vraiment très drôle de relire un vieux billet dans lequel j’affirme que le hockey m’ennuie profondément…



De l’imperméabilité, de Freud et de l’inconscient
4 septembre 2008, 00:23
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Ça fait quelque temps que j’avais remarqué son trouble.  Quand je m’adresse à lui, il a le sourire nerveux et un tic répétitif avec les mains.  L’œil est trop attentif, le rose lui monte même parfois aux joues.  C’est évident et ça me met un peu mal à l’aise puisqu’on doit, à l’occasion, travailler ensemble.  Vous avez deviné que ce n’est pas réciproque.  Je fais attention aux signaux que j’envoie, je reste plus impersonnelle en sa présence, je ne lui envoie aucun signe d’encouragement, mais il semble imperméable à mon indifférence.  J’imagine qu’il faut juste attendre que ça passe (et ça passera, soyez sans craintes).

En attendant, sa nervosité, palpable, commence à devenir contagieuse.  Et ça crée des situations de malaise.  Comme aujourd’hui.  J’avais besoin d’une info alors j’ai laissé un message sur sa boîte vocale.  Il me rappelle quelques minutes plus tard.  Je décroche et j’entends sa voix qui me dit Allo au moment où je m’apprêtais à lui dire Salut.  J’ai bafouillé…  Il a continué à parler comme si rien n’était (imperméable, le mec), alors que je pouvais juste me répéter, non-stop : Est-ce que je viens vraiment de lui dire Salaud?



La Vie continue
26 août 2008, 12:46
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*Édité*

Heureusement, ou peut-être pas.  On verra ce que l’automne nous réserve.  Au moins, ça sera pas difficile de faire mieux.  Mais s’il y a quelque chose que j’ai appris en deux semaines, c’est que ça peut toujours être pire.  Ça commence même à devenir divertissant.  What’s next?  Les paris sont ouverts.  Sortez le pop-corn.

Je me sens comme si tout ça arrivait à quelqu’un d’autre que moi.  Avec un étrange détachement.  Je suis à côté de mes souliers et je regarde les choses aller.  Si ce n’était pas de ce poing, de cette lourdeur entre les épaules qui me surprend de temps en temps, je pourrais presque croire que je suis sur la voie d’être une bonne candidate pour la foi bouddhiste…  Bon ok, j’avoue, ne rien désirer, c’est beaucoup trop me demander…  Et la coupe de cheveux que j’avais en tête était moins radicale…

 *****

J’ai quitté la ville sous une chaleur écrasante dimanche dernier pour aller savourer les joies de la piscine 450 et les éclats de rires de mes nièces.  J’ai vu, dans une cour voisine, une splendide femme enceinte d’au moins 8 mois.  Elle s’est baignée dans un spa*, cigarette dans une main et vin rouge dans l’autre.  Et dire que je me pose toutes ces questions à savoir si j’aurais fait une bonne mère.  La vie parfois, c’est d’un ridicule.

*Le spa est non recommandé pour les femmes enceintes. 



Un bout du ciel
13 août 2008, 00:20
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Assise sur mon balcon, mes yeux se portent toujours vers le ciel [ok, ça c'est quand le voisin cute est pas là].  Systématiquement je tombe alors dans une espèce de rêverie à yeux ouverts [et non, faut pas croire que ça implique toujours le voisin cute].  Trêve de plaisanteries.

J’essaie de faire le point sur ma vie en ce moment.  Il y a maintenant 3 ans, j’ai décidé de faire un virage à 180º.  Dans mon ciel de l’époque, il y avait un grand trou noir qui menaçait de m’absorber tout entière.  J’ai fait disparaître de ma vie tout ce qui avait le pouvoir de me rendre malheureuse.  Et c’est à croire qu’il y a vraiment un équilibre céleste, un retour du pendule, puisqu’en disparaissant, le trou noir a tour à tour englouti ce qui, tout à l’autre bout du spectre, me rendait heureuse.

Il y a eu l’orage assourdissant et la saison des pluies, purificatrice.  Maintenant, j’ai l’impression qu’on en est au petit matin brumeux.  Est-ce que j’ai déjà dit que je ne suis pas une fille matinale?  L’ambiance est calme.  Pas de noir, pas de blanc.  Un juste milieu.  Gris.  Imperturbable.  Et on y voit foutrement rien.  On fait un pas devant l’autre, et on sait pas trop où ça mène.  Probablement qu’on tourne un peu en rond, en attendant de retrouver un bout du ciel.  Une vision globale, un objectif précis, un rêve, un désir.