C’était l’été de mes 15 ans. Par une très chaude journée de la fin juillet, on a déserté la petite ville de banlieue sans histoires en prenant le bus pour notre annuelle journée (une tradition incontournable entre 13 et 17 ans) à La Ronde. On était un quatuor plutôt intéressant en contraste. Il y avait C la blonde aux yeux bleus qui ressemblait à une poupée, G la grande brune sportive, M la rousse extravertie et moi, V la noire au tempérament d’artiste. Différentes, complémentaires, inséparables.
Puis, on les a remarqués. Ça devait faire un bon moment qu’ils nous suivaient, de manège en manèges, sans trop de subtilité. Le soir tombait déjà, ne restait plus que deux heures avant la fermeture du site. C’est dans la file du Disco Ronde qu’ils sont enfin passés à l’attaque. Celui qui semblait le leader du groupe, plutôt blond, du genre grande gueule charismatique légèrement bad ass et derrière lequel les autres s’effaçaient, a commencé à nous parler, avec deux trois phrases pour nous faire rire. Il a vite proposé que chacune d’entre nous monte à bord avec l’un d’eux, jetant lui-même son dévolu sur C, la jolie blonde, évidement.
Je n’ai pas eu vraiment le temps de montrer ma déception qu’une voix me glissait timidement à l’oreille : “Je peux monter avec toi?” C’est là que je l’ai vu. Je ne vous dirai pas s’il s’agissait d’un beau grand brun aux yeux verts, puisque j’aurais décidément l’air d’en faire une obsession (ce qui est loin d’être le cas!). Je me souviens d’avoir entendu un autre protester : “Criss t’as donc ben faite ça vite, t’avais peur que je lui demande avant, salaud?” Il avait souri en me disant : “Ne l’écoute pas, c’est un con.” Il avait 16 ans, il habitait Pointe-aux-Trembles, il trippait autant que moi sur l’album Violator de Depeche Mode qui venait de sortir, fallait voir ça comme un signe du destin.
Pendant le reste de l’été, à toutes les semaines, il faisait le long trajet pour venir me voir et régulièrement, je faisais aussi le trajet inverse. Il fumait des Export A (le paquet bleu) et il disait qu’il avait décidé de ne pas retourner à l’école en septembre. Malgré ses charmantes manières de garçon bien élevé, ma mère l’a tout de suite détesté. Je crois qu’il n’en fallait pas plus pour me faire succomber…
Il semblait plutôt nerveux et il disait qu’il ne pouvait pas rester longtemps. Dans le petit parc, on s’est embrassé pendant une bonne demi-heure puis, il m’a raccompagné chez moi. Au moment de repartir, ça a été la catastrophe. La voiture est tombée en panne. La police municipale s’est pointée, et comble de malheur, le chat est sorti du sac : l’automobile, qui appartenait au beau-père du blond, avait en fait été “empruntée” en douce pendant son quart de travail de nuit. Elle venait tout juste d’être déclarée volée…
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Une journée comme un baume, dans un ciel chargé d’orage qui s’est éclairci après à peine quelques gouttes malgré le tonnerre qui gronde. Une journée où on m’a dit les mots que j’avais besoin d’entendre. Une journée pleine de poésie, jusque sur les pancartes vertes de la 25 nord annonçant le rang du ruisseau des anges, ou encore, dans la visite nostalgique d’une plage, en face de l’ancien couvent, avec à côté, la vieille baraque où l’adolescente avait fumé son premier joint en compagnie d’un gars surnommé Ti-beu.
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Comme ça, pour rien, parce qu’on est de grands nostalgiques et aussi, avouons-le, parce qu’on a tous un peu bu, on est là, à se raconter nos premières expériences amoureuses adolescentes. Pas les premières expériences sexuelles, ni mêmes les premiers vrais baisers, non. Juste l’éveil des sentiments, des attirances. Les premières approches maladroites, les premiers désirs avoués.
Il a raconté cette lettre qu’il avait reçu. Une longue lettre, assez bien écrite, avec un dessin, son portrait. Elle avait signé sa lettre et avait même ajouté son numéro de téléphone, précaution probablement inutile, car dans une si petite ville, un numéro de téléphone n’est jamais un secret d’état, et ce, bien avant l’invention du net. La fille lui plaisait. Mais il n’a jamais répondu. Il n’a jamais appelé non plus. Pourquoi? Il ne sait pas. Probablement parce que c’est l’âge où on est niaiseux. Elle a sûrement pensé qu’il avait froissée la lettre aussitôt lue, et qu’il s’était sans doute moqué du dessin, avant de le déchirer. Au bout de deux mois, elle s’est vengée de son indifférence en l’oubliant.
Mais cette lettre, il l’a gardé pendant plus de 10 ans.
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J’me souviens de cette journée là comme si c’était hier. J’avais 5 ans ½. C’est pas tous les jours qu’on porte une robe de princesse comme ça. Je pense que je me prenais un peu pour Cendrillon, mon conte de fée préféré (HA! Ça doit venir de là, les souliers!). C’était mon deuxième contrat de bouquetière, je l’avais aussi fait quelques mois avant, pour le mariage d’une tante. J’ai toujours pensé que le bleu m’allait mieux que le rose pâle.
Mais là, le truc différent, c’est qu’on m’avait attribué un petit copain. C’est lui sur la photo. Je ne le connaissais pas, je pense qu’il était de la famille du marié. J’ai oublié son nom, mais je me souviens qu’il avait 4 ans ½. Avant la cérémonie, le photographe amateur (je sais, j’avais pas besoin de préciser) attitré nous a fait prendre quelques poses ensemble, dont celle là. Puis, dans un éclair de génie, il nous a demandé de faire semblant de se donner un petit bisou, parce que ça ferait une belle photo. Ayant le sens du théâtre et du jeu depuis le berceau, toute dévouée à la cause (car franchement non, n’y voyez pas autre chose!), je me retourne vers mon partenaire, prête à procéder. Et là, l’horreur. Blondinet pleure. Il veut pas. On a beau essayer de le convaincre, rien à faire. Totalement insultée, je me souviens lui avoir dit : “t’es donc ben bébé!” Et je l’ai complètement snobé le reste de la journée.
Pour la réception (et parce que non, je ne pouvais pas garder la robe de princesse), ma mère m’avait acheté une jolie robe rouge. Avec mes cousins, on a couru partout et fait les 400 coups pendant toute la soirée. Blondinet s’est joint au groupe, mais j’ai continué de l’ignorer. Avant la fin de la soirée, il avait changé d’avis sur les bisous, mais pour moi, c’était trop tard, je n’ai jamais été du genre à pardonner les affronts.
Je ne sais pas s’il y a un lien, mais je n’ai, finalement, jamais embrassé un blond…
Classe d’économie. La prof, une débutante qui n’a pas beaucoup d’expérience et qui a bien du mal à établir son autorité, nous a assigné des places par ordre alphabétique. Je me suis retrouvée avec le premier bureau en avant, dans la rangée du centre, oui, celui juste en face du bureau du professeur. J’étais horriblement déçue, d’autant plus que la matière ne me passionnait pas du tout… Et puis, je me suis rapidement consolée quand j’ai vu qu’à ma droite, il y avait le beau (et drôle) Mathieu et à ma gauche, le beau (et sérieux) Martin. Après quelques mois de cours, la prof a eu l’air de me remarquer pour la première fois.
Elle (d’un ton furieux) : C’est pas ta place ça, reprend la place que je t’ai donné au début de l’année!
Moi (rouge de honte, n’ayant pas l’habitude de me faire parler sur ce ton, non mais j’suis une première de classe moi!) : Mais, c’est la place que j’occupe depuis le début…
Les autres élèves ont le fou rire, ce qui n’aide pas la situation. La prof regarde son plan de classe avec les noms qu’elle a elle-même inscrit à la mine de plomb. Elle doute même de son écriture, cherche la trace de noms qui auraient pu être effacés, inversés, inspectant attentivement l’ordre logique des noms, imaginant un complot diabolique pour que je puisse m’approprier ce bureau si convoité… (Malgré le sourire avec la petite fossette craquante de Mathieu et les yeux bleus magnétiques de Martin, y’a quand même des limites à ce que je suis prête à faire pour me rapprocher des garçons!!!) Et plus elle cherche une preuve qui n’existe pas, plus les rires résonnent franchement dans la classe. Elle a fini par s’excuser, mais j’ai toujours eu l’impression qu’elle était restée avec un doute…
C’est comme cet homme que je connais depuis quelques années et qui m’ignorait totalement. Jusqu’à ce que je le croise dans un événement spécial, pour amateurs initiés, il y a deux semaines. Avant, il me regardait et me saluait à peine et depuis, c’est le grand sourire béat et il amorce la conversation à chaque fois qu’il me voit (ce qui peut arriver souvent dans la même journée). Et là, c’est moi qui doute. J’arrive pas à me décider si c’est par une forme d’élitisme social (ma présence à l’événement fait de moi un être maintenant digne de lui) ou bien s’il aurait pas plus simplement (boys will be boys) gardé un chaud souvenir du chandail rouge sexy et des talons aiguilles que je portais ce soir là…
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Sachant qu’il me faudrait essayer au moins 75 chapeaux afin d’en trouver un qui m’est tolérable, je me suis donc dirigée vers le plus grand magasin à rayon du centre-ville. La tâche fut des plus pénible. J’essayais un chapeau après l’autre, essayant surtout de me convaincre que j’allais finir par en trouver un qui ne me donnerait pas un air trop ridicule, quand mon attention fut dirigée vers le miroir d’à côté. Une dame, chinoise, d’une soixantaine d’année, l’œil pétillant, s’admirait fièrement. Un chapeau rouge, un peu extravagant, lui allait vraiment à ravir. Elle m’a lancé un regard plein de contentement. Elle a demandé le prix, après réduction. Lorsque la vendeuse est revenue avec l’information, elle a fait une petite grimace. C’est vrai que c’était encore un peu cher. Elle a remis le chapeau sur l’étalage, me lançant un petit regard chagrin. Avant de quitter le rayon, baraguinant fièrement quelques mots de français, elle m’a indiqué celui qui, selon elle, m’allait le mieux.
J’ai poursuivi l’essayage (la torture), pendant une bonne demi-heure, pour finalement me ranger à son avis. Alors que j’attendais dans la file pour passer à la caisse, je l’ai vu revenir et essayer le beau chapeau rouge à nouveau. Qu’est-ce qu’elle était belle à voir. Puis elle m’a reconnue. Elle a aussi remarqué le chapeau noir, quand même mignon j’avoue (bon, peut-être plus sur une autre tête que la mienne, mais enfin…), dans un style années 20, que je m’apprêtais à payer. Elle m’a fait un grand sourire d’approbation. Puis elle s’est regardée à nouveau dans la glace. Ses yeux expressifs et moqueurs ont eu l’air de se dire : après tout, on ne vit qu’une fois… Et elle a finalement pris place dans la file, gardant le chapeau sur sa tête, comme une fillette. À mon tour, je lui ai donné mon sourire approbateur. Elle resplendissait littéralement.
Et j’imagine la moue de son homme, devant la facture… et puis, s’il n’est pas trop bête, il oubliera tout quand il la verra si heureuse, et si magnifique.
La légende ne sera pas à Montréal le 26 septembre
En attendant avril ou mai 2008, voici une de leur meilleures feel good songs
Et puis un vieux hit de 1979 qui sonne encore drôlement bien.
Chanson souvenir d’été qui m’a trotté dans la tête toute la journée…
Qu’est-ce qu’elle est sexy Muriel Moreno dans ce clip…
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On s’est regroupé toute une gang dans le sous-sol chez Eve, ma meilleure amie. Sa mère est cool, elle nous a apporté des chips pis d’la liqueur, elle a tamisé les lumières et puis elle est remontée et a fermé la porte. On se connaît tous depuis la maternelle, mais là, y’a comme quelque chose qui n’est plus pareil comme avant. Nos corps changent et c’est comme s’il fallait qu’on s’apprivoise à nouveau. Les gars sont dans un coin les filles dans l’autre, on se regarde à la dérobée, on chuchote, on complote. Déjà, c’est pas si simple que ça : je suis amoureuse de David, qui est amoureux de Geneviève, qui est amoureuse de Jean-François, qui est amoureux d’Eve, qui est amoureuse de Grégory qui lui n’aime personne. Et puis y’a Annie qui aurait bien aimé que Steve soit là, et puis y’a Patrick qui lui est amoureux d’Alexandre, mais ça, on l’a su que bien des années plus tard…
Je ne me souviens plus qui a proposé de jouer à la bouteille, mais ça a eu l’air de faire l’affaire des gars (ok, des filles aussi…). Comble de malchance, malgré toutes nos tentatives pas très adroites pour tricher, il me semble bien que personne n’a réussi à embrasser qui il voulait. Plus tard, on a mis de la musique et puis soudainement, il y a eu ce slow, gros hit de l’heure. Le cœur battant, j’ai demandé à David pour danser. Nos mouvements, tout d’abord figés, ont fini par s’harmoniser au rythme. Nos corps, qui, distancés au début se sont retrouvés soudés, et ma joue contre la sienne. Je me souviens avoir déposé un baiser aussi léger qu’un frisson dans son cou, alors que les dernières notes de la chanson résonnaient. Quelques semaines plus tard, il m’a demandé pour sortir avec lui. Ça a duré un gros deux semaines et quelques baisers.
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Parce que ces jours-ci, dans la blogosphère, on dirait que tout le monde ne pense qu’à ça. Ça doit être l’effet du printemps qu’on sent déjà dans l’air même s’il n’est pas encore là.
Ça discute de l’importance du premier baiser, qui, quand on est un peu attentif, dévoile tant de chose, ça parle des baisers du grand écran, ça parle de ces petits moments là, si précieux, ou bien ça fait même des grandes déclarations…
Hier soir, sur mon lecteur mp3, je suis tombée sur ce souvenir là.
Ça m’a rappellé mon adolescence et un certain baiser échangé par une journée de fin d’hiver, un peu comme aujourd’hui, tiens…
