Classé dans : Histoires de ma vie, Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: épiderme, galanterie, Hole, imiter, langage corporel, livre, maladresse, malaise, mensonge, Montréal, regard, sabotage, silence, soupir, talons hauts, Violet
En partant du café, je marchais d’un bon pas pour regagner mon bureau. Puis je l’ai vu, à quelques pas devant moi. Ce n’était que de dos, mais déjà, je savais qu’il me plaisait. Son pas n’était pas particulièrement pressé, mais ses longues enjambées ne me permettaient pas de le rejoindre. Il balançait un peu la tête, comme pour suivre le rythme musical d’un air qu’il était le seul à entendre. Je fixais ses fesses sa nuque, dans l’espoir qu’il se retourne, mais c’était peine perdue. Je ne suis pas certaine s’il a ralenti son pas en entendant mes talons hauts claquer sur le terrazzo. Mais sur le coup, j’étais trop convaincue qu’il ne m’avait simplement pas remarqué.
Au moment de passer d’un édifice à un autre (vive le Montréal souterrain), je me dirige naturellement vers la porte de droite alors qu’il garde sa trajectoire vers celle du centre. Je passe par ces portes de 4 à 6 fois par jour. Je ne prends JAMAIS celles du centre. On pourrait croire que c’est de la superstition, mais en fait, c’est seulement qu’elles sont presque toujours brisées, elles s’ouvrent mal et sont beaucoup plus lourdes que celles de gauche ou de droite. Tant qu’à me faire claquer la porte au nez, parce qu’en ces lieux achalandés, la galanterie est chose plutôt rare sinon inexistante, autant choisir la plus légère. J’avais donc déjà bifurqué vers la droite, lorsqu’à ma surprise, il a ouvert la porte dans un geste très cérémonial, la maintenant grande ouverte et se plaçant de côté afin que je passe devant lui. Tournant (enfin!) la tête pour mesurer son effet, le regard fier et le sourire en coin, il s’est aperçu que j’avais (hélas!) changé de trajectoire. Quel malaise… J’ai figé d’étonnement devant le geste, il s’est un peu vexé, j’ai voulu me rattraper, j’ai bredouillé quelque chose d’incompréhensible et puis rouges de honte, nos chemins se sont séparés.
Environ un an plus tard, hasard ou destin, nous avons fait connaissance.
La maladresse semble toujours inscrite dans nos gènes. Les blessures antérieures portées en effigie. Ne jamais se compromettre. Confirmer les autorisations. Attendre que mon regard se pose avec insistance sur sa bouche pour oser m’embrasser. Les mêmes recettes apprises par cœur pour un succès bref, mais facile. Les mises en gardes, les sabotages multiples. Surtout, toujours rester en surface. Se concentrer sur l’épiderme. Il y avait pourtant quelque chose de touchant dans sa manière d’être. Sa fausse assurance. Mes silences, toujours aussi mal interprétés. Nos soupirs. Synchronicité ratée. À mon tour, j’ai tenu la porte ouverte. Il est resté sur le seuil. Il a appliqué la formule (sésame, ouvre tes jambes), ignorant que je savais déjà la réponse, que je reconnaissais le manège. Mais au fond, pourquoi faire simple (et vrai) quand le mensonge fonctionne? Go on, take everything, I want (I dare) you to.
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Dans tous les livres sur le langage corporel, il est dit que pour plaire instantanément, il suffit de se faire miroir. Imiter la gestuelle et les expressions de l’autre. C’est un passage qui me plait particulièrement, surtout lorsque les auteurs insistent (et ils le font tous) en disant de ne pas craindre le ridicule de la chose, puisque l’autre ne s’en apercevra pas. L’autre, que vous croyez définitivement plus simplet que vous si vous recourrez à ce genre de truc, croira plutôt à une forme de symbiose (!). Désolée, c’est complètement faux.
Classé dans : Histoires de ma vie, Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: échappée, Breeders, Cannonball, facteur, faille, loup, malchance, mécanisme, métro, Montréal, pluie, voix
Mon facteur qui recommence son petit manège. Il m’a d’abord apporté le courrier d’un certain Ronald qui habite 2 rues à l’est, puis d’un Olivier à nom de famille composé, du triplex d’à côté. Là, hier, c’était le passage à l’ouest (3 rues) avec un Jonathan. Je commence à me demander où s’en va mon courrier.
La poisse aussi est de retour. Oui, j’avoue, j’ai tenté de prendre le métro hier soir. Ça m’arrive de rentrer sous la pluie, le soir, mais hier j’étais chargée de sacs. Je me suis dit que c’était une belle journée pour profiter de l’efficacité du transport en commun… Finalement, j’ai dû marcher du centre-ville à chez-moi, sous la pluie et le vent, encombrée de mes sacs, après avoir (encore) payé un titre de transport pour rien.
En chemin, je suis entrée dans une bouquinerie. C’était certain. Suffit d’entrer avec l’idée de juste regarder (le temps de me reposer du vent et de la pluie), pour être certaine de tomber sur 3 livres que je veux depuis longtemps sans réussir à les trouver. Alors j’en ai acheté quatre. Tant qu’à devoir marcher chargée comme un mulet, autant que ce soit pour quelque chose qui en vaut la peine.
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Des événements anodins (ou pas) qui se produisent à intervalle réguliers. Un loup qui rôde à distance, pour tester le mécanisme. Les barrières levées, la vitre de protection qui résiste à la pression, les roues à engrenages qui semblent d’une précision sans faille. Inutile. Effort risible. Il sait trouver la brèche, le fermoir à ressort, la serrure moulée sur sa griffe. Le système qui déraille. La voix qui chante, I’ll be your whatever-you-want. Le plus sûr moyen de le voir disparaître à nouveau pour un temps. Échappée belle.
Classé dans : Histoires de ma vie | Mots-clefs: amant, amour, chien, courir, gentil, hommes, marche, mépris, mensonge, Montréal, pacotille, parc, peur, rencontre, romantique, timidité, Wolf Parade
Je suis partie tard du boulot hier soir. Le ciel était gris et le vent plutôt désagréable, mais au bout de 5 minutes, ça ne me dérangeait plus. Il faut dire aussi que le vent est tombé, quelque part en chemin. En traversant le so-called plateau, passage obligé entre le centre-ville et mon quartier, j’ai fait deux rencontres, coup sur coup en l’espace de deux coins de rues. Comme s’il n’y avait que deux avenues.
Le premier, c’est un gars que je croise au moins une fois par semaine dans un café où je vais souvent sur l’heure du midi, en plein centre-ville. Un jour, il m’a abordé en jurant qu’il était sûr de me connaître. Moi, sa tête ne me disait rien du tout et pourtant j’ai habituellement une très bonne mémoire des visages. Il a émis l’hypothèse qu’on se soit croisés à l’université. Bon, on a fréquenté la même université, fait bac et maîtrise dans le même département, mais pas dans les mêmes années… Finalement il a trouvé. On a déjà eu le même employeur pendant 6 mois… il y a huit ans. Et son visage m’est resté complètement anonyme. Depuis ce jour là, j’ai continué de le croiser régulièrement, toujours au café. Curieusement, même après qu’on se soit parlé, je me rend compte que j’arrive jamais à reconnaître son visage. Ni beau, ni laid, mais sans caractéristiques particulières. Alors je le reconnais à l’air qu’il me fait lorsqu’il me voit. À sa timidité naturelle qui laisse pourtant filtrer un air content de me voir. Hier, donc, on s’est retrouvés face à face sur un coin de rue. Paraît qu’on habite à une dizaine de minutes. On s’est dit que c’était quand même un drôle de hasard. Il a l’air gentil, mais gentil comme dans : “c’est ben plate mais j’ai pas envie de lui arracher son linge”.
Une rue plus loin, j’ai revu un amant d’une nuit, au volant de sa voiture. Il m’a regardé, mais sans me voir. Alors j’ai fait pareil. J’ai jamais compris ce goût du mensonge, ce besoin méprisant qu’éprouvent certains amants pour l’enrobage romantique de pacotille, un plaqué d’or sur des histoires passagères. C’est le vrai lieu du vulgaire. Du toc qui ne s’assume pas. Je n’ai pas besoin qu’on me joue la grande scène de l’amoureux transi devant sa muse si c’est pour mieux disparaitre au lendemain. On se plait, on se fait plaisir, c’est tout.
Je n’ai jamais compris la game… Je ne l’ai jamais joué “pour vrai” non plus. J’ai jamais eu de véritables blessures d’amour, juste des blessures d’orgueil. Honnêtement, je pense que ça serait souvent plus facile si je pouvais me dire au moins j’ai aimé.
Puis, le ciel, dans un élan de générosité après la journée grise, a laissé filtrer quelques rayons rosés, lors de la traversée du parc. La scène semblait cinématographique. Les couples d’amoureux, les jeunes enfants, les cris, les rires. Passé le bâtiment, à ma droite, les joueurs de balle-molle bedonnants qui me reluquent pendant que je regarde courir, à ma gauche, les joueurs de soccer qui laissent voir leurs beaux mollets. Oui, j’ai développé une passion du mollet parfait, un jour je vous expliquerai (quoique c’est peut-être pas si nécessaire). Sur le sentier, près du dog park, je suis passée entre deux chiens qui aboyaient furieusement. Une femme est intervenue pour ramener sa bête à l’ordre. Elle m’a sourit quand je lui ai confirmé que je n’avais pas eu peur. Depuis longtemps, je n’ai plus peur des chiens. Son chien est venu me quêter une caresse puis, excité, il est reparti aussi vite. Il a foncé en direction d’une poussette de bébé. Au dernier moment, il a freiné, s’est retourné face à moi (je pourrais presque jurer qu’il m’a tapé un clin d’œil) et il a couvert de pisse une des roues du carosse. Avant même que le papa ait pu réagir, il était reparti, laissant sa maîtresse confuse, et moi, éclatant de rire, le coeur léger, je suis restée un peu là, à regarder le chien fou courir.
Classé dans : Histoires de ma vie | Mots-clefs: Hochelaga, innocence, Montréal, piquerie, prostitution
J’avais 19 ans quand j’ai quitté ma petite ville de banlieue proprette pour la grande. Je commençais l’université et avec mon chum de l’époque, on avait décidé d’en profiter pour se prendre notre premier appart. Notre budget était limité, mais jamais autant que notre connaissance des quartiers de Montréal. Après avoir visité quelques appartements dans Côte-des-Neiges (dont un où il y avait un trou de balle dans un mur!), après avoir poireauté pour rien sur la rue Fabre près de Jean-Talon en attendant après un proprio qui ne s’est jamais présenté pour nous faire visiter, parce qu’il neigeait (mais nous on avait fait 2 heures d’autobus et de métro!), on a enfin trouvé la perle rare. Dans Hochelaga.
Sans plaisanter, c’est le plus bel appartement que j’ai eu à Montréal. L’immeuble était construit depuis à peine 2 ans. Un grand 4 ½, plancher de bois franc, foyer, tout ça pour un prix ridicule. Un FOYER! Wow! On a pas posé de questions, on a signé tout de suite. Pour le bénéfice de ceux qui connaissent le coin, je vous dirais que c’était sur la nébuleuse rue Provost, qui a davantage l’air d’une ruelle, entre les rues Dézéry et St-Germain, au sud de la rue Adam, donc tout près de Ste-Cath… C’est beau l’innocence hein?
Après quelques problèmes parce que le locataire précédent avait changé d’idée et ne voulait plus déménager, on a finalement eu les clés comme prévu, en juillet. L’ex locataire nous avait gâté en laissant son perroquet chier partout dans l’appart, mais après une bonne séance de frottage et une couche de peinture partout, l’appart était génial. A fallu aussi nettoyer le balcon, plein de vidanges et de capotes usagées, mais y’avait rien pour gâcher notre bonheur.
Le lendemain matin du déménagement, on avait mis de la musique et on défaisait nos boîtes en dansant et en chantant. Puis, à l’heure du dîner, l’idée nous a pris de brancher la télé pour écouter les nouvelles. C’était Alexandre Dumas, en reportage aux faits divers. Il racontait que devant les plaintes incessantes des citoyens, la ville venait enfin de réagir et de placarder une piquerie, reconnue comme étant le pire endroit dans tout le quartier. Nos regards se sont promenés de l’écran à la fenêtre pendant quelques minutes. C’était juste en face.
Je ne crois pas que le choc culturel aurait pu être plus brutal que celui que j’ai vécu pendant cette première année à Montréal. J’ai appris à regarder au sol pour éviter les seringues quand je marche. J’ai appris que d’avril à novembre les trottoirs sont meublés de chaises pliantes portant des masses de chairs humaines qui boivent de la labatt 50 en passant des commentaires disgracieux sur les passantes. J’ai appris que j’avais besoin d’un traducteur pour comprendre le gars du dépanneur, même s’il est québécois et non pas asiatique. Peut-être que s’il avait mis son dentier, ça aurait aidé.
J’ai appris que des hommes conduisant des BMW et des Mercedes se font faire des pipes à 7h30 le matin, en bordure du parc qui longe la rue Notre-Dame par les filles de rue les plus trash avant d’aller travailler dans leurs tours aseptisées du centre-ville. J’ai appris que les gens ne réagissent pas quand ces mêmes filles là se font frapper par leur pimp sur la rue en pleine heure du jour. J’ai appris que l’abreuvoir de la section du parc pour enfants sert de douche vaginale aux prostituées, entre deux clients. J’ai appris à ne pas sortir de la maison toute seule après le coucher du soleil. J’ai appris que les clients potentiels ne font pas la différence entre une pute et une fille qui s’en va à l’école avec son sac à dos de l’U de M. J’ai appris que les vieux pépés de 80 ans qui ont l’air de vouloir demander leur chemin à bord de leur voiture, veulent en fait simplement que tu t’approches pour voir qu’ils ont les culottes baissées, le machin relativement au garde-à-vous.
J’ai appris la pauvreté des enfants qui grandissent là. J’ai appris qu’un bail, ça ne se casse pas si facilement. J’ai appris la violence de la vie et de la mort, chaque jour, pendant un an, à moins de cent mètres autour de chez moi. J’ai appris la laideur. Et j’ai appris à l’aimer, malgré tout. “I have been to hell and back. And let me tell you, it was wonderful”. Bon, ok, peut-être pas TANT que ça. mais ça fait des histoires à raconter.
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Classé dans : Choses vues (photos), Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: chien, iggy pop, Montréal

C’était comme une vraie journée de printemps sur St-Denis, tout en odorama (si vous pensez imaginer ce que je veux dire, multipliez par 10). Mais ceux là étaient juste trop mignons, j’ai pas pu m’empêcher de les prendre en photo.
Classé dans : Histoires de ma vie, Textes favoris | Mots-clefs: artiste, cancer, eau, feu, Montréal, mort, relations amoureuses
Deux de mes anciens professeurs au cégep. Elle, coloriste, enseignait la peinture. Petite femme passionnée, extravertie, toute en courbes sensuelles, tellement vivante. Lui, structuraliste, enseignait le dessin. Grand timide tout en angles, cérébral, contemplatif, mélancolique. Ils s’étaient rencontrés à l’école des beaux-arts et ne s’étaient jamais quittés.
Longtemps après avoir été leur élève, je continuais de les croiser au hasard dans la ville. Toujours ensembles, souriants, main dans la main comme des adolescents. Au cinéma, dans les cafés sur St-Laurent, marchant sur St-Denis, au club-vidéo sur Mont-Royal. Ils avaient pris leur retraite dans la jeune cinquantaine, avaient troqués leur belle maison de campagne contre un petit condo et un atelier d’artiste sur le plateau. Ses peintures à elle étaient plus belles et plus colorées que jamais et il exposait ses dessins dans une galerie du Belgo. Elle demandait toujours de mes nouvelles et me racontait les siennes, provoquant, comme elle seule savait le faire, les sourires de son grand timide, qui nous écoutait silencieusement.
Puis je les ai vus une dernière fois, tout juste avant mon déménagement à la campagne, à l’automne 2001. Elle venait d’apprendre qu’elle avait un cancer du sein. Elle en parlait comme si ce n’était rien. Comme on parle d’une grippe. Ses yeux à elle, étaient encore pleins de feu, tellement vifs. Ses yeux à lui, étaient pleins d’eau.
Depuis que je suis revenue à Montréal, il y a un peu plus d’un an, il m’est arrivé souvent de le revoir. Au cinéma, sur St-Laurent, sur St-Denis, sur Mont-Royal. Seul. Ses yeux d’un bleu pur me semblent, à chaque fois, tournés vers l’intérieur. Je n’ai jamais osé le sortir de sa rêverie.
Ce matin, c’était différent. Il m’a vue et reconnue. Quelques secondes au vol, le temps d’un bonjour, d’échanger un sourire et un petit signe de tête. Des yeux tristes de part et d’autre, un peu perdus devant le vide qu’elle a laissé.
Hier soir, traversant les rues au hasard, remontant du centre-ville à chez-moi, une jolie ruelle. Fleurs, clôtures, graffiti, corde à linge, rien n’y manquait…

…pas même le chat…
Classé dans : Choses vues (photos), Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: célibat, déménagement, Marjorie Hillis, Montréal
À défaut de vous avoir invité à pendre la crémaillère l’an dernier, je partage ici ce qui est devenu, pour la période estivale, la 5e pièce de mon 41/2. Voici donc de quoi ça avait l’air avant et ce que j’en ai fait.
Marjorie Hillis serait fière de moi.
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Un cycliste rasta un peu bizarre est passé près de moi en marmonnant. Des fêtards vêtus de bleu et de blanc pris au dépourvu par l’averse étaient rassemblés sous les arbres. Trois filles et deux garçons, visiblement imbibés par l’alcool chantaient des hymnes patriotiques douteux d’une manière peu convaincante, on n’a pu s’empêcher de sourire. Un de leurs comparses était en train de vomir son trop-plein derrière un arbre.
Près du Théâtre de Verdure, des familles ont vu leur pique-nique gâché par la pluie, de plus en plus forte. Les amoureux, eux, se contentaient de l’eau fraîche. Il y avait les pousseurs de carrosses qui surveillaient attentivement le fruit de leurs entrailles, les joueurs de frisbee qui voulaient se faire voir et le promeneur de chiens qui a sourit timidement à la promeneuse solitaire. N’oublions pas, pour compléter le tableau, l’écureuil qui quémandait les cacahuètes au vieillard assis tout seul sur son banc.
Alors que j’étais sur le point de regagner la rue Rachel, j’ai recroisé à nouveau le cycliste. À peine caché derrière l’abreuvoir, tenant son vélo d’une main, il se masturbait de l’autre en prenant bien soin que je puisse voir son long sexe un peu flasque, du sentier où je me trouvais. Il était 17h, le soleil réapparaissait doucement d’entre les nuages.
D’abord, je ne l’ai pas remarquée. Ni jolie ni laide, brune, teint laiteux, peut-être l’œil un peu mort. Puis, j’ai constaté que la légère robe d’été blanche et bleue est un peu grise par endroit. Quelques taches violacées sur la peau. Soudainement, le corps est devenu fébrile. En l’espace d’à peine quelques secondes, je l’ai vu s’offrir à cinq hommes différents, qu’elle prend tout de même le temps de choisir, tantôt vieux, tantôt laids. Elle a vingt ans et elle vend ce qu’elle ne parviendrait pas à donner.
L’été dernier, quand j’ai commencé à marcher sur mon nouveau parcours, matin et soir, il y avait un effet de nouveauté grisant. Le macrocosme des grandes artères qui m’avait tellement manqué pendant mes années de campagne. La multitude des visages à observer. Les détails. Puis tranquillement, l’inconnu devient non seulement routinier, mais familier. Dans la foule anonyme, un microcosme se met en place.
Le matin, il y a les trois garçons qui attendent l’autobus pour l’école primaire au coin de Christophe-Colomb. Le plus vieux, usant d’autorité, rappelle souvent le plus jeune à l’ordre : “Jérémie, revient ici, maman veut pas que tu joues trop près de la rue”. Plus loin, il y a la jeune fille au grand sourire naïf, yeux en amandes caractéristiques, qui marche vers le nord à petit pas rapides, la tuque bien enfoncée sur les yeux. Puis, dans la partie plus commerçante de l’artère, l’accordéoniste, qui me fait le même petit signe de tête tous les matins. Le fleuriste ouvre la grille de sa boutique une fois sur deux au même moment où je passe devant sa porte. La fille brune à queue de cheval qui promène son basset hound. L’asiatique au manteau vert et au sac en bandoulière. Quand je le croise à l’intersection de Rachel, ça veut dire que je suis correcte dans mon chrono. Près du parc, l’été dernier, il y avait un vieil itinérant barbu aux yeux bleus, limpides, profonds. Sous la canicule, il portait une tuque et un manteau d’hiver rouge avec une ligne blanche au dos. Il est disparu depuis le début de l’automne. Plus loin, au coin de St-Laurent, le même type, tous les matins, adossé à l’immeuble, qui fume inlassablement et qui attend que le temps passe, ou un client, je ne sais trop. Et enfin, le couple qui se quitte en s’embrassant au coin de la rue, alors que j’arrive à destination.
Le soir il y a ce garçon nerveux qui s’impatiente près d’une porte. Elle est toujours en retard (j’imagine).Puis ces vendeurs de chaussures italiennes, qui discutent dehors, à côté de leurs voitures de luxe, juste devant leur magasin dans lequel je n’ai jamais vu un seul client (on pense à la même chose hein?). L’été, ils installent leurs chaises sur le trottoir. Puis celui qui offre l’itinéraire ainsi qu’ “un bon petit resto italien, l’apéro est gratuit”. Les mêmes visages, jours après jours, habitués de leurs habitudes aux endroits habituels. Par exemple, dans un restaurant huppé, le mercredi soir, la jolie femme au regard triste mange seule à sa table. Le jeudi, à la même table, c’est un homme qui griffonne des notes dans son carnet en attendant son repas. Je me demande parfois ce qui se produirait s’il passait au resto un jour plus tôt, pour changer. Arrivée près de Laurier, encore, l’asiatique au manteau vert et au sac en bandoulière du matin. On se fait un petit sourire, comme si on se connaissait, depuis le temps, il s’est aussi aperçu du synchronisme. Et enfin, le gars qui promène ses deux chiens sur ma rue, un husky et un boxer, qui en profitent pour me renifler au passage. Je ne suis pas encore sûre si je dois appliquer l’affirmation également au maître (pas que ça me tente).
Et je me demande ce qui arriverait si j’étais ailleurs, pour changer.
Enfin rentrée à Montréal. Décharger l’auto a été long puisque le Père Noël a été généreux cette année. J’ai pratiquement pas dormi depuis plusieurs jours, je suis cernée jusqu’au menton, pas maquillée, les cheveux, bof, j’ai vite compris l’utilité de mon nouveau chapeau… J’étais en train de sortir un des derniers paquets de l’auto lorsque le plus magnifique de mes 3 superbes voisins est sorti. Évidement, celui là, je le vois toujours quand je suis dans le pire de tous les états. Le chapeau bien descendu jusque sur les yeux, je fixe les marches de mon escalier, alors qu’il descend le sien. Il ne pourrait pas m’ignorer? Juste cette fois-ci? Exactement comme il ferait si j’avais eu envie qu’il me voit? Ben non, il est là à m’observer trimballer ce sac qui pèse une tonne, et que je relève contre mon visage, juste à temps pour éviter le signe de tête et le sourire qui me fait ferait flancher à n’importe quel autre moment. Est-ce que je viens vraiment de le snober? Yeah! (Argh!), Championne du monde, va…
Classé dans : Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: célibat, famille, Lauralie, Montréal, Noémie, Noël
Je vous souhaite donc un très Joyeux Noël à tous, qui que vous soyez, où que vous soyez. Abusez généreusement de toutes les bonnes choses de la vie, y’a pas de mal à se faire du bien!
Classé dans : Histoires de ma vie | Mots-clefs: désir, hommes, Montréal, regard, séduction
Moi, j’ai plutôt flashé sur un grand britannique pas mal sexy avec sa petite barbe de 3 jours, alors que mon regard a croisé le sien tous les matins de la semaine à l’heure de la pause café… Sont plus timides, les anglais…
Classé dans : Mauvaises pensées choisies, Textes favoris | Mots-clefs: désir, fringues, hommes, Montréal
Mon premier jour de travail en tant que montréalaise.
Ce matin là, je me suis réveillée avec le sourire aux lèvres. Le ciel était bleu, sans nuages. J’ai choisi la robe que j’ai achetée spécialement pour fêter l’événement que j’attendais depuis deux ans. Je me sens bien, rayonnante. Je suis allée travailler à pied. Ça prend une heure pile. Ça me plaît de marcher. Ça me permet de mettre mes idées en place, d’être dans ma bulle.
Au cours de la journée j’ai croisé plusieurs fois le garçon qui me troublait tellement encore il n’y a pas si longtemps. À chaque fois, il s’est retourné sur mon passage et il a cherché mon regard, qu’il n’a pas trouvé. Rien. Je ne ressens plus rien. Butterflies has left the building. C’est une bonne nouvelle, j’imagine. C’est donc vraiment une nouvelle vie qui commence. Clean slate.
Sur le chemin du retour, après la journée, je me suis fondue dans la foule sur ma rue préférée, envahie par un certain festival. Je vois les automobilistes qui ragent et ça me fait penser que je suis contente de ne plus devoir prendre la voiture pour aller travailler. En passant devant une certaine salle de spectacle aux abords achalandés, je tombe face à face avec une fille qui porte exactement la même robe que moi. On échange un sourire jaune.
Merde. Pour une fois que je me fais (vraiment) plaisir, que je me gâte et que je m’achète une robe de designer (griffe québécoise), fallait que ça m’arrive. Bordel, la robe doit exister en à peine 3-5 exemplaires maximum, combien y avait-il de chance pour que je tombe sur une des 4 autres filles qui a acheté la même robe et qui a choisi de la porter le même jour? Pffffft.
Classé dans : Mauvaises pensées choisies | Mots-clefs: déménagement, Montréal
Ça y est, je suis officiellement montréalaise depuis quelques nuits…
Tout n’est pas encore au point et je n’ai toujours pas de connexion internet, ni le câble…
Seul avantage, mes boîtes vont se défaire plus vite…
Enfin, j’ai hâte d’être vraiment installée, ça ne devrait plus être trop long….
Classé dans : Histoires de ma vie | Mots-clefs: conversations, déménagement, maison, Montréal
Une collègue : J’ai appris la grande nouvelle, ta maison est vendue?
Mlle V : oui, enfin! tout est fait, je suis tellement contente!
C : Alors tu t’en viens en ville?
MV : Oui! (grand sourire), j’ai même déjà trouvé mon appartement, je signe mon bail demain et d’ici deux semaines je suis installée!
C : Ah!, Je suis tellement contente pour toi! Ça fait tellement longtemps que t’attends ce moment là! …Dis donc, je peux te poser une question indiscrète?
MV : Oui vas-y
C : T’es tellement resplendissante, est-ce que tu es en amour?
MV : ahahahah! Non, pas du tout!!!!
[Moi, c’est le divorce qui me rend euphorique!!!]
***
Enfin, après des longs mois d’attente, je vais pouvoir donner le coup d’envoi à une nouvelle vie. Bien des nouveaux projets qui s’ouvrent à moi, le temps où j’attendais qu’il se passe quelque chose dans ma vie est terminé!
Et puis, ça met aussi un terme à ces conversations là.

