Les Plaisirs et les nuits


I formulate infinity [and store it deep inside of me]
5 novembre 2009, 00:26
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Je suis tombée, par hasard, sur ta photo.  D’accord, juste avant, il a quand même fallu que je tape ton nom sur facebook…  Je ne sais pas pourquoi (en fait, oui, je sais), mais je ne m’attendais pas à te voir apparaître.  À vrai dire, j’avais même oublié que je portais encore, malgré moi, cette mémoire des sens, cette intime connaissance de toi.

Ça m’a rappelé ces regards à la fois aveugles et dévorants.  Comment savoir si c’était des je t’aime ou des aime-moi ?  Ces silences que tu n’as pas su traduire.  Les clés que j’ai préféré avaler plutôt que de donner.  Toutes ces choses que je ne saurai jamais dire et que tu ne pourras jamais soupçonner, je pourrai peut-être, un jour (ou une nuit), les écrire.  Renverser les mirages, étaler enfin la mer intérieure que je t’ai laissé prendre pour un désert.

Ou peut-être pas.



De la honte [et des choses insignifiantes]

“Ils étaient l’un près de l’autre, debout, dans l’embrasure de la croisée.  La nuit, devant eux, s’étendait comme un immense voile sombre, piqué d’argent.  C’était la première fois qu’ils ne parlaient pas de choses insignifiantes.  Il vint même à savoir ses antipathies et ses goûts : certains parfums lui faisaient mal, les livres d’histoire l’intéressaient, elle croyait aux songes. […]  Elle souriait quelquefois, arrêtant sur lui ses yeux, une minute.  Alors, il sentait ses regards pénétrer son âme, comme ces grands rayons de soleil qui descendent jusqu’au fond de l’eau.”

“Il étendit la main gauche de son côté et la laissa toute grande ouverte, — s’imaginant qu’elle allait faire comme lui, peut-être, et qu’il rencontrerait la sienne.  Puis il eut honte, et la retira.”         

—  Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale

*****

Ils marchaient ensemble dans la ville.  La nuit était sans étoiles et le vent s’infiltrait sous la peau.  Ils parlaient de choses insignifiantes, s’échangeaient des questions comme autant de vaines tentatives pour apprendre à se connaître.  De temps à autre, lorsque leurs regards se croisaient, un éclat particulier jaillissait avant de s’éclipser, discrètement détourné, à l’ombre des sourires naissants.

Il a frotté ses mains l’une contre l’autre, pour les réchauffer.  Elle l’a imité.  Elle eut cette impulsion de poser ses mains transies contre les siennes et de les serrer, si fort.  Mais ne sachant si ce contact allait le glacer davantage (ou peut-être le brûler?), elle n’a pas osé.  Elle eut honte, et  détourna son regard.   Comme à regret, ils ont tous deux lentement remis leurs mains dans leurs poches, puis, doucement (inévitablement) repris la marche, sans but. 



Breathe [Keep breathing]

Il y a des chemins, comme des grandes autoroutes bétonnées, où la vue est dégagée, libre de tout ce qui pourrait provoquer un instant de contemplation, de retour sur soi.  Juste une propulsion régulière vers l’avant, aux yeux du commun (l’idée reçue du sens de la vie).  Avancer à  vitesse réglementée, cruise control, habitacle de sécurité, lunettes fumées et musique d’ambiance.  Assez confortable pour ne pas se soucier de la panne du système GPS.  Parcours de longue distance où il est possible de gagner le fil d’arrivée sans se connaître plus qu’au point de départ.

En dehors de la grande voie, c’est comme si tout avait été laissé à soi-même.  La nature qui reprend ses droits.  Pripiat.  Je découvre le sentier que l’on se fraye, herse à la main et sueur au front.  Une alternance de l’effort et de moments de pause.  La perte de cette (fausse?) impression de progression, continue, rassurante.  Une désorientation complète.  Ne plus voir ni devant ni derrière.  Mais enfin, seulement, se voir.   Sans détour. Dompter les peurs.  Ne plus penser les destinations destinées.  Ne plus craindre l’absence de routes tracées d’avance.  Oublier l’urgence d’arriver avant la tombée de la nuit.  Apprivoiser le temps.  Dormir avec les loups, mais sans se laisser griffer.  Ou alors juste un peu, sans raisons particulières.  Pour le plaisir.  Voir les étoiles.  Dériver.  Réapprendre, tout, depuis le début.  Explorer le même brin d’herbe, sans parvenir à épuiser toutes les possibilités.

Mais parfois, aussi, accepter ce sentiment d’un vent qui souffle si fort que je peine à respirer.  L’angoisse devant le son régulier de l’autoroute qui passe tout près sans jamais s’arrêter, qui m’empêche de dormir pour quelques heures (ou quelques jours).  Puis cette peur* qui s’efface (un peu) dans un mouvement de danse fragile devant la grande certitude qui monte et redescend, aussi forte et fiable que les marées.  Conviction intime qui survit à toutes les tentatives d’étranglement.  Qui fini toujours par retrouver son air, rattraper son souffle (et son âme?)…

La gratitude, malgré tout, devant l’expérience, encore plus riche que cruelle, de la solitude.

*image trouvée sur post secret



De l’insécurité
28 avril 2009, 05:12
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«My one regret in life is that I am not someone else.»  (Woody Allen)

Peut-être parce que je n’en parle jamais, souvent, j’oublie que je reviens de loin.  Mais il y a des nuits où c’est impossible de ne pas voir comment tout est lié, imbriqué, tissé serré.  L’insécurité qui ronge, qui sabote, qui blesse.  L’insécurité qui gagne du terrain à mesure que je tente de retirer le tapis sous ses pieds.  Et y’a que moi qui tombe.  Parfois de maladresse, parfois d’aveuglement, parfois quand je me laisse un peu bousculer, quand je bouge pas, mais aussi quand je courre trop vite.  Mais, j’avoue que ça m’arrive aussi de plonger un peu délibérément, des fois que l’arbitre callerait quelque chose…

I wish, I wish, I wish (be careful what you wish)…  Mais bon, voilà, y’a rien à faire, j’ai pas envie d’être personne d’autre que moi.  J’ai juste envie d’être moi, en mieux.



And you have no idea how it feels to be on your own

C’est une chose de savoir, et c’en est une autre de voir. Se confronter au passage du temps qui efface méthodiquement mes empreintes. Les êtres et les choses en viennent toujours à ne plus exister ailleurs qu’en nous. Des souvenirs fantômes. Des cages vides, faites de bois, de fer, de verre et parfois même de chair, dans lesquelles, il y a longtemps, j’avais mis tout mon cœur.

Arrive maintenant un temps où il faut apprivoiser, à nouveau les battements du cœur. Le laisser s’envoler la nuit, affolé, porté par des certitudes à la cuisse légère. Le laisser se briser, juste un peu, par les lendemains matins de pluie. Le laisser respirer, le laisser rêver, le laisser se tromper, le laisser partir et revenir. Vivre un peu.  Enfin.



Du vertige [I get nervous when I fly]

nuitblanche2009

J’ai tourné, tourné, tourné, jusqu’au moment où j’ai compris qu’il n’y avait plus de hauteurs accessibles.  Ne restait que la nausée et les grands courants d’air glacés.  J’ai quitté le manège avec bonheur, fuyant les lumières aveuglantes et les cris assourdissants.  C’était plus qu’un désir.  La nécessité de renouer avec le contact du sol sous mes pieds.  Réapprendre à marcher.  Trouver l’équilibre.  Sans toi ni personne. Avancer sans tourner en rond.

Mais on finit toujours par se retourner sur nos pas.  Comme pour admirer malgré soi, la grande roue, celle qui fait tourner le monde.  C’est ce qui m’est arrivé cette nuit là.  L’espace de quelques secondes à peine, sentir à nouveau l’appel du vertige, comme un vent de printemps, comme un soleil qui se laisse deviner à -20ºC et jusque dans la plus profonde obscurité.



La Morsure
30 novembre 2008, 02:02
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munch_vampire_1893-94

Edvard Munch, Vampire, 1893 – 1894

À la tombée de la nuit, je traque mes mâles victimes.  Je leur trouve à chacun un charme unique qui m’attire irrésistiblement et me fait sortir de l’ombre, rayonnante de l’éclat de mes cheveux qui les hypnotise aussi bien que mes yeux de chat.  Une force instinctive s’empare de mon corps blessé, qui sait mieux que moi obtenir ce qu’il veut.  Tout juste avant l’aube, profitant de l’épuisement, mes lèvres se posent tout d’abord délicatement à leur nuque, précédant la brutale morsure d’amour.  Nuit après nuit, je transforme les hommes qui succombent à mes charmes pour les retrouver, au matin, insupportablement ressemblants à celui qui m’a, le premier, vampirisé.



Fascination Street

J’ai une relation amour-haine avec Saint-Laurent.  Tout s’y entremêle.  Le luxe, la pacotille, l’horreur, le goût le plus fin chevauche l’immonde, le rat y vit en symbiose avec le morpheus bleu.  L’histoire, les histoires, sont inscrites partout où les yeux se posent, et à même le trottoir.  J’adore ces plaques qui portent la date de tous les édifices, où le passé touche le présent de la même manière que tous ces couples improbables qui marchent quand même, envers et contre tous, main dans la main.  Rien n’y semble impossible.

Le trottoir de la Main a quelque chose de magique.  La nuit, il étourdit jusqu’à la nausée, mais dans la lumière du petit matin, mes jambes s’y allongent à l’infini.



***There’ll be no blossom on the trees***
6 octobre 2008, 00:16
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Ce soir, j’ai eu peur qu’il fasse froid.  Trop froid.  Le contraste est parfois difficile, les premiers jours d’automne.  Finalement, c’est n’importe quoi.  La peur d’avoir froid.  La peur d’avoir peur.  L’inertie.  L’air était étrangement doux, subtilement parfumé par les feuilles mortes que j’aurais pu entendre se briser contre mes pas, si la musique dans mes oreilles avait été moins forte (je sais, c’est mal).  Je me suis rappelé ces nuits à marcher dans ma campagne.  Mais le trajet urbain était beaucoup trop court.  J’aurais marché pendant des heures, à faire taire la tête et le corps.  Oublier qu’il n’y a rien à oublier, mais l’oublier quand même.  Ou pas.  Néanmoins, marcher droit devant, la nuit dans l’âme.  Les étoiles finiront bien par briller.



Nuit sans lune
5 octobre 2008, 15:36
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Rue Hôtel-de-Ville, Montréal.

Il y avait cette série de portes de couleurs vives, alignées dans la grisaille des premiers jours d’octobre.  Il était enfin là, sur le trottoir, à les considérer d’un regard hésitant.  Elle lui avait demandé, sourire moqueur, d’en choisir une.  Mais laquelle devait-il prendre?  La bleue foncée Nuit sans lune ou la pâle Mururoa?  La verte forêt profonde, l’ocre Amande rôtie ou encore la Blanche virginale?  …Non, sans doute pas celle là.  Si au moins il y en avait eu une rouge, cela aurait été facile.  Et pourtant il suffisait simplement d’oser, sans arrières pensées, le coeur léger.  Il est resté là pendant quelques minutes encore, à les contempler, à mesurer leurs ondes colorées, avant de lentement détourner la tête et de poursuivre sa route.  Comment pouvait-il ignorer qu’elle se trouverait derrière chacune d’entre elles, avec les étoiles…

Ou peut-être justement le savait-il.



Ubiquité
12 juillet 2008, 11:14
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Manuel Alvarez Bravo, Fallen Sheet, vers 1940.

Depuis cette nuit là, tu ne m’as plus quitté. Je ne sais pas comment c’est arrivé, je ne me souviens que de l’orage qui grondait dehors et de moi qui tremblais en dedans. Nos corps combattants dans ce lit. Je te porte en moi jusqu’à m’en rendre fou, je te vois partout où tu n’es plus. Dans cette chambre, je te respire encore et je n’ai qu’à lancer les draps pour y retrouver la forme de ton corps endormi.



Simplicité volontaire
16 juin 2008, 23:39
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Entre deux sommeils, la première lueur du jour qui s’infiltre déjà dans l’atmosphère lourde et humide de la chambre me réveille. Je me retourne pour faire dos à la fenêtre et te surprend à me regarder. J’avais oublié que tu étais là. Ma tête essaie de recréer les événements de la veille (et sans doute le vin) qui nous ont menés, ensemble, au matin. Ça ne devait pas arriver, ce n’était pas prévu, ni calculé. Mais plus rien ne compte que cet éclat dans tes yeux sombres qui me dit exactement à quoi tu penses. Tu souris en me prenant dans tes bras. Je ferme les yeux alors que tu me murmure à l’oreille “toi et moi, ça serait tellement simple” juste avant de m’embrasser et…

Je me réveille. Il fait encore nuit. La chambre est fraîche, climatisée. J’ai tendu la main, pour vérifier la place maintenant vide, juste à côté, et je me suis rendormie sans trop bouger, pour ne pas réveiller le chat jaune couché contre mes pieds.



La Comète
13 juin 2008, 00:33
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J’ai vu cette nuit la comète : sa queue est d’une fort belle longueur; j’y met une partie de mes espérances.

— Madame de Sévigné, Lettres


El hombre lobo
21 février 2008, 22:43
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Toujours agréable de se faire suivre la nuit, sur 4 km de distance par un psychotique qui hurle à plein poumons des insultes en espagnol. Ça doit être la pleine lune.


Dans un semblant de nuit (creepy jerk)
22 novembre 2007, 23:31
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Ce soir, le temps était quand même bon pour la marche. La neige ralentissait les pas, mais le grésil avait cessé. L’air n’était pas trop froid, juste assez vivifiant. L’idée de l’hiver me rebute toujours un peu, mais il faut admettre que c’est beau. Sous la neige, le carré Saint-Louis était tout simplement féerique. La nuit rend les choses magiques. J’aime tellement marcher sous les étoiles. Je ne l’ai pas fait tant que ça depuis que je suis en ville (alors que je le faisait tous les soirs en campagne), mais ces journées qui raccourcissent me donnent un semblant de nuit, alors que je rentre du boulot à pied. Contrairement à mon habitude, là, je n’écoute pas de musique. On dirait qu’il y a des moments où le besoin de penser, de retourner les mots dans ma tête se fait tellement intense que le moindre son me dérange.

Depuis quelques rues, il y a un homme qui marche derrière moi mais je ne m’en suis pas préoccupée. Je suis ailleurs, dans mes pensées. Immobile, j’attendais le feu vert pour traverser la rue. Soudainement, il s’est plaqué contre mon dos et passant sa main par-dessus mon épaule, il a touché une mèche de mes cheveux. J’ai sursauté en bondissant à presque deux mètres de lui. J’aurais voulu hurler, mais pratiquement aucun son n’est sorti, c’est toujours comme ça quand j’ai vraiment la trouille. Avant de me retourner vers lui, j’ai eu le réflexe de me dire que ça devait être quelqu’un que je connaissais qui avait envie de rigoler à mes dépends. Non. Une chose pour moi incompréhensible. Là, sur le coin de la rue, un illustre inconnu, du genre le plus anodin qu’il soit possible d’imaginer, (genre bon monsieur, classe moyenne, âge moyen, propre de sa personne, rien à ajouter), rit tout seul de sa mauvaise blague. Et plus je le regarde d’un air furieux et plus il rit. Je me demande bien ce qui peut passer par la tête d’un type comme ça. Il s’est peut-être dit : Tiens, je vais terroriser une jeune femme ce soir, ça va être drôle. Non mais quel con.



Unplug
12 juillet 2007, 22:51
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J’ai passé une semaine de fou, et c’est loin d’être fini…

Je suis complètement crevée.

L’appart est propre comme un sou neuf et presque qu’entièrement peinturé. J’en aurai un peu à finir la semaine prochaine. Non, ça ne pouvait pas attendre : je ne suis pas capable de vivre dans les couleurs des autres. J’imagine que c’est ma manière de marquer mon territoire.

Là, il est 23h40, je viens de finir de souper. Il me reste quelques boites à faire, débrancher le système de son, débrancher l’ordinateur… ah et faut aussi que je termine de peindre une table avant demain!

C’est ma dernière nuit ici, inutile de vous dire qu’elle sera courte… Le camion sera devant la porte à 7h.

Je serai donc unplug pour quelques jours, le temps de m’installer, de dormir un peu (j’en aurais tellement envie juste là…), et accessoirement de retrouver une connexion internet…

à bientôt! Soyez sages! (just kidding)



Matière à rêveries
7 juin 2007, 09:15
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Hier soir après le boulot, j’aurais pu marcher en ville, comme j’aime à le faire, mais puisque j’ai parfois une tête de cochon, et qu’en juin, on ne porte pas autre chose que des vêtements d’été, que seule une tempête de neige me fait porter des jeans au bureau, et que rien ne me fera mettre des bas de nylon de mai à septembre, le vent frais qui soulevait ma petite jupe verte a eu raison de ma motivation.
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De retour dans ma campagne, après la tombée de la nuit donc, j’ai enfilé mes jeans et je suis sortie marcher. Une nuit idéale pour ça, pleine d’étoiles, l’air frais et parfumé des derniers lilas mélangé à l’odeur des feux de foyers. Enfin, je croyais. Près des limites du village, après le chemin du grand champ, au détour de la courbe, surprise, il y a quatre camions de pompiers et une bonne vingtaine de ces hommes en uniformes qui s’activent autour de l’aréna…. C’est rare que je vois des hommes dignes d’intérêt au village, mais là, c’est mon soir, ils se sont donnés rendez-vous….
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Je suis un peu en recul, près des gros sapins, dans un coins obscur… Je ne peux pas m’empêcher d’observer la scène quelques instants (ben quoi!). J’me sens un peu stalker quand même. Soudainement, quelqu’un me tape sur l’épaule (je vous dit pas le saut que j’ai fait!). Je me retourne. Bon, non, c’est pas un de ces charmants pompiers… Un homme d’une cinquantaine d’années, les cheveux en batailles, en robe de chambre (entrouverte, yikes!) et en vieux bas blancs dans ses pantoufles (la marche est haute puisque quelqu’un m’a montré des bas autrement plus chics aujourd’hui ;) ) me parle. J’enlève mes écouteurs, évidemment il veut savoir si je sais ce qui se passe. Non, aucune idée, à part un réveil très brutal dans mes douces rêveries….
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De retour à la maison, j’ai une conversation msn plaisante avec un jeune homme. Et au moment où il me dit “Je vais te hacker” (heu…. interpret as you wish ;) ) et bien, j’ai une panne d’électricité. Noirceur totale.
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Bonne raison pour aller se coucher plus tôt et ça tombe bien, j’ai eu matière à rêveries en cette charmante soirée.


Lecture du midi
3 mai 2007, 12:43
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Lecture du midi, sur une place publique ensoleillée du centre-ville de Montréal

La vie est étrangement facile et douce avec certaines personnes d’une grande distinction naturelle, spirituelles, affectueuses, mais qui sont capables de tous les vices, encore qu’elles n’en exercent aucun publiquement et qu’on n’en puisse affirmer d’elles un seul. Elles ont quelque chose de souple et de secret. Puis, leur perversité donne du piquant aux occupations les plus innocentes, comme se promener la nuit, dans des jardins.

—Marcel Proust Les Plaisirs et les Jours


Promenade nocturne
Un ciel sans nuages ponctué par les nombreuses étoiles et irradié par la lune, se décline dans toutes les nuances de bleu sombre jusqu’au noir. Sur le chemin longeant la rivière, le vieux chêne a une immense branche cassée par les grands vents d’il y a deux semaines. Sa forme, maintenant étrange, se découpe contre le ciel. Sur la grille du cimetière, une araignée tisse sa toile.Près de l’école primaire, sur les trottoirs, les petites filles ont joué à la marelle aujourd’hui. D’autres, peut-être un peu plus vieilles, ont mêlées leurs initiales avec celles d’un premier amour. À quelques pas de là, maintenant qu’il fait nuit, il y a quatre garçons d’à peine 17-18 ans qui fument de l’herbe. Deux d’entre eux dansent au milieu de la rue, alors que les deux autres, assis sur les premières marches de l’escalier, se marrent du spectacle. J’ai ri avec eux.

Au tournant de la rue, en repassant près de l’église, j’ai vu une petite chatte tigrée. J’ai d’abord cru qu’elle avait une proie dans sa gueule, c’était gris. Un mulot? Non, finalement c’était un de ses petits qu’elle déplaçait craintivement, du dessous d’une galerie à une autre, trois maisons plus loin.

Dans mes oreilles, il y a Tom Waits avec Watch Her Disappear, une de ses chansons qui fonctionne sur moi comme un charme envoûtant, qui m’attire et m’effraie tout à la fois, je suis hypnotisée. L’air est frais, mais bon, pas trop froid. Un peu humide, ce qui intensifie les odeurs de la nuit. Ça sent le feu, la terre et l’herbe mouillée. J’adore ça.

La lune est pleine, il ne manque qu’un loup pour me mordre dans le cou.



Les nuits désertes
17 avril 2007, 00:00
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J’attends toujours que la nuit soit bien entamée.
Plus les mois passent, plus j’attends que l’heure soit tardive.
Je m’habille chaudement, j’ajuste mes écouteurs, je monte le volume.
Et je sors marcher à travers les rues désertes du village.
On dirait que la nuit a le don de transformer la perception des choses.
Tout y est plus beau, plus grave, plus calme.
D’un soir à l’autre, rien n’est tout à fait pareil.
Il y a eu certaines nuit de brouillard où l’atmosphère était magique.
D’autre fois, ce sont les étoiles, tellement nombreuses, comme il est impossible d’en voir dans les villes. À chaque soir il y a un spectacle pour qui sait regarder. La neige qui tombe doucement en hiver (bon, je sais, elle tombe aussi en avril maintenant), les chats qui se courtisent au printemps, la multitude de crapauds qui viennent se rafraîchir sur l’asphalte dans les chaudes nuits d’été…

Ces promenades nocturnes solitaires vont me manquer lorsque je serai de retour dans la grande ville.