Les Plaisirs et les nuits


You write such pretty words [Do you like to hurt?]
18 novembre 2009, 01:00
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J’ai une copine qui me dit souvent que la vie nous apporte toujours ce qu’on a besoin, au moment où on en a besoin, qu’il suffit tout simplement d’être attentif.  D’habitude, je lui réponds bullshit.

Mais…

Cette semaine, j’en ai eu ma claque des “écrivains”.  Et c’est le moment qu’une ancienne fréquentation a choisi pour réapparaître.  On s’est vus quelques fois, jamais sur une base régulière, jamais de façon vraiment planifiée et ça nous convenait comme ça.  Quelque chose de simple, d’honnête dans le procédé.  Quelqu’un de fondamentalement différent des autres hommes que j’ai connu.  Pas un intellectuel, malgré ce qu’il en pense.  Et c’était peut-être là sa plus belle qualité.  Un sensuel, instinctif (et pas seulement au sens qu’on imagine).  Bon, reste qu’on se tapait un peu mutuellement sur les nerfs aux lendemains matins, mais en même temps c’est ce qui nous gardait les pieds sur terre, j’imagine.

La conversation a pris le tour habituel et assez rapidement après le qu’est-ce que tu fais, qu’est-ce que tu deviens, est venu le t’as envie d’aller prendre un verre ce soir? J’ai commencé par dire non, en me rappelant les raisons pour lesquelles j’avais cessé de le voir.  Puis, la discussion est repartie de plus belle.  Passé un certain point, j’ai eu envie de changer d’idée.  Revoir un gars comme lui, si différent des autres, me ferait peut-être du bien.  Pas de stress, pas d’attentes, pas de déception.  Au fond, je n’ai pas grand-chose à perdre.  Je l’ai questionné sur son nouveau travail et il m’a appris son retour aux études.  Je lui ai demandé quel domaine.  Études littéraires… Profitant du fait que j’étais devenue muette, il m’a demandé si j’écrivais encore…  Puis il m’a annoncé qu’il écrivait un roman qu’il aimerait bien me faire lire.

Des fois la vie…  bullshit.



My moon, my man [The song's out of key again ]

On ne devrait jamais planifier une première date, un soir de pleine lune, avec un gars qui a le même prénom que l’ex.

On ne devrait jamais se fier aux apparences.  Même quand on juge qu’on n’a pas d’lair d’être ce genre de fille là pantoute, ça se pourrait qu’un gars décide, tout à fait out of the blue, de nous surnommer affectueusement “tweety” et cela, après seulement 5 minutes de conversation.

On ne devrait jamais devenir trop rapidement l’amante d’un gars qui revient d’un voyage en Asie, la tête encore pleine de fantasmes sur les jolies petites taiwanaises.

On ne devrait jamais faire une blague à un gars qui a choisi RogerGingras comme user name sur un site de rencontre.  Même s’il est beau comme un cœur et s’il a moins de 30 ans, des fois, ça se pourrait que ça soit son vrai nom.

On devrait toujours montrer un flash mob à un gars avant de le dater, s’il est pas ému le moindrement, ça vaut pas la peine, son cœur est déjà mort.

On ne devrait jamais avoir à expliquer à un gars pourquoi il ne peut pas espérer nous ramener chez lui s’il refuse de nous dire son nom de famille.

On devrait toujours se méfier d’un gars qui a plus de 300 amis facebook, surtout s’il est maintenant ami avec 15 nouvelles filles dans les événements récents dont trois juste après nous, même s’il nous a ajouté il y a moins de deux minutes et qu’il continue à nous jaser msn intensivement pendant tout ce temps là. Great at multi-tasking isn’t always convenient.

On ne devrait jamais se gêner pour faire du ménage dans nos amis facebook.

On ne devrait jamais lâcher un soupir de soulagement quand RogerGingras finit par dire que ce n’est pas vrai nom.  Ça se pourrait qu’il ajoute dans la phrase suivante qu’il vient tout juste de reprendre avec sa copine, qu’il ne croit pas aux rencontres sur le net, mais qu’il aimerait bien continuer à jaser avec nous…

On devrait toujours vérifier si c’est pas écrit fucking back-up plan, click here for great savings! quelque part sur notre photo.  Avec une loupe.

On ne devrait jamais répondre à la porte un dimanche matin en tenue indécente.  Ça pourrait être un voisin qui veut emprunter du sucre.  Ça pourrait aussi être un témoin de Jéhovah.  Mais ça pourrait surtout être un amant qui a quitté un peu tôt (ou un peu tard, c’est selon) la veille et qui vient avouer candidement sa confusion d’apprendre que la jolie taiwanaise qu’il a rencontré deux jours avant la fin de son périple (et avec qui il ne s’est rien passé là-bas, mais qu’il gardait dans son msn même s’il pensait très honnêtement ne jamais la revoir de sa vie) a acheté un billet d’avion et débarque dans son minuscule 3 ½ avec juste un lit la semaine prochaine.

On ne devrait jamais s’étonner du fait que je ne suis pas une morning kind of gal

On ne devrait jamais considérer le online dating comme autre chose qu’un crash course sur la bêtise nature humaine.



A box full of suggestions [for your possible heart]
1 septembre 2009, 00:41
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Je m’en vais à la Grande Bibliothèque, je te ramène quel livre?

Ma réponse lui a plu.  Il a proposé un premier rendez-vous devant la porte principale, coin Maisonneuve et Berri, 22h30.

Je suis arrivée presque à l’heure.  Je dois bien être la dernière fille qui sait faire ça, arriver presque à l’heure à ses rendez-vous.  Remarquez, ce n’est pas un talent qui sert à grand chose.  Je m’avance donc vers le banc en jetant un coup d’œil aux deux occupants.  Il y en a un qui pourrait fitter la description, mais j’ai un doute.  Il avait dit une chemise, mais le gars porte une veste.  Il fait quand même un peu froid, il a peut-être changé d’idée.  Les couleurs concordent.  Je passe près de lui, nos regards se croisent, il me sourit, mais ne retire pas ses écouteurs.  C’est pas lui, je passe mon chemin.  Je m’assois à quelques places de distance.  22h38 On échange un regard, un sourire, de temps en temps.  22h40 Il est vraiment mignon, mais je sais que c’est pas ma date.  Oups, un autre sourire.  Il a retiré ses écouteurs.  22h42 Prochain sourire, je fonce.  C’est tellement pas mon genre de faire ça, qu’est-ce qui me prend?

22h42 et ⅞ sec.  C’est à croire qu’il m’a entendu, j’ai eu droit au sourire qui tue.  Ok, je prends mon courage à deux mains et je décide de faire l’innocente (ça me va plutôt bien).  Je lui ai demandé de ma petite voix timide, si c’était avec lui que j’avais rendez-vous.  Alors comme ça t’as un rendez-vous ce soir?  J’en suis vraiment malheureux, mais c’est pas avec moi… Puis, sans même que je puisse avoir le temps de me défiler ou de penser à mes joues probablement trop rouges, il a enchaîné les questions une après l’autre et on a discuté quelques minutes, jusqu’à ce qu’une fille se pointe.  Petit moment de malaise alors que la fille, visiblement peu fière que je sois là, me regarde de travers pendant qu’il insiste pour avoir ma réponse à sa dernière question.  C’est moi ou il aurait aimé qu’elle soit plus en retard que ça?

*****

22h54 Ok, encore une minute et je me tire.  Y’a toujours bien des limites.  J’allais me lever quand j’entends une voix qui m’interpelle :

—    Excuse-moi! Est-ce que tu es espagnole?
—    Non, pas du tout.
—    Ah! Tu me rappelles les belles femmes de mon pays
—    [Sourire poli, mauvais feeling]
—    Mais t’es pas québécoise hein?
—    Oui, absolument
—    Non, j’aurais jamais cru ça.  Mais qu’est-ce que tu fais toute seule, tu attends quelqu’un?
—    Oui, c’est ça…
—    Moi, je ferais jamais attendre une femme comme toi…
—    [yeah, right!] …
—    J’ai un grand condo sur Sherbrooke, y’a un party en ce moment, tout ce qui faut pour faire la fête pendant des jours et des nuits, des filles à poil qui m’attendent et moi, plutôt que d’aller là bas les rejoindre, quand je t’ai vu j’étais de l’autre côté de la rue et je me suis dit, faut absolument que j’aille parler à cette femme là, moi tu vois, je te ferais jamais attendre comme ça, avec moi, tu serais une princesse, une reine.  Je laisse tout tomber pour toi, la fête, les filles à poil, tout!  Tu viens je t’offres un verre? Je t’offres tout ce que tu veux, des rubis, des diamants…  Tu viens?
—    [OMFG!!!!, je dois vraiment avoir l’air d’une innocente et je suis plus aussi sûre que ça me va si bien que ça…] euh… non merci.
—    Non???
—    Non.

Il s’est mis à marcher de long en large devant moi en gesticulant… freaky.

—    Tu vois, moi je suis comme ça, je sens les choses, alors je les dis, ton refus, ton dédain, il me touche pas, j’ai mon égo tu sais, ça me fait rien, j’ai dit ce que j’avais à te dire, ce que j’ai ressenti quand je t’ai vu…
—    [Alors si ça te fait rien, j’aimerais vraiment que t’enlèves les kalachnikov de tes yeux, je serais beaucoup plus à l’aise pour respirer] …

*****

Et c’est là que j’ai vu l’homme de mon rendez-vous.  Je n’ai jamais eu autant envie de me jeter au cou d’un homme de 6’2″ qui venait de me faire attendre plus de 30 minutes (retenez l’astuce, ça peut toujours servir).

Le bonheur a été de courte durée.  Imaginez la prétention faite homme, donnez lui une bonne dose de condescendance et coiffez le tout de la citoyenneté française.  En désespoir de cause, j’ai repris mon air vaguement innocent, question de ne pas trop le déranger pendant qu’il s’écoutait parler.  J’ai bu mon vin tranquillement, alors qu’il monologuait sur sa vie de français au Québec.  Puis, on a parlé un peu de musique.   Parce qu’il était musicien.  N’y tenant plus, je lui ai quand même  demandé s’il jouait du jazz.  Il m’a demandé comment j’avais fait pour deviner.



It’s not safe out there [Conversation de filles]
10 août 2009, 00:59
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M : Tsé là, le gars que tu trouves cute…

V : Ben, lequel?

M : Le jeune…

V : Ça, ça m’aide pas ben ben, lequel???

M : Celui de la photo là!

V : Aaaaah!

M : Ben finalement, t’avais raison, c’est vrai qu’il est pas mal cute!

V : Je sais!!!!!!

M : Je l’ai croisé une couple de fois dernièrement, j’ai jasé avec, il faut que je te dise qu’il m’a vraiment impressionnée!

V : Je le savais!!!

M : Non mais d’habitude, moi, je les trouve niaiseux à cet âge là!  Lui il est vraiment pas comme les autres.

V : Avoue que j’ai l’œil pour les repérer…

M : Oui oui, d’accord, mais sans farces, il est vraiment bien.  Il est pas juste beau, il a de la conversation, il est cultivé, intelligent, intéressant…

V : Ok, maintenant est-ce que c’est mon tour de te rappeler qu’il va avoir 19 ans à la fin du mois???

M : Pffffff, ben non!!!

V : M’semble oui!

M : Non, en fait, je voulais juste te dire qu’il vient de déménager tout près de chez toi…



Des maux d’amour [et d'esprit]
27 juillet 2009, 03:01
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L’amant, par définition, est réduit au silence.  On lui répond, on l’agace, on l’égare, on le défie, on ne croit jamais ce qu’il dit sauf pour lui demander d’en dire plus, sa parole est de toute façon en défaut, l’esprit est délégué aux femmes pour donner des leçons aux hommes, quoi qu’il arrive.

— Philippe Sollers, Le Style et l’amour (tiré de Liberté du XVIIIe siècle)



Gimme some salt

Un loup est un loup, qu’est-ce qu’il y a d’autres à espérer?  À part peut-être en apprendre plus sur soi.  Parce qu’on ne fait jamais que ça, du premier souffle jusqu’au dernier.  Le reste n’est qu’artifice, poudre aux yeux.

Alors j’apprends la distorsion.  La distance entre ce que je pense et ce que je dis et qui n’a peut-être même rien à voir avec la différence entre moi et l’image qui flotte dans ses yeux lorsque qu’il me regarde.  Lui ou un autre, mille traductions, interprétations, tout fantasmes confondus (oui, souvent les mêmes).

J’ai auditionné, j’ai appris mon rôle, mes partitions par cœur.  J’improvise parfois un peu.  Je brode sur le même thème.  Mais depuis un certain temps j’ai perdu tous mes repères.  On ne me propose plus que des rôles que je n’aurais jamais cru écrits pour moi.  Je ne sais pas vraiment les jouer, mais on insiste.  Et je ne sais pas à quel point je suis responsable de ça.  Peut-être qu’on me voit d’une façon dont je ne me suis jamais vue…  Enfin, il faut que j’avoue que je ne couvre pas tous les angles.  Je suis la seule qui n’aura jamais une aussi belle vue sur mon tatouage.  Je ne sais plus qui a raison, je n’ai plus d’instinct.

J’aurais pu être l’entrée, le plat principal ou le dessert.  Mais aujourd’hui, dans leurs yeux, je suis le sel.  Sel qui rehausse le goût du reste.  Sel qui rend addict et qui fait cruellement sentir son absence.  Mais aussi, celle qui ne suffit jamais par elle-même.



De la poste restante

Le facteur poursuivant sa tâche maléfique (entreprise ici et ici) à un rythme régulier, j’ai encore reçu du courrier destiné à un voisin.  3 rues à l’ouest.  Un Simon cette fois-ci.  J’ai toujours aimé ce prénom là.

Mais je pense que découragé devant mon inaction, il a appelé du renfort.  Le gars de Fedex s’est mis lui aussi de la partie.  J’ai eu un peu peur, j’avoue, parce qu’on s’entend qu’on ne reçoit quand même pas de déclaration d’amour anonyme via Fedex.  J’avais pas commandé de trucs par la poste alors restait la probabilité d’un avis d’expulsion du proprio voulant récupérer son mon merveilleux appartement.  Une injustice sans fin si on considère que son logement est merveilleux seulement depuis que je l’ai arrangé (ok, avec l’aide et les talents manuels de papa, mais quand même, il faut parfois donner autant de crédit sinon plus au concepteur qu’à l’exécutant…  Oui, je suis calée question art conceptuel).  Finalement, après vérification téléphonique, le colis Fedex était plutôt destiné à un Carter, deux cent adresses plus au sud.  Carter.  Ça peut être cool aussi, un anglo.  Surtout quand ça french kiss et quand ça veut bien fêter la St-Jean.

Mais sans doute, tout ça, ce n’était pas suffisant.  Ma boîte courriel s’est aussi enflammée.  Ça disait :

Madame,  Nos échanges actuels ne sauraient perdurer dans la qualité qui les caractérisent sans une extension du domaine de la lutte.  Il me revient les échanges de Musset et Sand, voire plus récemment de Françoise Rey et un inconnu dont je me suis empressé d’oublier le nom. Vous sachant joueuse et romantique, je vous propose une rencontre pour fixer les règles ce de tournoi courtois qui me tente, littéraire, musical ou festif, à voir.

Oui, ça me vouvoie.  Je ne sais pas pourquoi, mais je provoque souvent cet effet là.  Finalement, la suite de la missive gâchait vraiment la sauce.   L’intérêt n’y est pas.  Ni là, ni ailleurs.  Je sais bien que l’été, c’est fait pour jouer, mais pow-pow, mon cœur est mort.  Je ne joue plus.



Playground love
12 juin 2009, 14:23
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Ça faisait presque un an que j’avais pas mis les pieds dans ce bar sympa de mon quartier.  On est arrivées au bon moment, il n’y avait qu’une table de libre.  À l’instant où je m’assoyais, le serveur (arrivé de nulle part) se penchait pour débarrasser la table.  On s’est retrouvés face à face à seulement quelques pouces.  Gros plan sur ses yeux (dans les miens), le coin de sa bouche et sa fossette. 

Lui : Bonsoir
Moi : [Wooouuuuaaaaawwwww] gulp, merci [bravo!]

Ok, les barmen sont toujours incroyables, mais là, celui là, c’est comme presque trop.  Tellement que je suis sûre que tous les autres gars le détestent jusqu’au moment où il se rendent compte à quel point il est chill…  [Je viens-tu vraiment d'écrire chill?  Ouais, bon, je ne recommencerai pas].  J’ai à peine le temps de me remettre de mon trouble, qu’il revient pour prendre la commande.  Puis, la surprise…

Lui : Dis, on n’allait pas à l’école ensemble?
Moi : heu…. Non, je pense pas…
Lui : Tu viens pas de St-X?
Moi : [après quelques secondes de surprise et Oh! Illumination!!!] Martin?

Non, il s’appelle pas Martin pour vrai.  Mais je viens tellement de revoir mon plus gros kick de secondaire 5.  Encore plus beau qu’à l’époque.  Après toutes ces années, il m’a tout de suite reconnue (lui!).  Il se souvenait de moi alors qu’on ne s’est jamais vraiment fréquenté.  Ça fait un velours quand même… 



One of them would be me [watching you run]

Je suis partie tard du boulot hier soir.  Le ciel était gris et le vent plutôt désagréable, mais au bout de 5 minutes, ça ne me dérangeait plus.  Il faut dire  aussi que le vent est tombé, quelque part en chemin. En traversant le so-called plateau, passage obligé entre le centre-ville et mon quartier, j’ai fait deux rencontres, coup sur coup en l’espace de deux coins de rues.  Comme s’il n’y avait que deux avenues.

Le premier, c’est un gars que je croise au moins une fois par semaine dans un café où je vais souvent sur l’heure du midi, en plein centre-ville.  Un jour, il m’a abordé en jurant qu’il était sûr de me connaître.  Moi, sa tête ne me disait rien du tout et pourtant j’ai habituellement une très bonne mémoire des visages.  Il a émis l’hypothèse qu’on se soit croisés à l’université.  Bon, on a fréquenté la même université, fait bac et maîtrise dans le même département, mais pas dans les mêmes années…  Finalement il a trouvé.  On a déjà eu le même employeur pendant 6 mois… il y a huit ans.  Et son visage m’est resté complètement anonyme.  Depuis ce jour là, j’ai continué de le croiser régulièrement, toujours au café.  Curieusement, même après qu’on se soit parlé, je me rend compte que j’arrive jamais à reconnaître son visage.  Ni beau, ni laid, mais sans caractéristiques particulières.  Alors je le reconnais à l’air qu’il me fait lorsqu’il me voit.  À sa timidité naturelle qui laisse pourtant filtrer un air content de me voir.  Hier, donc, on s’est retrouvés face à face sur un coin de rue.  Paraît qu’on habite à une dizaine de minutes.  On s’est dit que c’était quand même un drôle de hasard.  Il a l’air gentil, mais gentil comme dans : “c’est ben plate mais j’ai pas envie de lui arracher son linge”.

Une rue plus loin, j’ai revu un amant d’une nuit, au volant de sa voiture.  Il m’a regardé, mais sans me voir.  Alors j’ai fait pareil.  J’ai jamais compris ce  goût du mensonge, ce besoin méprisant qu’éprouvent certains amants pour l’enrobage romantique de pacotille, un plaqué d’or sur des histoires passagères.  C’est le vrai lieu du vulgaire.  Du toc qui ne s’assume pas.  Je n’ai pas besoin qu’on me joue la grande scène de l’amoureux transi devant sa muse si c’est pour mieux disparaitre au lendemain.  On se plait, on se fait plaisir, c’est tout.

Je n’ai jamais compris la game…  Je ne l’ai jamais joué “pour vrai” non plus.  J’ai jamais eu de véritables blessures d’amour, juste des blessures d’orgueil.  Honnêtement, je pense que ça serait souvent plus facile si je pouvais me dire au moins j’ai aimé.

Puis, le ciel, dans un élan de générosité après la journée grise, a laissé filtrer quelques rayons rosés, lors de la traversée du parc.  La scène semblait cinématographique.  Les couples d’amoureux, les jeunes enfants, les cris, les rires.  Passé le bâtiment, à ma droite, les joueurs de balle-molle bedonnants qui me reluquent pendant que je regarde courir, à ma gauche, les joueurs de soccer qui laissent voir leurs beaux mollets.  Oui, j’ai développé une passion du mollet parfait, un jour je vous expliquerai (quoique c’est peut-être pas si nécessaire).  Sur le sentier, près du dog park, je suis passée entre deux chiens qui aboyaient furieusement.  Une femme est intervenue pour ramener sa bête à l’ordre.  Elle m’a sourit quand je lui ai confirmé que je n’avais pas eu peur.  Depuis longtemps, je n’ai plus peur des chiens.  Son chien est venu me quêter une caresse puis, excité, il est reparti aussi vite.  Il a foncé en direction d’une poussette de bébé.  Au dernier moment, il a freiné, s’est retourné face à moi (je pourrais presque jurer qu’il m’a tapé un clin d’œil) et il a couvert de pisse une des roues du carosse.  Avant même que le papa ait pu réagir, il était reparti, laissant sa maîtresse confuse, et moi, éclatant de rire, le coeur léger, je suis restée un peu là, à regarder le chien fou courir.



De l’effort récompensé
13 mai 2009, 12:13
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Qu’est-ce qui peut bien se passer dans la tête d’une fille célibataire qui vit seule (en l’occurrence, moi) pour qu’elle décide d’acheter une robe à peu près impossible à agrafer sans l’aide de personne.  Je sais pas ce qui m’a pris.  J’imagine que le cerveau a ramolli pendant que je me regardais dans le miroir de la boutique.  C’est qu’elle me va vraiment bien cette robe.

Je me disais qu’avec un peu de pratique, ça irait.  Et de toute façon, les filles pas célibataires, comment elles font?  Parce que franchement, c’est quand même pas des gros doigts d’hommes qui vont réussir à attacher ces minuscules agrafes là!

Alors pendant quelques soirs, je me suis rigoureusement entraînée dans la discipline olympique du marathon d’agrafes de la petite robe verte.  D’épreuve d’endurance à longue haleine, au bout de quelques jours, alliant technologie miroir de pointe, précision de l’œil et dextérité de la main, c’est devenu épreuve de 800, puis de 400 mètres.  5 minutes.  C’est pas encore le sprint (ça c’est quand je l’enlève), mais c’est acceptable.

Fière de mes derniers chrono, je me suis lancée pour la grande compétition, inauguration officielle de la petite robe verte ce matin…  Failed.  Angoisse de performance, j’imagine.  J’ai pathétiquement échoué, en gossant et pestant un bon 30 minutes pour fixer la robe.  Disons que je ne me donnerais pas de médaille sur ce coup là.  Designer stupide.  Achat stupide.

Puis, j’ai quitté pour le travail, avec un bon 10 minutes de retard sur mon horaire habituel.  Mais quelque part en chemin, j’ai changé d’avis.  Ça doit être quand le charmant jeune policier a spontanément décidé d’immobiliser le trafic pour me permettre de traverser le boulevard St-Joseph à une intersection sans feu de circulation.  Quand même, l’effort aura tout de même servi à quelque chose.  



You’re so fuckin’ special [creep]
7 mai 2009, 10:27
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Si je ne vous connais pas
Si on ne s’est jamais parlé
Si on n’a jamais été officiellement présenté 

Et si, avec tout ça comme préambule, vous me croisez alors que je quitte mon lieu de travail et que vous me souhaitez une “très bonne soirée”, en utilisant mon prénom…

C’est tellement clair que vous allez être taggé freak.



De la virilité [défaillante]
6 mai 2009, 00:28
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Très chers et très charmants jeunes hommes tout pleins de testostérone mais néanmoins séduits par les apparats de la mode estivale, laissez-moi vous donner un tout petit conseil.  Si vous envisagez, au cour de votre promenade à pieds, de devoir faire quelques pas de course pour quelque raisons que ce soit…   Si, pour votre plus grand malheur, vous avez préalablement chaussés vos virils pieds de ceci, je vous implore bien humblement de vous abstenir.  La drôle de danse qui en résulte me fourni présentement assez d’images pour détruire le plus efficace de tous les fantasmes.  Merci.



De la fille à son père
1 mai 2009, 16:51
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«T’es ben pareille comme ton père.»  C’est ce que ma mère répète tout le temps, probablement pour s’expliquer le fait qu’on soit aussi différentes, elle et moi.  Elle a raison.  Bien sûr, on n’a pas les mêmes intérêts, ni les mêmes goûts, on ne pense pas de la même façon, on est même souvent en contradiction (surtout au sujet de Guillaume Latendresse), mais lui et moi, on est pareil.  On porte la vie qui s’exprime par en dedans.

*****

Je sais pas si vous avez vu cette pub McDo du père qui dit à sa fille : «Si t’étais un gars, ça serait qui ma petite fille?»  C’est vrai qu’elle peut paraître choquante.  En fait, je la trouve surtout anachronique.  Je pense que la plupart des pères de familles d’aujourd’hui sont à des années lumières de ça.  Mais moi, je revois un peu mon père là-dedans.  Un homme élevé comme on élevait les hommes il n’y a pas encore si longtemps.  À coup de : Sois grand, sois fort, tais-toi, travaille, pleure pas.  Un homme un peu perdu dans un monde transformé, féminisé.  Un homme qui voudrait bâtir un pont entre lui et sa fille, sans trop savoir comment s’y prendre.  Un homme plein d’une maladresse touchante.

*****

Et les ponts qui mettent des années à se construire, un jour, sont là.  Il n’y a pas de passage direct entre ceux qui s’expriment par en dedans.  Il n’y a pas de mots non plus.  Que des gestes.  Enfin, oui, je triche.  Il y a quand même un peu de mots.  Quand on parle de hockey, ou quand il parle de mon char.

— V, j’ai une bonne nouvelle, je t’ai trouvé des beaux mags pour ton char.
— Euh… des mags pour mettre sur ma vieille focus 2001?
— Ben oui, comme ça au printemps, je vais pouvoir t’installer tes pneus ici dans cour, t’auras pu jamais besoin d’aller au garage et de payer pour faire ça!  Je vais pouvoir faire tout tes changements de pneus maintenant!!!

Il y a quelques semaines, donc, il a posé mes pneus d’été.  Montés sur des mags rutilants.  Il a vérifié toute la mécanique, parce qu’il sait que j’y connais foutrement rien.   Puis, il a lavé mon char (attisant ainsi au passage la jalousie du frère).  C’est comme ça qu’il a aussi remarqué les nouvelles scratchs.  Il a une mémoire phénoménale pour les scratchs de char.  Il mélange tous les prénoms des membres de la famille, mais les scratchs de chars, on ne lui en passe pas une.

— V, celle là était pas là la dernière fois!  Qu’est-ce qui est arrivé cette fois-ci?
— Euh…

Puis, un peu plus tard, je me suis rendue compte qu’il était parti se promener “en ville” avec mon char.  Ce qui est probablement un supplice un peu honteux pour lui, étant donné que je roule en vieille Ford.  Ouais, il est presque aussi orgueilleux que moi, mais apparemment pas pour les mêmes trucs.  Quand il est revenu, j’ai vu qu’il avait acheté des nouveaux essuie-glaces.  «Fille, tes autres étaient rendu dangereux, là avec ceux là que je viens de t’installer, ça va être beaucoup plus sécuritaire.»  Quand je suis repartie pour Montréal, j’ai vu qu’il en avait aussi profité discrètement pour refaire le plein d’essence.

On s’est reparlé au téléphone le lendemain (j’imagine que Latendresse venait de rater un filet ouvert…)

— Pis, au fait, comment ça roule avec tes nouvelles roues?
— C’est vrai papa que ça roule “plus doux” !!!

Ok.  Pour être honnête, j’en sais rien, mais je sais que ça lui a fait plaisir que je dises ça.  Et j’ai ajouté : «Pis là, en te parlant, je suis à côté de la fenêtre du salon, je vois mon char stationné dans’ ruelle, pis je te jure que ça look vraiment, avec des mags, une focus 2001.  Éclat de rire général.  Je sentais toute sa fierté.  Mais surtout, je sentais que tout ça, ça veux dire je t’aime ma petite fille.

Je t’aime moi aussi, papa.



Hey! [been trying to meet you]
26 février 2009, 00:23
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Ça fait longtemps que je l’ai remarqué.  J’ai rarement vu des yeux comme ça.  Turquoises.  Grand mince, brun, toujours souriant et de bonne humeur.  Peut-être un peu lunatique, assurément timide, ce qui ne nuit en rien au facteur cuteness.  Il serait musicien que je ne serais pas surprise.  Il y a quelque chose dans sa manière de bouger, de pianoter du bout des doigts.  On ne se connait pas du tout, mais on se croise presque tous les jours.  Ça s’est fait lentement, sans qu’on y pense vraiment.  D’abord que des coups d’œil discrets, puis, un peu plus insistants.  Des sourires.  Ensuite c’est l’étape des « bonjour » et depuis peu ça s’accompagne plus chaleureusement du «ça va bien?».  Apprivoiser le renard, le petit prince ou le parfait inconnu, ça demande quand même un peu de temps.

Le contexte rapide au moment où on se croise se prête mal au développement et à la longue conversation, mais je sens que l’intérêt y est.   Grandissant.  Non seulement ça, je savais (je sentais?) qu’il avait bientôt l’intention de casser la glace.  Y’a des choses comme ça qui se devinent dans les yeux.  Par contre, pour l’étape suivante, je me serais plutôt attendue à ce qu’il demande mon nom, ou encore si je travaillais dans le coin.  Non.  C’est un original.  Hier, au moment où je m’éloignais déjà un peu, il a ajouté : «Je pensais pas que tes cheveux étaient aussi longs que ça».

D’après une copine (devinez laquelle), c’est certain qu’il s’était déjà imaginé en train de défaire le chignon que je porte d’habitude, et ce, dans 4-5 nouvelles positions.  Moi, je suis plus sage (pour l’instant).  Et quand même un peu perplexe devant ce peut-être compliment qui n’en est pas vraiment un.

Une chose sûre, c’est que mon désir de me faire couper les cheveux s’est complètement évaporé.  C’est comme ça qu’on va continuer de déboucher le bain toutes les deux semaines encore pour un petit bout de temps…



De la conscience du corps [question de focus]
22 février 2009, 02:30
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Jeudi soir, cours de yoga.  J’arrive un peu en avance et je m’installe avec mon tapis.  Évidemment, c’est très majoritairement féminin comme classe.  Enfin, y’a quand même un des 2-3 gars que je qualifierais de pas-exactement-mon-genre-mais-pas-mal-cute-quand-même.  Il s’installe comme toujours sur la même ligne que moi, celle du fond, à une personne d’intervalle.

La prof arrive et commence le cours avec la phrase fatidique suivante : “Pour les exercices de cette semaine, vous allez orienter votre tapis dans l’autre sens“.  Merde.  Le gars se retrouve maintenant juste derrière moi.  J’ai pas trop le temps de penser, la prof enchaîne : “Alors on s’installe en position quadrupède…“  Re-merde.

Le premier exercice m’a semblé interminable.  Toujours à quatre pattes, on a alterné les positions du chat (inspiration, dos rond, tête baissée) et du chien (expiration, dos cambré, tête levée).  Et la prof qui répète sans cesse dans la position du chien : “On cambre bien le dos, le plus possible, on regarde droit devant…“  Right.  Bon, j’étais pas super à l’aise les premières minutes, mais on finit par se relaxer et par oublier la présence des autres.  Comme si la conscience du corps se retourne vers l’intérieur, plutôt que de se projeter vers l’extérieur, vers l’autre.

Enfin, je sais pas.  Je parle pour moi.  À la fin du cours, la prof fait le tour et demande à chacun ses impressions personnelles sur la séance.  Juste pour me rassurer (j’imagine!) le gars qui se contente d’habitude (comme tout le monde) de répondre Nice! ou Super! a répondu : “Je sais pas ce que j’ai aujourd’hui, mais j’ai eu beaucoup de mal à garder mon focus…”



Le ridicule ne tue pas [mais il traumatise]
19 février 2009, 01:14
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L’autre semaine, une copine de mon ancien village de campagne m’envoie un courriel avec une photo.  Ça se résume un peu comme ça : “tsé, le gars dont je t’avais déjà parlé qui travaille pour la ville et qui est cute à mort?  C’est lui sur la photo, rince toi l’œil comme il faut.“  Oui, on a de la classe quand même.

Bon.  Y’a six personnes sur la photo.  Allons-y avec la logique.  La photo a été prise à l’aréna, c’est une mise au jeu protocolaire.  Y’a un couple dans la cinquantaine avancée, un hockeyeur de l’équipe locale, deux autres gars et Guy Lafleur (oui oui, le vrai).  Alors c’est pas le couple, c’est pas Guy et un des deux gars est franchement ordinaire.

Reste le joueur local, le genre habituel sportif, beau, brun, baraqué et un gars cute qu’on voit pas tant sur la photo, coincé qu’il est, entre le hockeyeur et le petit couple.  Il porte un chapeau haut de forme.  Alors ça doit être le sportif.  Mais moi, j’ai jamais tant tripé sur les sportifs.  Celui là a tout du genre de gars qui a l’air parfait.  Trop parfait.  Si la vie était un film américain, il serait quarterback.  Mais ici, on joue pas tellement au football.  Et ça tombe bien parce que j’ai jamais eu l’âme cheerleader.  Ça me rappelle  le secondaire, quand toutes les filles s’excitaient sur les joueurs du junior majeur du club local.  Le Laser, que ça s’appelait, c’est dire si c’était pas le cœur des années 90, ça.   Y’en a même une, une fille, qui s’est mariée avec un gardien de but…  Mais je pense qu’elle l’a regretté.

Alors sans trop y penser, je réponds à la copine que ouais, le joueur de hockey au maillot orange est pas mal, mais que finalement, le mec au chapeau qui a le look poète avec une barbe de quelques jours est pas mal plus mon genre.

Ça a pris à peine quelques minutes pour que je reçoive une réponse en arial bold 36 pts : Le gars au chapeau a à peine 20 ans, c’est beaucoup trop jeune pour toi!!! Ça, ça fait mal!  Mais pas autant que le lendemain, où elle précise qu’elle s’est informée et que finalement, l’élu de mon cœur a eu 18 ans en août dernier.  Calvaire! (s’cusez) il est né en 1990!!!  C’est tout dire.  What is wrong with me??? Je suis complètement traumatisée.  À mon humble défense, je dois dire que j’ai montré la photo à 3 autres filles qui sont elles aussi tombées dans le panneau avant que je révèle l’âge du jouvenceau pas tant imberbe.

Ce midi, pour la première fois depuis ce choc, j’ai osé tomber sous le charme d’un parfait  inconnu…  mais preuve que je ne prends désormais plus aucune chance : il avait les cheveux blancs!



Du Culot
3 février 2009, 23:50
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Un homme ose dire à la femme qui partage sa vie depuis 16 ans…

À la femme qui a élevé avec lui les enfants qu’il a eu avec une autre…

À la femme qui n’a pas eu d’enfants parce que son chum, de dix ans son aîné en avait déjà…

À cette femme sous le choc qui vient de découvrir que son homme a une aventure avec une nouvelle collègue de travail (évidemment, vingt ans plus jeune que lui)…

Il ose donc lui dire qu’il ne peut pas rompre tout de suite avec sa maîtresse, parce que c’est une fille dépressive et qu’il faut la ménager…

Et il ajoute à l’injure en demandant à cette même femme de l’attendre un peu, parce que finalement, il n’est pas amoureux de sa maîtresse et que c’est juste un trip qui va (éventuellement) lui passer…

Une femme vient de découvrir, en 60 secondes, le temps de deux phrases, la vraie nature de l’homme avec qui elle vit depuis seize ans.

*****

Et moi, pendant ce temps, qui multiplie les histoires qui ne mènent à rien parce que les petites déceptions sont encore le meilleur moyen pour se protéger des grands désastres amoureux.



De la générosité
28 janvier 2009, 22:55
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Ce matin, je t’ai vu dans le métro.  Ok, je triche, c’était pas vraiment toi.  C’était un toi, avec quinze ans de plus.  Même silhouette, même regard de mer houleuse, même style vestimentaire (ce qui devenait un peu triste, j’avoue).

Cette même façon là de me regarder un peu par en dessous, en faisant semblant de ne pas me voir, à chaque fois que je levais les yeux.   Suffisait que je replonge dans mon roman pour sentir à nouveau ce regard sur moi, glissant le long de ma joue, sur ma nuque dégagée par mes cheveux relevés, puis,  s’infiltrant un peu plus audacieusement, furtivement, dans l’ouverture de mon manteau.

Sans te regarder, tenant mon livre d’une main, j’ai défait de l’autre quelques boutons de plus au manteau, facilitant ainsi la trajectoire sur autant de peau que les matins d’hiver peuvent le permettre.  J’ai relevé la tête, j’ai planté mes yeux sans hésiter dans les tiens, les siens (je ne sais plus) et j’ai souri.

Je savais que c’était le meilleur moyen pour que ton regard, son regard (je suis mêlée) se détourne à jamais.  Il y a des hommes comme ça (comme toi), qui  ne trouvent la satisfaction que dans le pillage et le vol (si délicat soit-il) et qui se refusent à prendre ce qu’on leur offre de bon coeur.

 



Il Postino
15 janvier 2009, 00:44
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Le facteur du quartier est probablement un peu dyslexique ou lunatique.  En quelques semaines, c’est la troisième fois qu’il me fait le coup.  Il dépose dans ma boîte des lettres destinées à d’autres adresses.  Des lettres adressées à des hommes du voisinage.  Comme j’ai l’imagination fertile et des voisins plutôt mignons, j’ai l’impression qu’il s’amuse à mes dépends.  Mon facteur est un matchmaker wannabe.  Ouais, c’est stupide, mais c’est la seule chose qui me soit arrivée qui m’inspire un post aujourd’hui.

Pour en revenir au facteur, j’avoue que j’ai pas compris son plan tout de suite.  Les deux premières fois,  probablement peu inspirée par les noms, je me suis contenté de retourner les missives au centre de tri.  Ben quoi, c’est important un nom!  Faut être capable de le dire avec passion et pas avoir l’impression que les enfants vont se faire traiter de hillbilly à l’école.  Alors finalement, comme on peut voir, c’est pas moi qui n’avait pas compris son plan, c’est plutôt lui qui m’avait mal sizé.  Je suis snob.  Et ce post est de plus en plus stupide.

Aujourd’hui, il n’a pas complètement manqué son coup.   Je parle encore du facteur.   La lettre a un prénom magnifique que je pourrais chanter sur toutes les notes de la gamme.  Le nom de famille est composé.  Ishhh…  Bon, je suis quand même ouverte à quelques compromis (je suis une fille raisonnable), surtout quand l’indice flashe le “né après 1980“.  Si on récapitule, je suis snob, ce post est stupide, mais le facteur a trouvé le truc pour définitivement stimuler mon intérêt.

J’ai quand même regardé le nom de l’expéditeur.  Pas par exprès, mais c’est écrit en grosse lettre bon!  Une firme d’avocat.  Mon premier réflexe, ça a été : tiens, un divorcé comme moi…  Mais bon, c’est peut-être aussi un reçu d’honoraires pour l’avoir fait sortir de prison?  Finalement, peut-être qu’il m’en veut mon facteur hein?

Alors je retourne la lettre au centre de tri?  Je la dépose ni vu ni connu dans sa boîte, vu que c’est pas si loin et que je suis, malgré tout, une bonne âme?  (et je vais avoir l’air d’une folle qui fouille dans son courrier vu que je suis tellement chanceuse qu’il va sortir dehors au moment où je procède et oui, je suis snob, ce post est stupide, je suis légèrement paranoïaque et j’ai surtout une poisse légendaire).

Ou bien je sonne simplement à sa porte?  Et comme il sera pas là, je glisserai l’enveloppe dans sa boîte et ce sera un fait connu dans l’histoire comme étant la fois où j’ai presque failli rencontrer le potentiellement peut-être ou peut-être pas jeune homme de ma vie, grâce au facteur pas foutu de faire sa job comme du monde.



Un parfum de légèreté
9 janvier 2009, 12:56
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Je me souviens de tes yeux, de ta bouche, du son de ta voix si séduisante.  Je me souviens encore des détails cette nuit sans sommeil.  Bientôt, sans doute, j’oublierai tout ça.  Sans bonheur, sans regret, dans la plus simple indifférence des jours qui se suivent, et qui m’auront porté ailleurs.  Ailleurs, j’y suis déjà.

Mais quand toutes ces images de toi auront complètement disparues et que j’aurai oublié jusqu’à ton nom, je me souviendrai encore du jour d’après la nuit.  Je me souviendrai que l’eau, la mousse de lavande et la brise de Givenchy n’ont rien servi.  Un simple frôlement ou un mouvement subtil suffisait à te ramener à moi, libérant de la surface de ma peau, l’odeur imprégnée et si délicieuse de la tienne.  Te respirer suffisait à recréer ce sentiment d’apaisement du cœur et donnait un sourire léger aux lèvres.